«Ils ont passé le Rubicon du ras-le-bol» : ces contribuables riches fuient la France pour la Suisse, prêts à payer plus d’impôts pour la stabilité
Entre prélèvements d’octobre et débats sur le Budget 2026, certains contribuables préfèrent quitter la France à cause des impôts. Qui sont ceux qui assument de payer plus ailleurs pour acheter de la stabilité fiscale ?

Entre la taxe foncière, les acomptes d’impôt sur le revenu et les régularisations de fin d’année, le mois d’octobre s’annonce chargé pour des millions de foyers. Le 15 octobre concentre déjà date limite de paiement pour la taxe foncière (hors paiement en ligne) et dixième prélèvement mensuel pour de nombreux impôts. Puis, pour ceux qui règlent en ligne, le 27 octobre verra à la fois le débit de la taxe foncière et une échéance de solde d’impôt sur le revenu, ce qui peut sérieusement peser sur le budget.
Ce climat de pression fiscale diffuse nourrit un profond ras-le-bol fiscal. Chez certains contribuables les plus aisés, ce malaise va beaucoup plus loin : ils choisissent tout simplement de quitter la France à cause des impôts, y compris pour s’installer dans des pays où la facture fiscale est plus lourde. Une fuite qui ne ressemble plus vraiment à l’exil fiscal tel qu’on l’imaginait.
Pourquoi certains contribuables quittent la France à cause des impôts
Olivier Janoray, avocat associé au cabinet Duroc Partners et membre du Cercle des fiscalistes, parle de cas qu’il qualifie lui-même d’“extrêmes”. Parmi ses clients, il raconte : « Moi j’en ai aujourd’hui qui partent en allant dans un pays où ils vont payer plus d’impôt, constate l’avocat associé au cabinet Duroc Partners et membre du Cercle des fiscalistes. Ça parait fou! », explique-t-il sur BFMTV. Ils ont quitté la France, assure l’avocat, « pour aller dans un pays où la pression fiscale est plus forte sur les revenus ou le patrimoine. Parce qu’ils ont passé le Rubicon du ras-le-bol ».
Le moteur n’est donc pas seulement le niveau de l’impôt, mais sa prévisibilité. « Ils paient plus d’impôt mais avec la certitude que l’année prochaine ils paieront le même impôt, dans cinq ans le même et dans 10 ans, dans 15 ans… C’est le jeu de l’attractivité par la stabilité. La stabilité fiscale permet l’action », souligne encore Olivier Janoray. Certains choisissent par exemple Genève, en Suisse : sur place, l’impôt sur la fortune est beaucoup plus élevé qu’en France, mais les règles fiscales n’ont pas vocation à changer tous les deux ou trois ans, ce que ces contribuables recherchent avant tout.
Ras-le-bol fiscal, climat d’incertitude et profils des partants
Depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 jusqu’à la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, ces contribuables avaient le sentiment d’une relative stabilité fiscale, appelée à durer jusqu’en 2027. « Mais la dissolution a créé des remous. Les contribuables n’arrivent plus à prendre de décision, certains ont commencé à s’interroger sur le fait de quitter la France », observe l’avocat fiscaliste. Les discussions autour du Budget 2026, avec des pistes comme une nouvelle taxe sur les holdings, un impôt sur la fortune immobilière ou encore un impôt sur la fortune dite improductive, ont renforcé ce malaise. Face à ce projet, Olivier Janoray dit avoir de quoi « être consterné » et détaille : « Ce terme est péjoratif, et aucun des biens considérés comme improductifs ne l’est en réalité sauf à considérer par exemple que la dépense publique – financée par les fonds euros – est improductive. » Selon lui, la taxe sur les holdings « créé un sentiment général de défiance sur certains contribuables alors que l’objectif est d’éviter les abus ».
Le sentiment d’être désigné en permanence comme variable d’ajustement budgétaire revient souvent dans la bouche de ces clients fortunés. « Ils en ont marre d’être toujours la cible dès qu’il y a un problème et d’être confronté à cette incertitude de ne pas pouvoir. » Sur le papier, tout le monde ne peut pas suivre ce chemin : ceux qui ont une activité professionnelle très ancrée en France ou des enfants en bas âge restent en grande partie attachés au pays. En revanche, les contribuables âgés de 50 à 60 ans, avec une activité plus diffuse, des enfants étudiants et un patrimoine important « peuvent avoir une appétence au départ ». Certains regardent vers l’Italie ou le Luxembourg, d’autres vers la Suisse, pendant que la commission mixte paritaire doit encore arrêter d’ici mi-décembre un texte budgétaire qui suscite déjà beaucoup d’interogations. D’ici là, quelques-uns ont choisi de partir, quitte à payer plus pour retrouver, selon eux, un peu de stabilité.





