Livret A : pour la première fois depuis 2015, les Français retirent plus qu’ils ne déposent, ce que cache cette décollecte inédite de 2025
En 2025, le Livret A a enregistré une décollecte nette de 2,12 milliards d’euros, une première depuis 2015 qui bouscule les habitudes d’épargne des Français. Entre baisse des taux et concurrence de l’assurance vie, ce tournant marque-t-il la fin du livret préféré des ménages ?

Symbole de l’épargne sécurisée, le Livret A vient de connaître un épisode inédit depuis dix ans : en 2025, les Français y ont retiré plus d’argent qu’ils n’en ont déposé. Le placement chouchou des ménages a enregistré une décollecte nette, une situation qui ne s’était plus produite depuis 2015 et qui tranche avec les années de records observées depuis la crise du Covid-19.
Ce recul intervient alors que les encours restent colossaux et que les ménages continuent à mettre de côté près d’un euro sur cinq, selon l’Insee. Dans le détail, la Caisse des dépôts et consignations (CDC) fait état de retraits supérieurs aux dépôts de 2,12 milliards d’euros sur l’année 2025, malgré un mois de décembre jugé correct. Un tournant discret, mais lourd de sens.
Livret A 2025 : une décollecte nette rare pour un géant de l’épargne
Interrogé en conférence de presse, le directeur financier du fonds d’épargne de la CDC, Stéphane Magnan, résume ce mouvement par ces mots : « C’est un retour de balancier qui est tout à fait logique », a estimé Stéphane Magnan, cité par MoneyVox. Après plusieurs années de dépôts massifs et un taux de rémunération en baisse, une partie des épargnants a simplement desserré l’étreinte.
Le phénomène reste pourtant limité au regard du poids du Livret A dans le patrimoine financier des ménages. Ce produit, détenu par près de 57 millions d’épargnants, concentre à lui seul environ 450 milliards d’euros. En y ajoutant son cousin, le livret de développement durable et solidaire (LDDS), qui a, lui, enregistré une collecte nette positive de 1,65 milliard d’euros, l’encours cumulé atteignait 615,2 milliards d’euros fin décembre. Ces deux livrets gérés par les banques et la CDC ont versé au total 12,64 milliards d’euros d’intérêts à leurs titulaires, preuve que l’épargne réglementée reste un pilier majeur.
Taux en baisse, assurance vie et LEP : pourquoi le Livret A perd du terrain
Si les Français continuent d’épargner, ils réorientent une partie de leurs placements. L’an dernier, l’attrait du Livret A a été clairement freiné par deux baisses successives de son taux : de 3 % à 2,4 % en février 2025, puis de 2,4 % à 1,7 % en août. Une nouvelle baisse à 1,5 % est annoncée pour février, ce qui rend ce livret beaucoup moins interressant aux yeux de nombreux titulaires. Selon la CDC, ces ajustements de taux expliquent en bonne partie la décollecte, tout comme la concurrence renforcée d’autres produits.
Face au Livret A, les fonds en euros de l’assurance vie ont offert en 2025 un rendement moyen estimé à 2,65 %, selon plusieurs experts de l’épargne. Ce taux reste toutefois soumis à des prélèvements sociaux et fiscaux pouvant aller jusqu’à 30 %, alors que le Livret A est totalement exonéré d’impôt et de prélèvements. Les projections du Magistère Banque-Finance de l’université Panthéon-Assas évoquent une collecte nette de 50 milliards d’euros sur l’assurance vie en 2025, là où le petit livret rouge n’a pas bénéficié d’un fort soutien commercial de la part des banques, pour qui il coûte cher. Beaucoup d’acteurs, du ministère de l’Économie à la Banque de France, ont en parallèle mis en avant des placements plus risqués, destinés à financer le capital des entreprises.
En toile de fond, la CDC est aussi attendue sur davantage de transparence concernant l’utilisation des fonds du Livret A et du LDDS, dont une partie est investie au capital d’entreprises dont la liste n’est pas publique. Autre signal paradoxal : le Livret d’épargne populaire (LEP), réservé aux ménages modestes et doté d’un taux avantageux de 2,5 % à partir du 1er février, a lui aussi connu en 2025 une décollecte nette de 840 millions d’euros, en grande partie liée à la radiation de titulaires devenus trop aisés pour y prétendre. Seules 12 millions de personnes détiennent un LEP, loin des quelque 31 millions de Français éligibles. « Les chiffres d’ouvertures de LEP sont un peu décevant », a déploré Stéphane Magnan, « il y a clairement une question d’information de l’ensemble des gens qui pourraient avoir un LEP et qui ne l’ont pas encore ouvert ».
En bref
- En 2025, selon la Caisse des dépôts, le Livret A détenu par 57 millions de Français affiche une décollecte nette de 2,12 milliards d’euros, une première depuis 2015.
- Cette décollecte s’explique par la double baisse du taux du Livret A, la concurrence renforcée des fonds en euros de l’assurance vie et le manque de mise en avant commerciale par les banques.
- Entre rendement réel encore positif, LEP sous-utilisé, LDDS en légère progression et nouvelles baisses de taux annoncées, ce tournant oblige les épargnants à repenser l’usage de leurs livrets en 2026.





