Arrondi en caisse, dons à quelques centimes : ces microdons aux associations peuvent-ils vraiment réduire vos impôts en 2025 ? Ce que dit Bercy

Par Paul Graph - Publié le

En 2025, près de 15 millions d’euros ont été versés via l’arrondi en caisse, sans que les clients sachent vraiment ce que ces centimes changent pour leurs impôts. Ces microdons peuvent-ils alléger la note fiscale ou restent-ils un geste purement solidaire ?

Arrondi en caisse, dons à quelques centimes : ces microdons aux associations peuvent-ils vraiment réduire vos impôts en 2025 ? Ce que dit Bercy

À la caisse, juste avant de saisir votre code, le terminal vous propose d’arrondir votre paiement pour soutenir une association. Quelques centimes de plus, un réflexe de solidarité de plus en plus courant, au point que beaucoup se demandent si ces petits gestes peuvent alléger, eux aussi, la note fiscale.

En 2025, l’arrondi solidaire en caisse a atteint un record : 15 millions d’euros collectés, soit 38 millions de microdons, avec un don moyen d’environ 40 centimes et près d’un consommateur sur deux qui accepte de participer. En France, les dons aux associations ouvrent en principe droit à une réduction d’impôt de 66 % ou 75 % du montant versé, selon les organismes, mais le traitement fiscal des microdons en caisse suit une logique bien particulière.

Arrondi en caisse : un microdon devenu un réflexe du quotidien

L’arrondi en caisse consiste à arrondir le montant de vos achats à l’euro supérieur, ou à ajouter quelques centimes, la différence étant reversée à une ou plusieurs associations partenaires. Ce dispositif est opéré dans de nombreuses enseignes, via microDON, une filiale de La Banque Postale qui a conçu cette solution de don intégrée aux paiements du quotidien. Avec plus de 160 associations bénéficiaires et des millions de transactions chaque année, ce geste discret s’est imposé dans le paysage de la générosité.

Côté fiscalité, le principe général est pourtant bien connu : un don à un organisme éligible ouvre droit à une réduction d’impôt sur le revenu de 66 % ou 75 % du montant donné, selon la nature de l’organisme, sans qu’il soit nécessaire de joindre de justificatif à la déclaration. L’administration peut toutefois demander un reçu fiscal en cas de contrôle, reçu qui est normalement délivré par l’association bénéficiaire. C’est précisément à ce stade que les microdons en caisse se distinguent des autres dons.

Microdons en caisse et réduction d’impôt : ce que dit Bercy

Les montants versés par l’arrondi en caisse sont en général inférieurs à 1 euro. Selon la FAQ de microDON, ces sommes sont jugées trop modestes pour justifier l’émission d’un reçu fiscal, et le ministère de l’Économie souligne que le coût de traitement d’un tel reçu serait disproportionné, aussi bien pour l’association que pour le fisc. Bercy considère donc que le montant du microdon est dérisoire au regard des démarches administratives qu’impliquerait sa prise en compte pour une réduction d’impôt.

Autre point clé : la nature même de la collecte. Lorsqu’une enseigne propose le microdon, elle agit comme intermediaire entre le client et l’association, qui ne connaît pas l’identité de chaque contributeur. Bercy résume cette difficulté en expliquant : « Lorsqu’une grande surface fait la collecte de microdons par exemple, elle s’entremet entre le particulier et l’organisme philanthropique, lequel n’a pas connaissance de l’identité des particuliers qui lui donnent, a fortiori quand la grande surface collecte pour plusieurs causes et redistribue les dons consolidés qu’elle a collectés. Un organisme qui ne connaît pas la personne qui se présente comme mécène ne pourra pas émettre de reçu à son bénéfice. C’est impossible de se porter garant de la véracité des informations si elles ne sont pas présentes dans sa comptabilité d’organisme récipiendaire », justifie Bercy, cité par MoneyVox. Une association ne peut donc pas établir un reçu fiscal nominatif pour des dons anonymes, et le microdon reste qualifié d’acte parfaitement désintéressé.

Comment soutenir les associations tout en profitant d’une réduction d’impôt ?

Les tickets ou reçus de carte bancaire qui mentionnent un microdon, qu’ils soient papier ou numériques, ne sont pas reconnus comme justificatifs par l’administration fiscale. Bercy est clair : ils n’ont aucune valeur juridique et ne peuvent en aucun cas remplacer le reçu fiscal émis par l’association, qui demeure la seule pièce pouvant être exigée lors d’un contrôle. Concrètement, l’absence de reçu fiscal pour l’arrondi en caisse signifie que ces dons ne peuvent pas être pris en compte dans le calcul de votre réduction d’impôt.

Pour profiter du cadre fiscal avantageux des dons, il faut donc passer par des formes de générosité pour lesquelles un reçu est délivré. Dans la pratique, cela revient à privilégier un don « classique » directement à l’organisme que vous souhaitez aider, en dehors du passage en caisse, ce qui permettra à l’association de vous identifier et de vous adresser un reçu nominatif. Certains dispositifs comme l’arrondi sur salaire, également porté par microDON, prévoient par exemple l’envoi d’un reçu fiscal annuel récapitulant les dons effectués, ce qui les rend éligibles à la réduction d’impôt, là où les microdons en caisse restent, eux, sans impact sur votre imposition.

En bref

  • En France, l’arrondi en caisse permet de verser quelques centimes à des associations, pour un total de 15 millions d’euros collectés en 2025 auprès de millions de consommateurs.
  • Malgré le régime avantageux des dons aux organismes d’intérêt général, les microdons en caisse n’ouvrent pas droit à réduction d’impôt faute de reçu fiscal nominatif et en raison de leur caractère anonyme.
  • Entre arrondi sur salaire, dons en ligne ou versements directs aux associations, d’autres canaux permettent de soutenir les mêmes causes tout en profitant d’un véritable avantage fiscal.