RSA en 2025 : cette carte révèle les départements où les foyers explosent (Nord, Réunion…) et ceux où l'aide reste presque invisible

Par Paul Graph - Publié le

Près de 1,8 million de foyers perçoivent le RSA en France, mais leur répartition varie fortement d’un territoire à l’autre. Quels départements concentrent le plus d’allocataires en 2025, et lesquels restent largement en dessous de la moyenne ?

RSA en 2025 : cette carte révèle les départements où les foyers explosent (Nord, Réunion…) et ceux où l’aide reste presque invisible

Sur la carte de France, le Revenu de solidarité active ne se répartit pas partout de la même façon. D’un département à l’autre, le nombre de bénéficiaires du RSA par département varie fortement, que l’on regarde le volume brut de foyers aidés ou le poids de cette prestation par rapport à la population locale.

Ce décalage se voit encore plus nettement depuis la crise du Covid, qui a fait grimper puis refluer le nombre d’allocataires. Derrière ces courbes nationales, chaque territoire dessine pourtant sa propre histoire sociale. Les écarts sont parfois saisissants.

RSA : combien de foyers par département en 2025 ?

D’après les données de la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF) retraitées par l’ADCF, la France compte, au 31 août 2025, 1 796 515 foyers bénéficiaires du RSA, couvrant 3,65 millions de personnes. Cela représente environ un foyer sur 18 et 5,4 % de la population. Le pic a été observé en décembre 2020, au cœur de la crise sanitaire, avec 2 020 673 foyers, avant une baisse de 11,1 % jusqu’en 2025.

Ces chiffres nationaux proviennent des séries longues publiées en open data par la CNAF (CAF Data), croisées avec les populations départementales de l’INSEE. Ils servent de base au baromètre qui permet de visualiser, mois par mois depuis 2016, la montée liée au Covid puis la décrue progressive du RSA dans chaque département.

Les départements où les bénéficiaires du RSA sont les plus nombreux

Si l’on regarde le volume de foyers, un département domine : le Nord, avec 93 255 foyers allocataires en août 2025. La Réunion suit de très près avec 91 181 foyers, puis la Seine-Saint-Denis avec 82 486 foyers. À l’autre bout du classement, la Lozère ne compte que 1 115 foyers bénéficiaires. L’écart entre ces deux extrêmes donne déjà un aperçu interressant des disparités territoriales.

Mais ce palmarès change dès qu’on rapporte le RSA à la population. En nombre de foyers pour 1 000 habitants, La Réunion arrive en tête avec 104,7 foyers bénéficiaires pour 1 000 habitants. Viennent ensuite la Guadeloupe (94,1), la Martinique (85,9), la Guyane (85,5) et, côté métropole, les Pyrénées-Orientales (52,7). À l’autre extrémité, la Vendée affiche 9,6 foyers pour 1 000 habitants, la Haute-Savoie 10,9, le Cantal 11,2, la Mayenne et l’Ain 12,0. Autrement dit, un département peut compter beaucoup de foyers au RSA simplement parce qu’il est très peuplé, sans forcément avoir le taux le plus élevé.

Pourquoi le nombre de bénéficiaires du RSA varie autant selon les départements ?

Les départements d’outre-mer, comme La Réunion, la Guadeloupe, la Martinique ou la Guyane, se distinguent par des taux très élevés, qui renvoient à une pauvreté structurelle importante et à un marché du travail plus fragile. En métropole, certains territoires urbains populaires, à l’image de la Seine-Saint-Denis, cumulent chômage, bas salaires et logements chers, ce qui gonfle mécaniquement le nombre de foyers éligibles au RSA. À l’inverse, des territoires comme la Vendée ou le Cantal mêlent tissu économique différent et profils de population qui recourent moins à cette prestation.

Ces cartes et classements ne racontent toutefois pas toute l’histoire. Selon une étude de la DREES publiée en février 2022, environ 34 % des foyers éligibles au RSA n’en feraient pas la demande. Le non-recours est donc massif : le nombre d’allocataires effectivement comptabilisés reste inférieur au nombre réel de personnes qui pourraient percevoir le RSA dans chaque département. Certains territoires très engagés sur l’insertion tentent justement de mieux accompagner ces publics. En Seine-Saint-Denis, par exemple, le Département a ouvert 22 agences locales d’insertion réunissant 277 professionnels, où plus de 15 000 allocataires ont été reçus en 2025, et a soutenu 38 projets de forums locaux et d’actions d’« aller-vers ».

La vice-présidente chargée de l’insertion, de l’économie sociale et solidaire et des fonds européens, Mélissa Youssouf, résume cette stratégie en expliquant sur le site seinesaintdenis.fr : « La nouvelle donne de l’insertion départementale, permise par la renationalisation du RSA, nous a redonné les moyens d’agir pleinement. Avec Stéphane Troussel, nous avons fait le choix d’un changement d’échelle : plus de moyens et de présence sur le terrain, mais aussi une exigence nouvelle. Car il ne s’agissait pas seulement de faire plus, mais surtout de faire mieux. Après 4 ans de mise en œuvre, nous affirmons concrètement un droit réel à l’accompagnement pour chaque allocataire, avec des parcours sur mesure au sein des Ali et du service social départemental et une offre de formation fortement renforcée. Notre ambition est claire : rendre l’insertion plus humaine, plus efficace et durable. »

En bref

  • Au 31 août 2025, 1,8 million de foyers perçoivent le RSA en France, soit 3,65 millions de personnes, avec de fortes disparités entre départements.
  • Les classements montrent un top dominé par le Nord, La Réunion ou la Seine-Saint-Denis, tandis que des territoires comme la Lozère ou la Vendée restent très peu concernés.
  • Taux pour 1 000 habitants, effets du Covid, poids du non-recours : la carte du RSA par département révèle des fractures sociales que l’analyse met en lumière sans les épuiser.