Grand froid : couper le chauffage la nuit pour économiser peut au contraire faire flamber votre facture, ce que recommande vraiment l'Ademe

Par Paul Graph - Publié le

À l’heure où les factures de gaz et d’électricité grimpent, beaucoup coupent le chauffage la nuit pour économiser quelques euros. Et si ce réflexe, dans un logement mal isolé, faisait au contraire monter la note ?

Grand froid : couper le chauffage la nuit pour économiser peut au contraire faire flamber votre facture, ce que recommande vraiment l’Ademe

Avec les températures négatives qui s’installent et les factures de gaz ou d’électricité qui grimpent, l’idée vient vite : pourquoi ne pas couper complètement le chauffage la nuit pour économiser ? Huit heures sans radiateurs, sur le papier, cela ressemble à un bon moyen de faire baisser le compteur.

Ces derniers jours, une vigilance grand froid a même été déclenchée dans 16 départements du Nord-Est, poussant beaucoup de foyers à chercher comment garder un intérieur confortable sans exploser leur budget énergie. Or le chauffage représente déjà environ 60 % de la consommation d’un logement, donc chaque degré compte, mais la réponse n’est pas aussi évidente qu’appuyer sur le bouton off avant de se coucher. Car dans bien des cas, couper coûte plus cher que laisser tourner doucement.

Chauffage la nuit : ce que recommande l’Ademe pour faire des économies

Selon les données de l’Ademe, il est conseillé de chauffer les pièces de vie à 19 °C en journée, puis de faire baisser la température intérieure à 16 ou 17 °C la nuit, y compris dans la chambre. Pendant le sommeil, le corps se refroidit naturellement, et une pièce trop chaude peut dégrader la qualité du repos, avec des réveils intempestifs ou une sensation de bouche sèche au réveil.

L’Ademe rappelle aussi qu’abaisser le chauffage d’un degré permet de réduire sa consommation d’environ 7 %. Passer de 19 °C à 18 °C sur la saison de chauffe peut donc alléger sensiblement la note, sans renoncer au confort. Baisser le chauffage la nuit s’impose ainsi comme un bon réflexe, mais la vraie question est de savoir si l’on doit simplement réduire de quelques degrés ou éteindre complètement les radiateurs pour que l’opération soit vraiment interressante sur la facture.

Logement bien isolé ou passoire thermique : couper le chauffage la nuit ne donne pas le même résultat

Tout dépend d’abord du comportement du logement lui-même, de son isolation et de son inertie thermique. Dans un appartement ou une maison très bien isolé, la chaleur accumulée en journée se conserve longtemps : couper complètement le chauffage pendant plusieurs heures ne fait que faire légèrement baisser le thermomètre. Dans ce cas, remettre en route les radiateurs le matin peut consommer globalement moins d’énergie que de maintenir une température stable toute la nuit, et l’intermittence du chauffage permet alors, selon certaines analyses, de réaliser entre 5 et 8 % d’économies.

Problème : les logements vraiment performants sont rares. Les habitations dont le diagnostic de performance énergétique (DPE) est classé A ne représentent qu’environ 3,3 % des résidences principales en France. Dans la grande majorité des cas, on vit dans un logement mal isolé, voire une passoire thermique, où la chaleur s’échappe par les murs, la toiture ou les fenêtres. Si l’on coupe tout la nuit, les pièces deviennent très froides au petit matin, les parois aussi, et le redémarrage du chauffage peut alors consommer bien plus que si l’on avait laissé le système tourner en mode réduit, surtout avec des chauffages à forte inertie comme les chaudières au gaz ou au fioul.

Comment régler son chauffage la nuit pour faire des économies ?

Pour décider quoi faire concrètement, il faut regarder l’isolation, mais aussi la technologie utilisée. Les systèmes à forte inertie, comme une chaudière au gaz ou au fioul, un plancher chauffant ou certains radiateurs en fonte, demandent beaucoup d’énergie à chaque redémarrage : mieux vaut les laisser fonctionner en mode réduit la nuit, avec une consigne autour de 16‑17 °C, plutôt que de les couper. Les radiateurs électriques ou une pompe à chaleur air-air réagissent plus vite et supportent mieux les variations, à condition de ne pas laisser la température descendre trop bas ; on évite en tout cas de passer durablement sous 12 °C dans le logement, pour ne pas favoriser l’humidité et les moisissures.

En pratique, quelques repères simples permettent d’y voir clair sans sortir la calculatrice :

  • si le logement est très bien isolé (bon DPE) et équipé de radiateurs électriques réactifs, on peut envisager une coupure nocturne, en veillant à ce que la température ne plonge pas trop bas ;
  • si l’isolation est moyenne ou mauvaise, il est préférable de simplement baisser le chauffage de quelques degrés la nuit plutôt que de tout éteindre ;
  • quel que soit le cas, programmer un thermostat programmable ou connecté pour abaisser automatiquement la température à 16‑17 °C pendant le sommeil puis la faire remonter avant le réveil permet de concilier confort et économies d’énergie.

Une chambre légèrement fraîche favorise en effet l’endormissement, alors qu’une pièce surchauffée peut provoquer micro-réveils et inconfort, sans apporter le moindre gain sur la facture.

En bref

  • En pleine vague de froid, de nombreux foyers s’interrogent sur l’intérêt de couper complètement le chauffage la nuit pour réduire une facture qui représente près de 60 % de leur consommation d’énergie.
  • Les recommandations de l’ADEME, le niveau d’isolation indiqué par le DPE et le type de système de chauffage montrent qu’il vaut souvent mieux abaisser la température à 16‑17 °C que tout éteindre.
  • Entre intermittence du chauffage, risques d’humidité sous 12 °C et usage d’un thermostat programmable, ce guide aide à ajuster ses réglages sans mauvaises surprises sur la facture.