Impôt sur la fortune : ce qui pourrait changer pour les foyers aisés en 2025, entre taxation des actifs improductifs et nouvelles règles de succession

Par Paul Graph - Publié le

L'Assemblée nationale a voté pour transformer l'IFI en impôt sur la fortune improductive. Quels actifs seront concernés et quelles sont les prochaines étapes ?

Impôt sur la fortune : ce qui pourrait changer pour les foyers aisés en 2025, entre taxation des actifs improductifs et nouvelles règles de succession

Le débat fiscal ravive une question sensible en France : que taxer dans la richesse des ménages, et avec quels effets sur leur épargne et leurs transmissions patrimoniales. Entre l’Impôt sur la fortune immobilière qui s’applique en 2025 et l’idée d’un nouvel impôt ciblant des actifs dits improductifs, les lignes peuvent bouger pour les foyers aisés.

Dans ce contexte, les conseillers patrimoniaux passent au crible toutes les pistes discutées au Parlement, de la taxation des holdings à un éventuel rabotage du pacte Dutreil, en passant par la CSG. La pression monte, les arbitrages se préparent. La suite se joue désormais sur le calendrier budgétaire.

Impôt sur la fortune improductive : assiette élargie, qui serait visé

Créé en 2018, l’IFI a remplacé l’ISF en recentrant l’impôt sur le seul immobilier. Le 31 octobre, des députés ont toutefois voté la transformation de l’IFI en impôt sur la fortune improductive, présenté comme un prélèvement de 1 % visant des patrimoines d’au moins 1,3 M€, mais en élargissant l’assiette au-delà de la pierre. Seraient concernés certains placements jugés peu investis dans l’économie réelle, des actifs numériques et divers biens de luxe, tout en prévoyant l’exclusion d’un bien immobilier par foyer dans la limite de 1 M€.

La mesure, qui a peu de chances d’être adoptée telle quelle dans la loi de finances 2026 en l’état des débats, vise aussi une partie de l’immobilier locatif qui ne répondrait pas à des critères précis comme un bail d’au moins un an, un loyer raisonnable de type social ou une bonne performance énergétique. Parmis les actifs cités, une liste revient souvent.

  • Fonds en euros d’assurances vie et autres placements peu exposés à l’économie dite réelle
  • Actifs numériques comme les cryptomonnaies
  • Biens de luxe : yachts, jets privés, voitures de collection, œuvres d’art
  • Immobilier locatif ne respectant pas les critères de bail, de loyer et d’étiquette énergie

Successions et transmissions : les signaux politiques récents

La question patrimoniale ne se limite pas à l’IFI. Dès 2022, la majorité avait repoussé la revalorisation des abattements sur les successions et donations, faute de marges budgétaires. Aurore Bergé l’avait formulé ainsi : « Ce qu’on a proposé pendant la campagne présidentielle, c’est de dire qu’il faut faciliter évidemment les donations, faciliter les successions en termes d’exonération, notamment pour les classes moyennes », a-t-elle expliqué sur Public Sénat. « On sait qu’on n’a pas les moyens budgétaires, tout simplement, de le voter (…) dès cette année », a-t-elle ajouté.

L’amendement porté alors pour relever l’abattement en ligne directe de 100 000 euros à 150 000 euros par part avait été retiré après discussion. La députée avait insisté sur l’engagement politique à moyen terme : « Ce que j’ai dit en tant que présidente de groupe, c’est: on interpelle le gouvernement sur cette question pour réaffirmer l’engagement qui est le nôtre et qu’il n’y ait aucune ambiguïté vis-à-vis des Français sur le fait que oui, c’est un engagement de campagne, et c’est un engagement de campagne qui sera tenu dans ce quinquennat », a-t-elle souligné.

IFI 2025 : seuil, plafonnement 75 % et paiements, ce qu’il faut savoir

L’IFI 2025 s’applique aux foyers dont le patrimoine immobilier non professionnel dépasse 1,3 M€ au 1er janvier. En 2024, près de 186 000 foyers ont reçu un avis d’IFI. Le mécanisme de décote reste en place pour un patrimoine net taxable inférieur à 1,4 M€ : une décote équivalente à 17 500 euros moins 1,25 % de la valeur du patrimoine est appliquée automatiquement. Le plafonnement 75 % continue de s’appliquer si la somme IFI plus impositions directes de l’année atteint plus de 75 % des revenus nets professionnels de l’année précédente.

Côté calendrier, la date limite de paiement a été fixée au 15 septembre dans la majorité des cas, certains contribuables tardifs ou en situation complexe ayant jusqu’au 17 novembre. Le paiement en ligne reste possible jusqu’à cinq jours après l’échéance indiquée sur l’avis. Au-delà de 300 euros, le règlement doit se faire en ligne via l’espace particulier. En dessous, il peut intervenir par TIPSEPA, chèque, espèces ou carte bancaire auprès d’un buraliste partenaire. Deux nouveautés existent : le prélèvement à l’échéance, dont le choix devait être fait avant le 30 juin 2025, et le prélèvement mensuel d’un dixième de l’IFI de l’année précédente, activable d’ici le 15 décembre pour démarrer en 2026. En cas d’IFI supérieur à 10 000 euros et avec accord préalable, une dation à l’État est possible sur certaines catégories d’actifs comme des œuvres d’art, des objets de collection, des immeubles littoraux, des bois, forêts ou espaces naturels. En cas de non-paiement dans les délais, une majoration de 10 % s’applique, avec la possibilité d’un recours amiable ou d’une réclamation.

Les dons à des organismes d’intérêt général donnent droit à une réduction d’IFI égale à 75 % des sommes versées, dans la limite de 50 000 euros par an. Pour atteindre ce plafond, il faut un total de dons de 66 667 euros sur l’année. Des exonérations partielles demeurent pour certaines parts de groupements fonciers agricoles ou viticoles et pour des biens ruraux loués via des baux de longue durée. Pour l’heure, l’IFI conserve donc ses règles, tandis que l’impôt sur la fortune dit improductif poursuit son parcours parlementaire, avec des effets possibles sur la composition des patrimoines et les arbitrages d’épargne.