Wise chute de 15 % à la Bourse de Londres : en Belgique, une enquête pour soupçons de blanchiment sur plus de 500 M€ de transactions affole les marchés

Par Paul Graph - Publié le

Visée en Belgique pour un possible blanchiment de 500 M€, Wise voit son titre décrocher de 15 % à Londres. Que cache cette enquête qui met sous pression le champion des transferts d’argent et tout l’écosystème des fintechs ?

Wise chute de 15 % à la Bourse de Londres : en Belgique, une enquête pour soupçons de blanchiment sur plus de 500 M€ de transactions affole les marchés

Le champion britannique des transferts d’argent numériques traverse une zone de fortes turbulences. À la Bourse de Londres, le titre de Wise a brutalement décroché ce lundi 1er juin, faisant vaciller en quelques heures une partie de la valeur de ce poids lourd de la fintech.

Visée par une enquête ouverte par la justice de Belgique pour des soupçons de blanchiment d’argent, la plateforme aux 19 millions de clients voit s’accumuler les signaux rouges sur son dispositif de conformité. Le parquet de Bruxelles confirme passer au crible un volume de transactions suspectes représentant plusieurs centaines de millions d’euros et décrit une procédure désormais bien engagée, pendant que les marchés tentent de mesurer les risques réglementaires pour ce spécialiste des paiements internationaux. Les prochains mois s’annoncent décisifs.

Enquête en Belgique : des soupçons de blanchiment qui éclaboussent Wise

Au coeur du dossier, les enquêteurs belges s’intéressent à l’utilisation présumée de comptes Wise par des réseaux criminels. L’enquête, ouverte en 2025 à la suite de centaines de demandes d’entraide judiciaire venues de plus de 30 pays européens, dont la France, porte « principalement sur l’utilisation de comptes Wise à des fins criminelles, avec des indices de non-respect de la législation antiblanchiment, notamment en raison d’une absence d’identification des clients et de leurs activités », a expliqué le parquet de Bruxelles, cité par l’Agence France-Presse. Les magistrats examinent plus de 500 millions d’euros de transactions jugées suspectes et soulignent que « l’enquête se trouve aujourd’hui à un stade avancé et touche à sa fin ».

Ces investigations judiciaires ont été révélées par un consortium de médias européens coordonné par le réseau European Investigative Collaborations (EIC). « Notre précédente enquête il y a un an, Dirty Payments, a révélé qu’il y a un problème structurel avec l’industrie des paiements en Europe, explique à RFI Yann Philippin, journaliste au service enquête de Mediapart. Il y a une quête du profit qui semble passer avant les vérifications pourtant obligatoires que ces sociétés doivent réaliser sur leurs clients et les transactions. Pour gagner plus d’argent, ces sociétés ont tendance à accepter des clients douteux et à ne pas faire toutes le diligences nécessaires pour vérifier que l’argent qu’ils transfèrent est bien propre. » Pour les autorités européennes, les plateformes de paiement sont parmis les acteurs les plus exposés au risque de blanchiment, en raison de la rapidité des transferts transfrontaliers et de la facilité d’ouverture de comptes à distance.

Réponse de Wise, antécédents et chute en Bourse à Londres

Sur les marchés, la réaction a été immédiate. L’action Wise a perdu près de 15 % à la Bourse de Londres lundi 1er juin après la confirmation de l’enquête par le parquet, avant de réduire légèrement ses pertes en fin de séance. Cette secousse intervient alors que le spécialiste britannique des transferts à bas coût vient tout juste de faire ses débuts sur le Nasdaq, l’indice technologique américain. Fondée en 2011 par les entrepreneurs estoniens Kristo Käärmann et Taavet Hinrikus, la société a transféré près de 200 milliards d’euros en 2025 pour 19 millions de clients, en traitant environ 4,7 millions de transactions par jour et en réalisant un chiffre d’affaires d’environ 1,4 milliard d’euros.

Face aux accusations, le groupe britannique rappelle que les faits visés par l’enquête belge s’appuient sur des infractions sous-jacentes évoquées dans le dossier, comme l’escroquerie, la corruption ou le trafic de stupéfiants, qui « ne sont pas, en elles-mêmes, révélatrices d’un non-respect des exigences de lutte contre le blanchiment d’argent ni d’un quelconque acte répréhensible », a indiqué Wise, cité par Capital. La société martèle que « La lutte contre la criminalité financière est un défi à l’échelle de tout le secteur, que Wise prend extrêmement au sérieux » et qu’environ un tiers de ses effectifs dans le monde est dédié « à la protection de ses clients contre la criminalité financière ». Wise conteste toute conclusion hâtive, assure coopérer avec les autorités belges et rappelle qu’aucune conclusion ne lui a, à ce stade, été notifiée, alors que le parquet a annoncé son intention de saisir le tribunal correctionnel, éventuellement dans le cadre d’une transaction pénale. Le groupe a déjà été condamné à une amende de 360 000 dollars, soit environ 309 409 euros, en 2022 aux Emirats arabes unis pour des manquements à ses obligations de lutte contre le blanchiment, tandis qu’une filiale américaine a été sanctionnée en 2025 et que la Banque nationale de Belgique lui avait demandé de renforcer la vérification de certains clients, sans empêcher l’ouverture de la procédure judiciaire actuelle.

En bref

  • Le 1er juin 2026, le parquet de Bruxelles confirme une enquête pénale ouverte en 2025 visant Wise Europe SA pour des soupçons de blanchiment d’environ 500 millions d’euros liés à des demandes d’entraide de plus de 30 pays.
  • Les autorités belges reprochent à la plateforme de paiement de possibles manquements à la législation LCB-FT, tandis que Wise assure coopérer, met en avant son dispositif de conformité et rappelle qu’aucune conclusion définitive ne lui a été notifiée.
  • La chute d’environ 15 % de l’action à la Bourse de Londres, sur fond d’antécédents réglementaires et de durcissement des contrôles AML en Europe, pose désormais la question des sanctions potentielles et des conséquences pour les clients de Wise.