Budget de la Sécu 2026 : ce vote historique sans 49.3 à l’Assemblée change vos retraites, vos soins et votre mutuelle dès janvier

Par Paul Graph - Publié le

Le 16 décembre 2025, l’Assemblée nationale a adopté le budget de la Sécurité sociale 2026 à 247 voix contre 232, sans recourir au 49.3. Entre retraites suspendues, mutuelles taxées et nouveau congé de naissance, quels arbitrages se cachent derrière ce vote ?

Budget de la Sécu 2026 : ce vote historique sans 49.3 à l’Assemblée change vos retraites, vos soins et votre mutuelle dès janvier

Un vote sans article 49.3, une réforme des retraites mise sur pause et une majorité introuvable qui se recompose le temps d’un texte : l’adoption du budget de la Sécurité sociale 2026 à l’Assemblée nationale bouscule les habitudes parlementaires. Après des semaines de tractations, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (LFSS 2026) fait figure de test grandeur nature pour la méthode Sébastien Lecornu.

Mardi 16 décembre 2025, les députés ont adopté définitivement le budget de la Sécu 2026 par 247 voix contre 232, sans recourir au 49.3, une première pour un texte budgétaire depuis 2022. Le compromis trouvé inclut la suspension de la réforme des retraites et plusieurs reculs sur des mesures d’économies sensibles, au prix d’équilibres politiques très serrés. De quoi donner un parfum d’expérimentation à ce vote.

Budget de la Sécu 2026 : un vote historique et une majorité de circonstance sans 49.3

Dans l’hémicycle, la LFSS 2026 a été validée grâce à une « majorité de circonstance » bâtie autour des groupes Renaissance et MoDem, appuyés par une grande partie des députés du Parti socialiste et du groupe Liot. Face à eux, le Rassemblement national allié au groupe UDR et La France insoumise ont voté contre, tandis que la majorité des députés écologistes ont choisi l’abstention, décisive pour faire passer le texte à 247 voix pour, 232 contre, sur fond d’environ 90 abstentions.

Pour Sébastien Lecornu, ce vote sans 49.3 constitue un succès politique : c’est le premier budget social adopté par les députés depuis 2022 sans passage en force constitutionnel. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a salué une « victoire du Parlement », citée par le site Adcf.org, allant jusqu’à parler ensuite d’un « texte du Parlement », selon Le Monde. Du côté des oppositions, la présidente du groupe LFI, Mathilde Panot, a dénoncé l’alliance nouée avec les socialistes et annoncé un recours au Conseil constitutionnel. En toile de fond, le premier ministre a déjà prévenu que les positions sur le budget de l’État restaient « très éloignées » sur la justice fiscale et les prélèvements, et a assuré que le gouvernement « se mobilise » désormais pour ce prochain vote, selon Le Monde.

Retraites suspendues, congé de naissance, mutuelles : ce que change la LFSS 2026

La mesure la plus emblématique du budget de la Sécurité sociale 2026 concerne la suspension de la réforme des retraites. Le Parlement a gelé jusqu’en janvier 2028 la montée progressive de l’âge légal à 64 ans. Concrètement, les assurés nés entre 1964 et 1968 pourront partir un trimestre plus tôt que prévu par la réforme de 2023. Pour la génération 1964, le départ serait possible à 62 ans et 9 mois, avec 170 trimestres cotisés au lieu de 171. Le coût de ce report est estimé à 100 milons d’euros en 2026 et 1,4 milliard en 2027, avant une reprise du calendrier décalée d’un trimestre, sauf nouvelle réforme.

Dans le même texte, plusieurs mesures d’économies jugées trop brutales ont été abandonnées. Le gel des pensions de retraite et des minima sociaux, qui devait rapporter près de 3 milliards d’euros d’économies, est supprimé, ce qui permet une revalorisation des pensions indexée sur l’inflation. Le gouvernement renonce aussi au doublement des franchises médicales sur les médicaments et certains soins, évitant une hausse du reste à charge pour les patients. Les députés ont en parallèle créé un nouveau congé de naissance, d’un ou deux mois, indemnisé à 70 % du salaire net le premier mois puis 60 % le second, dont l’entrée en vigueur a été avancée à janvier 2026. La loi lance enfin un réseau « France Santé » destiné à regrouper des maisons et centres de santé labellisés pour améliorer l’accès aux soins de ville.

Côté recettes et équilibre financier, l’Assemblée a validé une hausse ciblée de la CSG sur certains revenus du capital, pour un rendement attendu d’environ 1,5 milliard d’euros, ainsi qu’une surtaxe exceptionnelle d’1 milliard sur les complémentaires santé. « Cette taxe d’un milliard, pèsera à terme sur nos concitoyens », a prévenu le président de la Mutualité Française, Eric Chenut, cité par 20 Minutes, au moment où les mutuelles alertent sur une possible hausse des cotisations. Dans le même temps, l’objectif national des dépenses d’assurance maladie est relevé à environ +3 % en 2026, contre 1,6 % prévu initialement, pour mieux financer l’hôpital et la médecine de ville. Le déficit de 19,4 milliards d’euros attendu en 2026, contre 23 milliards en 2025, reste élevé et intègre un transfert de 4,5 milliards depuis les caisses de l’État, que l’opposition décrit comme un simple déplacement du déséquilibre vers le budget de l’État. Reste à savoir si la méthode de compromis qui a permis d’adopter le budget de la Sécu pourra encore tenir lors des négociations, déjà annoncées tendues, sur le projet de loi de finances de l’État à boucler avant le 31 décembre.

En bref

  • Le 16 décembre 2025, l’Assemblée nationale a adopté définitivement le budget de la Sécurité sociale 2026 à 247 voix contre 232, sans utiliser l’article 49.3.
  • Le texte suspend jusqu’en 2028 la montée en charge de la réforme des retraites, crée un congé de naissance, renonce au gel des pensions et finance ces choix par une hausse de la CSG sur le capital et une surtaxe des mutuelles.
  • Entre déficit maintenu à 19,4 milliards d’euros, arrêts maladie encadrés et ONDAM relevé, ce compromis politique ouvre une nouvelle bataille sur le futur budget de l’État.