YouTube remplace le conseiller bancaire : comment la Gen Z se forme à la Bourse… et s’expose à des arnaques financières record
Entre Livret A en perte de vitesse et PEA sur smartphone, une génération de jeunes Français apprend la Bourse devant YouTube plutôt qu’en agence. Que change ce virage pour la Gen Z, les finfluenceurs et les conseillers bancaires ?

Sur son écran, la courbe verte monte doucement pendant qu’une voix off commente les marchés. Pour beaucoup de membres de la Gen Z, apprendre la Bourse ne passe plus par un rendez-vous en agence mais par une vidéo YouTube lancée entre deux cours à la fac. Le conseiller bancaire, lui, reste souvent hors champ, au sens propre comme au figuré.
Ce basculement intervient alors que les placements les plus classiques perdent de leur éclat. Le Livret A comptait encore 57 millions d’unités ouvertes fin 2023, mais la baisse de son taux pousse une partie des épargnants vers des produits jugés plus rémunérateurs, comme l’assurance vie ou le Plan d’Épargne en Actions (PEA). Et pour décrypter ces solutions, de nombreux jeunes ne se tournent plus vers leur banque, mais vers des créateurs de contenus : YouTube s’est glissé entre eux et leur banquier.
Du Livret A au PEA : comment la Gen Z découvre la Bourse sur YouTube
Le PEA existe depuis le début des années 1990, mais il attire aujourd’hui une génération qui veut faire mieux que l’épargne réglementée. Un jeune homme de 27 ans, interrogé après la pandémie de Covid-19, raconte qu’il a d’abord « commencé par une petite somme », avant d’évoluer « vers d’autres types de placements ». Avec plusieurs années de recul, il met en avant des rendements qui, selon lui et son collègue, « rapportent cinq fois plus que le Livret A », avec des taux qui peuvent monter jusqu’à 10 % certaines années. Dans le même temps, l’Autorité des marchés financiers (AMF) observe qu’un peu plus d’un quart des 18-24 ans compte investir en Bourse d’ici 2026, un niveau inédit.
Ce mouvement traduit un changement de mentalité par rapport aux parents, qui n’ont souvent jamais mis un euro en actions. Les jeunes assurent s’être « instruits » en regardant des vidéos, notamment sur YouTube, où les tutoriels sur le PEA, les ETF ou les dividendes figurent parmis les contenus les plus recherchés. L’un d’eux résume la simplicité des outils actuels : « J’ouvre l’application, je vais sur mon PEA et je peux passer un ordre. Montre en main, ça prend 20 secondes », explique-t-il à Franceinfo. Pour gérer un portefeuille d’actions françaises ou américaines, un smartphone suffit désormais.
Finfluenceurs, AMF et banquiers : YouTube remplace-t-il vraiment le conseiller ?
Les chiffres confirment l’ampleur du phénomène. Chez les moins de 35 ans, plus de la moitié disent chercher des conseils financiers sur YouTube, et environ 60 % des membres de la génération Z déclarent avoir déjà investi après une recommandation vue sur un réseau social. Au total, autour de 82 % des zoomers affirment consulter les réseaux sociaux pour décider de leurs placements. YouTube arrive en tête, devant TikTok, Instagram ou Reddit, porté par des « finfluenceurs » qui publient analyses de marchés, journaux de trading ou explications sur le PEA et les ETF.
En parallèle, des plateformes d’épargne en ligne comme Yomoni attirent cette clientèle connectée. Son président explique que la Gen Z représente « un peu plus de 38% de (ses) clients », signe que les moins de 30 ans acceptent volontiers de confier leur argent à des acteurs 100 % digitaux. Beaucoup disent investir en actions américaines parce qu’ils doutent « de notre modèle social » et craignent une remise en cause du système de retraite par répartition, d’où une recherche assumée de compléments de revenus. L’AMF estime qu’plus d’un million de nouveaux investisseurs particuliers, plus jeunes que la moyenne, sont arrivés en Bourse depuis 2020, et que 41 % des 18-24 ans citent les réseaux sociaux comme première source d’information financière.
Cette autonomie a un revers. Les pertes liées aux escroqueries financières relayées, notamment, via les réseaux sociaux sont évaluées entre 500 millions et 1 milliard d’euros chaque année, avec des faux livrets d’épargne qui coûtent en moyenne 69 000 euros par victime. En réaction, l’AMF multiplie les campagnes d’éducation financière ciblant les jeunes, comme la série Les mystères d’Investipolis, et rappelle les règles aux créateurs de contenus. Les études montrent d’ailleurs que près de 9 jeunes sur 10 pensent que les influenceurs peuvent cacher des arnaques ou induire en erreur, tout en continuant à les regarder.
Dans ce paysage, le conseiller bancaire ne disparaît pas, mais son rôle se décale. Les banques restent associées à la sécurité des dépôts, au cadre réglementé et à la vision d’ensemble du patrimoine, quand YouTube fournit surtout une première « formation » et des idées d’investissement concrètes. Pour une partie de cette génération, l’écosystème de conseil se compose désormais d’un mélange de vidéos pédagogiques, de forums et, en dernier recours, d’un rendez-vous en agence. Reste que pour beaucoup de jeunes investisseurs, le premier réflexe quand il s’agit d’argent consiste aujourd’hui à ouvrir YouTube, pas la porte d’une agence bancaire.
En bref
- En France, alors que 57 millions de Livrets A existent encore, une partie de la génération Z se tourne vers le PEA et les actions, portée par l’inflation et l’essor des applications de Bourse.
- YouTube s’impose comme première salle de cours financière des jeunes, entre finfluenceurs, plateformes comme Yomoni et réseaux sociaux, tandis que l’AMF alerte sur arnaques et pertes massives.
- Entre vidéos pédagogiques, escroqueries sophistiquées et conseillers bancaires en retrait, l’article éclaire comment la Gen Z peut utiliser YouTube sans transformer la Bourse en terrain miné.









