Retraites : la réforme suspendue bouleverse le calendrier, si vous êtes nés entre 1963 et 1968 voici à quel âge vous pourrez vraiment partir

Par Paul Graph - Publié le

Gelée jusqu’en 2028, la réforme des retraites recompose l’âge légal et les trimestres pour des millions d’actifs nés dans les années 1960. Êtes-vous parmi ceux qui gagneront des mois sur votre départ grâce au nouveau calendrier ?

Retraites : la réforme suspendue bouleverse le calendrier, si vous êtes nés entre 1963 et 1968 voici à quel âge vous pourrez vraiment partir

Vous pensiez devoir travailler jusqu’à 64 ans, et voilà que la suspension de la réforme des retraites rebat complètement les cartes. Entre gel de l’âge légal, trimestres en moins et dates d’application décalées, beaucoup de futurs retraités ne savent plus à quel âge ils pourront réellement partir.

Cette pause, annoncée par le Premier ministre Sébastien Lecornu et entérinée dans le budget de la Sécurité sociale, ne constitue pas une annulation mais un gel politique et technique jusqu’au début de 2028. L’âge légal n’augmente plus d’ici là, la durée d’assurance est bloquée, mais tout le monde ne profite pas de la même façon de ce nouveau calendrier de départ à la retraite : tout dépend de votre année de naissance.

Nouveau calendrier de départ : âge légal figé et gains par génération

La réforme des retraites de 2023 est suspendue jusqu’au 1er janvier 2028 : aucune hausse de l’âge légal ni du nombre de trimestres requis n’interviendra avant cette date. Concrètement, l’âge d’ouverture des droits reste bloqué à 62 ans et 9 mois jusqu’au 31 décembre 2027, pour les pensions qui prendront effet à compter du 1er septembre 2026. Ce délai, présenté comme technique pour permettre aux caisses de mettre à jour leurs systèmes, a d’ailleurs suscité des réactions très vives.

Pour les générations nées en 1963 et 1964, mais aussi pour celles du premier trimestre 1965, ce gel se traduit par un réel avantage. Leur âge légal se trouve figé à 62 ans et 9 mois, ce qui représente un gain net d’un trimestre pour 1963 et 1964 par rapport au calendrier initial de la réforme Borne, et même un semestre pour les assurés nés entre janvier et mars 1965. Pour ces derniers, l’âge d’ouverture des droits passe de 63 ans et 3 mois à 62 ans et 9 mois, avec 170 trimestres exigés au lieu des 172 prévus au départ : ils gagnent à la fois six mois sur la date de départ et deux trimestres de cotisation. Au total, environ 3,5 millions de personnes nées entre 1964 et 1968 sont concernées par ce gel temporaire des règles.

Carrières longues et fonction publique : un calendrier spécifique après la suspension

Le dispositif des carrières longues, qui a représenté près de 18% des retraites personnelles attribuées en 2024, est maintenu mais adapté à cette période de gel. Pour les pensions prenant effet après le 1er septembre 2026, le ministère du Travail a confirmé un nouvel échéancier pour les départs anticipés des assurés ayant validé 4 ou 5 trimestres avant la fin de leurs 20 ans. Les générations 1964 et janvier-mars 1965 pourront partir à 60 ans et 3 mois avec 170 trimestres, celles nées entre avril et décembre 1965 à 60 ans et 6 mois avec 171 trimestres, la génération 1966 à 60 ans et 9 mois avec 172 trimestres, la génération 1967 à 61 ans avec 172 trimestres, et la génération 1968 à 61 ans et 3 mois avec 172 trimestres. L’âge de départ progresse donc par paliers de trois mois d’une génération à l’autre. Pour ceux qui ont commencé avant 16 ans ou avant 18 ans, l’avantage reste intact : départ possible à 58 ou 60 ans si tous les trimestres requis ont été validés. La « nouvelle borne » d’âge à 63 ans, instaurée pour les carrières commencées avant 21 ans, ne produira d’effet qu’à partir de la génération 1966, et en pratique pas avant 2029, ce qui la rend actuelement assez théorique pour les générations précédentes.

La suspension s’étend au delà du régime général. Le gel des nouvelles règles d’âge et de durée d’assurance s’applique aussi aux fonctionnaires des catégories « actives » et « superactives », aux militaires, aux infirmiers ayant opté pour la catégorie A, ainsi qu’aux résidents de Mayotte et de Saint-Pierre-et-Miquelon. Selon le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, des métiers comme les policiers, les pompiers, les égoutiers ou les contrôleurs aériens illustrent ce périmètre spécifique de professions exposées à des fatigues exceptionnelles, qui conservent des conditions de départ distinctes. Pour ces agents, chaque génération gagnera un trimestre sur son âge de départ à compter du 1er septembre 2026. Ce report, jugé trop tardif par certains élus et syndicats, a été qualifié de « coup dur » ou de « prétexte », ont-ils dénoncé, cités par ADCF.org. Le coût de cette suspension, estimé à 0,2 milliard d’euros en 2026 puis 0,5 milliard en 2027 pour la branche vieillesse, s’ajoute aux interrogations sur ce qui sera décidé après 2028, quand la réforme Borne pourrait reprendre son cours normal.

En bref

  • Votée à l’Assemblée en novembre 2025, la suspension de la réforme des retraites fige jusqu’en 2028 l’âge légal à 62 ans et 9 mois pour certaines générations.
  • Les personnes nées entre 1963 et 1968, notamment au premier trimestre 1965, voient leur âge de départ et le nombre de trimestres requis ajustés avec parfois plusieurs mois gagnés.
  • Carrières longues, fonctionnaires en catégories actives ou militaires peuvent aussi bénéficier de ce nouveau calendrier, dont les effets précis méritent d’être analysés au cas par cas.