Arnaque au faux Brad Pitt : escroquée de 800 000 €, cette Française attaque ses banques et interroge la protection de vos économies

Par Paul Graph - Publié le

Escroquée de plus de 800 000 euros par un faux Brad Pitt, Anne D. veut désormais faire répondre ses banques de ces virements suspects. Jusqu’où leur devoir de vigilance peut-il aller face à des arnaques aussi sophistiquées ?

Arnaque au faux Brad Pitt : escroquée de 800 000 €, cette Française attaque ses banques et interroge la protection de vos économies

Un faux Brad Pitt, un deepfake bluffant et des virements à six chiffres pour financer une histoire d’amour virtuelle. L’arnaque qui a brisé la vie d’Anne D., 53 ans, a déjà sidéré des millions de téléspectateurs, tant les détails paraissent invraisemblables. Derrière le feuilleton médiatique, une autre bataille commence, plus silencieuse, mais potentiellement lourde de conséquences pour les banques.

Décoratrice d’intérieur, cette Française avait raconté dans l’émission Sept à Huit comment elle avait été victime d’une escroquerie sur internet, via messages et vidéos trafiquées, censées montrer l’acteur Brad Pitt. En deux ans, elle dit avoir perdu 830 000 euros, vidé ses comptes et ceux de son mari, au point de tenter trois fois de se suicider. Aujourd’hui, après le cyberharcèlement déclenché par la médiatisation, son affaire rebondit devant la justice civile : elle veut faire condamner ses banques pour manque de vigilance.

Arnaque au faux Brad Pitt : des virements aux libellés aberrants laissés passer

Selon des informations rapportées par Challenges, Anne D. accuse ses établissements d’avoir validé des paiements aux montants parfois grotesques, sans alerte ni blocage. Les libellés de certaines opérations interrogent en effet : « Opération Mr William Bradley Pitt », « solde opération transplantation rein gauche Mr William Bradley Pitt Clinic Mayo États-Unis » ou encore « transplantation rein William Bradley Pitt Clinic Mayo Dr Hatem ». Autant de intitulés directement liés à la fausse identité de l’acteur et à des prétextes médicaux inventés.

Ces virements portaient sur des sommes élevées, comme 35 000 euros ou 59 000 euros à deux reprises, et se sont répétés 18 fois au total, sans que les services de conformité ne les jugent anormaux. Interrogé par Challenges, l’avocat de la victime estime que les alertes internes auraient dû se déclencher bien avant ces montants cumulés : « Il y a au minimum 400 à 500 000 euros sur les sommes totales de transactions qui n’auraient jamais dû passer le contrôle minimal des banques. Le libellé de ces virements, c’est souvent du grand n’importe quoi. », a résumé l’avocat d’Anne D., cité par le magazine. La cliente, elle, espère récupérer environ 800 000 euros sur les 830 000 euros envolés.

Responsabilité des banques et devoir de vigilance : la nouvelle bataille d’Anne D.

Pour justifier sa démarche, Anne D. met en avant les « failles » du système de contrôle bancaire. « Il y a des failles et cela ne doit plus se reproduire », estime-t-elle, citée par La Dépêcheversé l’argent volontairement, sans contrainte physique des escrocs, ce qui rend plus délicate la remise en cause des opérations. En janvier 2025, l’avocate au barreau de Paris Alice Cointet rappelait à 20 Minutes que « la procédure normale est de plaider l’abus de confiance », mais « sinon l’affaire est classée sans suite » si l’auteur de l’arnaque n’est pas identifié.

Dans ce cas, expliquait-elle, la victime peut tout de même demander la « réparation de son préjudice sur le civil au tribunal judiciaire, sur le fondement du devoir de vigilance du banquier ». Des banques ont déjà été condamnées pour ce manque de vigilance, lorsqu’elles avaient laissé passer des virements manifestement inhabituels pour le profil du client. Elles peuvent toutefois se défendre en démontrant qu’elles ont alerté leur client ou que sa situation financière pouvait justifier ces flux. Pour Anne D., mariée à un millionnaire, les montants élevés pouvaient sembler cohérents sur le papier, ce qui complique son argumentaire.

Le cas d’Anne D. intervient alors que d’autres dossiers montrent comment les banques peuvent devenir, malgré elles, un maillon des escroqueries. Le site Journal du Coin évoque par exemple l’affaire Daren Li, condamné à 20 ans de prison pour avoir blanchi plus de 73 millions de dollars (environ 67 millions d’euros). Selon le rapport cité, il opérait depuis de véritables « centres d’escroquerie au Royaume du Cambodge » où des équipes, parfois spécialisées dans le « Pig Butchering » romantique, suivaient des scripts millimétrés. Les escrocs se faisaient passer pour « un service client ou une entreprise de support technologique », prétendant vouloir « remédier à un virus inexistant » et créaient des « domaines et sites web usurpés qui ressemblaient à des plateformes d’échange de crypto-monnaies légitimes », parfois dans des montages de type « Jumeaux Maléfiques ». Derrière un interlocuteur « charmant » ou « technique », les fonds transitaient d’abord par des comptes bancaires américains, plus de 59,8 millions de dollars (un peu plus de 55 millions d’euros) ayant circulé par ces comptes « officiels ». Les victimes pensaient alors, selon le média spécialisé, « C’est une banque américaine, c’est régulé, c’est sûr. », nourrissant le mythe de la « Banque Sûre ». Ces affaires relancent le débat sur le devoir de vigilance du banquier et sur ce que les clients peuvent vraiment attendre de leur banquaire en matière de protection contre les arnaques.

En bref

  • Entre 2023 et 2024, Anne D., décoratrice française de 53 ans, a versé 830 000 euros à un faux Brad Pitt via 18 virements validés par ses banques.
  • Elle accuse désormais ses établissements d’avoir laissé passer des montants et des libellés de virements aberrants, en violation de leur devoir de vigilance.
  • Son action au civil pourrait clarifier jusqu’où les banques doivent protéger leurs clients des arnaques sentimentales et des deepfakes.