Livret A : vos économies vont désormais financer le nucléaire et le chantier géant de Penly, ce que cela change vraiment pour des millions d'épargnants

Par Paul Graph - Publié le

En redirigeant une partie du Livret A vers le programme nucléaire EPR2, l'État engage l'épargne réglementée des Français dans son « chantier du siècle ». Entre promesse climatique, enjeux de souveraineté et questions sur vos économies, que cache ce choix stratégique ?

Livret A : vos économies vont désormais financer le nucléaire et le chantier géant de Penly, ce que cela change vraiment pour des millions d’épargnants

Longtemps produit d’épargne préféré des Français, le Livret A voit sa cote reculer, en partie à cause d’un taux ramené à 1,5 % au 1er février. Ses encours ont décroché en fin d’année, alors même qu’il reste le support le plus répandu de l’épargne réglementée.

Dans ce contexte, l’Etat a décidé de lui donner un rôle inédit : participer au financement d’un vaste programme nucléaire, à travers le chantier de la future centrale de Penly (Seine-Maritime), où s’est tenu jeudi 12 mars un Conseil de politique nucléaire. Un chantier que Emmanuel Macron a présenté comme le « chantier du siècle ». Une décision qui pourrait bien interresser de près les millions de détenteurs de Livret A.

Comment le Livret A va contribuer au programme nucléaire EPR2

Au terme de ce Conseil de politique nucléaire, l’Elysée a détaillé le schéma de financement retenu pour le programme EPR2. « Le prêt bonifié de l’Etat accordé au programme EPR2 pour 60% du montant total du programme sera financé par le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts », explique l’Elysée, cité par Franceinfo. Concrètement, ce prêt couvrira 60 % du coût global des nouveaux réacteurs, en s’appuyant sur l’argent déjà collecté via l’épargne réglementée.

Le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts centralise et gère 59,5 % de l’épargne réglementée déposée sur les Livrets A, les Livrets de développement durable et solidaire et les Livrets d’épargne populaire, soit une enveloppe d’environ 400 milliards d’euros. La moitié de cette somme sert aujourd’hui à des prêts de long terme au logement social et à la politique de la ville, l’autre moitié étant investie en titres de dette et en actions de sociétés cotées. Une partie de ces ressources devra donc désormais servir à financer les six nouveaux réacteurs de forte puissance prévus à Penly, Gravelines (Nord) et Bugey (Ain), pour lesquels EDF s’est engagé à tenir une cible de coûts de construction de 72,8 milliards d’euros.

Décision d’investissement, calendrier et discours d’Emmanuel Macron

Le Conseil de politique nucléaire a aussi fixé un cap temporel pour ce programme. Il a confirmé « l’objectif d’assurer la décision finale d’investissement, qui sera prise par EDF, avant la fin de l’année 2026, pour une première mise en service d’ici 2038 ». Il demande à l’Etat et à EDF « de prendre toutes les mesures nécessaires pour finaliser les discussions en cours avec la Commission Européenne dans un calendrier cohérent avec cet objectif ». En clair, les discussions avec Bruxelles devront avancer au rythme de ce calendrier, pour permettre le lancement effectif du chantier et la mise en service du premier EPR2 à l’horizon 2038.

En déplacement sur le site de Penly, Emmanuel Macron a profité de cette séquence pour défendre sa stratégie en faveur de l’atome, qu’il présente comme l’un des grands travaux du XXIe siècle pour la France. « On n’arrivera pas à gagner la bataille du climat, de la compétitivité et de la souveraineté sans le nucléaire », a déclaré Emmanuel Macron, cité par Franceinfo. Cette annonce sur le financement via le Livret A intervient alors que le taux du placement a été abaissé à 1,5 % au 1er février, et que l’enveloppe gérée par le fonds d’épargne continue de peser près de 400 milliards d’euros, au coeur des politiques publiques de logement, de ville et désormais de relance du nucléaire.

En bref

  • En mars, lors d'un Conseil de politique nucléaire à Penly (Seine-Maritime), l'État annonce que le Livret A et l'épargne réglementée contribueront au financement du programme EPR2.
  • Un prêt bonifié de l'État, abondé par le fonds d'épargne de la Caisse des dépôts qui gère 59,5 % de l'épargne réglementée, doit couvrir 60 % des 72,8 milliards d'euros prévus pour six réacteurs à Penly, Gravelines et Bugey.
  • Entre calendrier serré pour EDF, enjeux climatiques et souveraineté énergétique, cette mobilisation de l'épargne populaire vers le nucléaire soulève déjà des interrogations pour les détenteurs de Livret A.