Budget de la Sécu 2026 : sans 49.3, Sébastien Lecornu joue sa crédibilité à quelques voix près, avec un déficit qui pourrait exploser à 30 milliards
Ce mardi 9 décembre, l’Assemblée nationale se prononce sur le budget de la Sécu 2026, sans 49.3 et à quelques voix près. Jusqu’où Sébastien Lecornu peut-il miser sur les socialistes et les abstentions pour éviter un déficit record ?

À l’Assemblée nationale, la journée de ce mardi 9 décembre s’annonce électrique. Après des semaines de navette, le budget de la Sécu 2026, officiellement projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS 2026), arrive au vote solennel des députés. La partie « recettes » a été validée le 5 décembre par 166 voix contre 140, soit seulement 26 voix d’écart, un avertissement pour le gouvernement. Pour Sébastien Lecornu, qui a fait le choix de se passer de l’article 49.3, l’épreuve qui vient dépasse un simple exercice comptable.
Le vote solennel de ce mardi 9 décembre intervient en nouvelle lecture, après l’échec d’un compromis avec le Sénat en commission mixte paritaire. Pour la première fois depuis le début du quinquennat, un budget de la Sécurité sociale est défendu apparement sans filet constitutionnel : Sébastien Lecornu a écarté l’usage du 49.3 et s’en remet au jeu des alliances mouvantes, entre socialistes, centristes et élus indépendants. Dans un hémicycle fragmenté, chaque absence, chaque abstention, chaque changement de ligne peut faire basculer le sort du gouvernement.
Budget de la Sécu 2026 : pour, contre, abstention, un décompte à haut risque
Le camp du refus est le plus facile à compter. Selon les projections, au moins 227 députés devraient voter contre le budget de la Sécurité sociale. Hostile au gouvernement depuis la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon, le Rassemblement national et ses alliés de l’Union des droites pour la République (UDR) totalisent 139 voix. La France insoumise, avec ses 71 élus, a aussi prévu de rejeter massivement le texte, tout comme l’essentiel du groupe GDR (communistes et ultramarins). Son président Stéphane Peu anticipe que le groupe votera « probablement contre majoritairement », « à part un ou deux députés qui peuvent s’abstenir », a-t-il expliqué, cité par Sud Ouest.
En face, le bloc des « pour » paraît plus fragile. Au mieux, ce camp favorable au budget de la Sécu 2026 pèserait 218 voix. Le groupe Ensemble pour la République (91 députés) et le MoDem (36) voteront pour, tout en assumant leurs réserves : Gabriel Attal a décrit ce texte comme « un budget temporaire », sans « grands choix politiques », et s’est interrogé : « Je ne fais pas la leçon aux autres, mais qu’y a-t-il d’autre à la place d’un budget voté ? ». Le Parti socialiste, fort de 69 élus, apporte un soutien décisif après avoir obtenu la suspension de la réforme des retraites et le renoncement au gel des petites pensions sous 1 400 euros ; « Il faut donner un budget de la Sécurité sociale aux Français ! », a lancé Olivier Faure. Le groupe Liot, avec 22 députés, pourrait offrir jusqu’à 18 voix favorables, sans vote contre, selon les connaisseurs du groupe.
Sébastien Lecornu face aux abstentions décisives et à la menace d’un déficit record
Entre les deux blocs, les abstentions vont faire le vote. Horizons, le parti d’Édouard Philippe, compte 34 députés qui devraient se tenir à distance du texte. L’ancien Premier ministre a jugé impossible de « voter pour » ce budget, tout en affirmant ne pas vouloir être « un artisan du chaos ». Les Républicains, avec 49 sièges, s’orientent eux aussi vers une abstention massive, leur président Bruno Retailleau digérant mal les gages donnés à la gauche, même si une poignée de députés LR pourrait voter pour. Le groupe écologiste et social, fort de 38 députés, hésite encore entre un rejet franc et une abstention, après avoir majoritairement voté contre la partie « recettes ». S’y ajoutent plusieurs des 22 élus Liot qui n’ont pas encore arrêté leur position, ainsi que 9 non-inscrits, capables de faire basculer l’issue du scrutin à quelques voix près.
En toile de fond, le PLFSS 2026 fixe une trajectoire financière déjà très contestée. Après un déficit d’environ 23 milliards d’euros en 2025, le gouvernement visait d’abord 17,5 milliards l’an prochain, grâce à une hausse limitée des dépenses d’assurance maladie autour de 1,6 % et à des économies sur les retraites ou les franchises médicales. Les concessions accordées au PS et aux écologistes sur la suspension de la réforme des retraites, le renoncement au gel des petites pensions, un relèvement de l’objectif de dépenses d’assurance maladie (ONDAM) et une contribution accrue de la CSG sur le capital ont relevé la facture : Amélie de Montchalin évoque désormais un trou proche de 20 à 22,5 milliards d’euros, quand la ministre de la Santé Stéphanie Rist parle d’un objectif voisin de 19,6 milliards. La Cour des comptes, par la voix de Pierre Moscovici, a même qualifié ces économies de « presque hypothétiques », selon Boursorama, en rappelant qu’en cas d’échec du budget de la Sécurité sociale 2026, le déficit pourrait grimper vers 29 à 30 milliards. Sébastien Lecornu a exclu tout recours au 49.3 et promet de trouver une majorité de dialogue ; si le texte était rejeté ce mardi, la navette parlementaire repartirait, avec à la clé un nouveau passage au Sénat, un possible retard de plusieurs mois pour l’adoption définitive et, en dernière extrémité, l’hypothèse d’une loi spéciale ou d’ordonnances pour éviter à la Sécu de démarrer 2026 sans budget.
En bref
- Ce mardi 9 décembre, l’Assemblée nationale vote en nouvelle lecture le budget de la Sécu 2026, sans 49.3, dans un hémicycle fragmenté où Sébastien Lecornu dépend d’alliances fragiles.
- Avec au moins 227 voix annoncées contre et un camp du soutien estimé à 218 voix, abstentions d’Horizons, des LR, des écologistes et de quelques non-inscrits peuvent faire tomber le PLFSS 2026 et alourdir un déficit déjà prévu entre 20 et 22,5 milliards d’euros.
- Entre concessions au PS sur les retraites et les pensions, critiques de la Cour des comptes et menaces d’un trou à 30 milliards sans budget voté, ce scrutin pourrait sceller autant l’avenir financier de la Sécurité sociale que celui du Premier ministre.







