Budget 2026 : vers une quasi-disparition de l'IFI pour certains propriétaires, qui sera gagnant avec la nouvelle contribution sur les hauts patrimoines ?
Alors que 78 % des Français jugent les impôts trop lourds, le Sénat vote une contribution sur les hauts patrimoines qui allégerait l’IFI. Mais entre Assemblée et gouvernement, cette baisse reste loin d’être acquise.

Entre débats sur le pouvoir d’achat et trous dans les comptes publics, la préparation du Budget 2026 se déroule dans un climat électrique. Alors qu’aucun compromis n’a encore été trouvé sur l’ensemble du texte, un volet attire déjà toutes les attentions : le sort de l’impôt sur la fortune immobilière. Les propriétaires les plus aisés se demandent si la prochaine loi de finances pourrait enfin desserrer l’étau fiscal qui pèse sur leurs biens. Un sondage récent indique d’ailleurs que 78 % des Français jugent le niveau des impôts trop élevé. Mais la réponse à la question d’une baisse de l’IFI reste pour l’instant très incertaine.
Le 28 novembre, les sénateurs ont adopté un amendement au Budget 2026 qui transformerait l’impôt sur la fortune immobilière en une nouvelle contribution sur les hauts patrimoines. Derrière cette formule technique, la droite sénatoriale propose de relever fortement le seuil d’entrée dans l’IFI et de revoir en profondeur les biens pris en compte, avec à la clef un allègement pour une partie des patrimoines immobiliers. Une mesure qui n’est pas nouvelle puisqu’un dispositif similaire est voté au Palais du Luxembourg chaque année depuis 2019, sans jamais être confirmé par l’Assemblée nationale. Et la bataille autour de l’IFI ne fait que commencer.
Budget 2026 : comment la contribution sur les hauts patrimoines allégerait l’IFI
Première évolution majeure, le seuil d’assujettissement serait relevé : il passerait de 1,3 million d’euros de patrimoine immobilier net taxable à 2,57 millions d’euros. L’objectif, explique la sénatrice centriste Sylvie Vermeillet dans son amendement, est « afin de ne pas imposer les ménages devenus imposables du fait de la flambée des prix de l’immobilier ». Elle juge aussi qu’il est inexact « de considérer l’immobilier comme une rente ». Concrètement, de nombreux foyers devenus redevables uniquement à cause de la hausse des prix sortiraient du champ de l’impôt, qui se concentrerait sur les patrimoines les plus élevés. Pour ces ménages, il s’agirait bien d’une baisse, voire d’une disparition pure et simple de l’IFI.
La réforme ne jouerait pas seulement sur le seuil, mais aussi sur la nature des biens pris en compte. Dans le dispositif actuel, a rappellé le sénateur Les Républicains Albéric de Montgolfier, « seul l’immobilier est taxé, y compris des logements qui servent à loger des gens, y compris des usines qui servent à accueillir des activités industrielles ». Le nouvel impôt viserait au contraire à ne taxer que les actifs jugés improductifs : l’immobilier locatif et la pierre-papier (comme les SCPI) seraient exclus de l’assiette, ce qui allégerait la fiscalité de nombreux investisseurs. En échange, les sénateurs proposent d’élargir la base aux liquidités et aux placements financiers (comptes courants, livrets, fonds monétaires), mais aussi à certains biens comme les objets précieux ou les voitures de luxe.
Un manque à gagner pour l’État et une réforme encore très incertaine
Une telle transformation de l’IFI aurait un impact direct sur les recettes publiques. Selon les estimations de la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin, rapportées par Les Echos, le rendement de ce nouvel impôt serait « inférieur de 600 millions d’euros » à celui de l’IFI actuel, qui rapporte aujourd’hui un peu plus de deux milliards d’euros. Ce choix de cibler surtout les patrimoines très élevés tout en épargnant une partie de l’immobilier interroge une partie de la classe politique, dans un contexte où la hausse des prix du logement a déjà fortement redistribué les cartes.
Dans le débat public, la question porte aussi sur la répartition de l’effort. Pour la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, « Le ras-le-bol fiscal vient de l’injustice fiscale », a-t-elle déclaré sur BFMTV. Son collègue Thomas Vacheron souligne que « La préoccupation première de la population, ce sont les salaires », et il appelle à « supprimer ce groupe d’experts de la non-augmentation du Smic ». Au Parlement, le bras de fer est engagé entre un Sénat qui défend cette contribution sur les hauts patrimoines et une Assemblée nationale qui a porté sa propre réforme, tandis que le gouvernement pourrait revenir à son texte initial ou recourir à l’article 49.3 de la Constitution. En attendant la fin de la navette parlementaire, les contribuables concernés par l’IFI devront donc suivre de près les prochaines étapes du Budget 2026.






