Pénurie de carburant : jusqu’où pouvez-vous remplir des bidons en station-service pour faire des réserves chez vous sans risquer 150 € d’amende ?
Alors que la peur de la pénurie pousse certains à remplir des jerricans en station-service, la loi encadre strictement ces pratiques en France. Que risque vraiment un particulier qui fait des réserves de carburant chez lui ?

Depuis l’annonce, samedi 28 février 2026, de frappes aériennes américaines et israéliennes sur l’Iran, les images de files de voitures aux abords des stations-service reviennent à l’esprit. L’Iran fait partie des principaux pays fournisseurs de carburant dans le monde, ce qui fait planer une menace sur l’approvisionnement mondial en essence et en gasoil. En France, beaucoup se souviennent aussi des grèves dans les raffineries en 2022 et des pompes temporairement à sec. Dans ce climat, la tentation de remplir des jerricans pour se constituer un petit stock à la maison revient très vite.
Remplir des bidons de carburant à la station-service, les charger dans le coffre puis les entreposer dans un coin du garage paraît, à première vue, une solution simple pour se rassurer face au risque de pénurie ou de hausse des prix. La distribution de carburant en dehors du plein du réservoir est pourtant encadrée par une réglementation précise, qui vise autant la sécurité que l’organisation de l’approvisionnement. Entre quantité autorisée, type de récipient, stockage à domicile et éventuelles interdictions locales, le cadre reste flou pour beaucoup d’automobilistes. Reste une question très concrète : jusqu’où est-il possible d’aller sans enfreindre la loi ?
Remplir des bidons de carburant en station-service : ce qui est autorisé
En France, l’approvisionnement en carburant hors réservoir du véhicule ne se fait pas librement. Pour les particuliers, il est autorisé de remplir des bidons de carburant en station-service, mais uniquement pour sa consommation personnelle ; la revente du carburant ainsi stocké est strictement interdite. Le cadre légal vise des usages comme le dépannage d’un proche tombé en panne ou l’alimentation d’un petit matériel de jardinage, pas la constitution d’un stock destiné à être revendu.
Les textes prévoient une règle spécifique pour les très petits contenants. Si vous remplissez un bidon de moins de 5 litres en station-service, vous devez pouvoir justifier d’une situation d’urgence, comme une panne sèche ou un dépannage d’urgence ; les pompistes peuvent vous demander de fournir des preuves dans ce cas. Dès que l’on dépasse ces volumes, d’autres limites s’ajoutent sur le type de récipient utilisé, la quantité transportée et la façon de stocker le carburant à domicile. Concrètement, la loi autorise donc bien un particulier à remplir un jerrican en station-service pour constituer une réserve, mais dans un cadre strict.
Jerricans homologués, quantités et transport du carburant
L’essence et le gasoil sont considérés comme des matières dangereuses, ce qui impose des règles précises pour leur transport. Celui-ci doit se faire dans des contenants homologués, c’est à dire des jerricans spécifiques vendus en station-service ou dans des magasins spécialisés. Ces récipients doivent faire au maximum 60 litres et être pourvus d’un bouchon hermétique, d’un bec verseur sécurisé et d’une poignée stable, afin de limiter les risques de fuite pendant le remplissage ou le déplacement.
Les règles internationales qui encadrent le transport de marchandises dangereuses autorisent, sur le papier, l’emport de plusieurs jerricans dans un même véhicule particulier. Certains calculs aboutissent à des plafonds théoriques de 333 litres d’essence ou de 1 000 litres de gazole, pour peu que tous les bidons soient adaptés et conformes. Ces volumes restent très éloignés des usages courants et ne modifient pas les limites fixées par les stations-service et les autorités pour chaque plein. Il est essentiel de respecter des règles de sécurité pour le transport jusque chez soi.
Stocker du carburant chez soi : limites, interdictions et amendes
Une fois les bidons remplis, la question du stockage à domicile se pose. Là aussi, le cadre est précis : les particuliers ne sont autorisés à conserver chez eux que 20 litres de carburant maximum. Cette limite concerne le carburant entreposé en dehors du réservoir d’un véhicule, dans des bidons ou jerricans.
- Ne pas dépasser 20 litres de carburant stocké à domicile dans des bidons ou jerricans.
- Entreposer ces récipients loin des pièces d’habitation, dans un local séparé si possible.
- Garder les jerricans à l’abri de la chaleur et de toute source d’ignition.
Il est indiqué de stocker les jerricans loin des habitations et à l’abri de la chaleur, en respectant des règles de sécurité dès le trajet de retour depuis la station. Ces règles générales s’appliquent uniquement en l’absence d’arrêté préfectoral fixant des mesures plus strictes. En période de tension sur l’approvisionnement, il est fréquent que des départements interdisent purement et simplement l’approvisionnement en carburant dans des bidons, afin de garantir que chaque automobiliste puisse faire le plein directement à la pompe.
Lorsque de tels arrêtés sont en vigueur, remplir un jerrican à la station-service devient illégal. Le non-respect d’un arrêté préfectoral relatif à la distribution de carburant relève d’une contravention de 2e classe, prévue par l’article R610-5 du Code pénal, avec une amende forfaitaire de 35 euros pouvant aller jusqu’à une amende de 150 euros, et la confiscation du ou des bidons remplis. Dans ces conditions, vérifier l’existence éventuelle d’un arrêté dans son département avant de faire des réserves permet d’éviter une mauvaise surprise, surtout si l’on envisage de dépasser la quantité autorisé de carburant stockée chez soi.
En bref
- Depuis les frappes du 28 février 2026 et les craintes de pénurie, de nombreux automobilistes français s’interrogent sur le remplissage de bidons de carburant en station-service.
- Le cadre légal autorise le remplissage de jerricans homologués pour un usage strictement personnel, limite le stockage domestique à 20 litres et prévoit des sanctions en cas d’arrêté préfectoral ignoré.
- L’article détaille les volumes, les types de bidons, les règles de stockage et les risques d’amende afin d’aider chacun à constituer un éventuel petit stock sans se mettre en danger.








