Usufruit sur votre résidence principale : ce que vos enfants nus-propriétaires risquent de payer en impôt sur la plus-value à la vente
Usufruit, nue-propriété, résidence principale : au moment de vendre, la facture fiscale ne tombe pas forcément sur la même personne. Entre parent occupant et enfants nus-propriétaires, les règles sur la plus-value réservent parfois des surprises.

Vendre un logement dont on n’a que l’usufruit après l’avoir transmis en nue-propriété à ses enfants pose vite une question délicate : qui doit payer l’impôt sur la plus-value lors de la cession et sur quelle base cette somme est calculée. Entre résidence principale, nue-propriété et durée de détention, les règles ne sont pas toujours intuitives pour une famille qui se contente de signer chez le notaire.
Ce cas de figure est fréquent : un parent conserve l’usufruit de sa maison pour y vivre, tandis que ses enfants en détiennent la nue-propriété. Le jour où tout le monde décide de vendre, chacun perçoit une part du prix, mais tout le monde n’est pas logé à la même enseigne face au fisc. Et c’est là que les nuances commencent à compter.
Usufruit, nue-propriété et résidence principale : qui paie la plus-value ?
Lorsque le logement vendu constitue votre résidence principale en tant qu’usufruitier, la règle est claire : vous ne payez aucun impôt sur la plus-value immobilière réalisée lors de la vente. Le fait que le bien soit votre habitation habituelle entraîne l’exonération de la plus-value que vous réalisez sur votre quote-part, même si le bien est démembré entre vous et vos enfants.
En revanche, vos enfants, qui n’occupent pas le logement et en sont uniquement enfants nus-propriétaires, restent imposables sur la plus-value correspondant à leur droit de nue-propriété. Autrement dit, l’exonération liée à votre résidence principale ne s’étend pas automatiquement à eux : leur situation fiscale se juge séparément, en fonction de la valeur de leur droit au moment où ils l’ont reçu et au moment où le bien est revendu.
Comment se calcule la plus-value de la nue-propriété ?
Pour les enfants, la plus-value imposable se détermine à partir de la valeur de la nue-propriété au jour de la vente. Cette valeur correspond au prix du bien multiplié par un pourcentage fixé selon l’âge de l’usufruitier au jour de l’acte de vente, puis diminuée de la valeur de la nue-propriété telle qu’elle existait au moment où ils l’ont reçue (par donation ou succession). La plus-value imposable est donc la différence entre ces deux valeurs de nue-propriété, et non entre le prix total de vente et un prix d’achat en pleine propriété.
Pour ne pas se perdre dans ces calculs, certains repères sont utiles, car la durée de détention de la nue-propriété joue un rôle majeur et peut, dans certains cas, effacer totalement l’impôt. Les enfants peuvent en effet être exonérés s’il s’est écoulé plus de vingt-deux ans entre la date à laquelle ils ont reçu la nue-propriété et la date de la vente. Ils peuvent aussi être exonérés s’ils déclarent utiliser les fonds pour acheter ou construire leur habitation principale dans les deux ans suivant la cession, à condition de ne pas avoir été propriétaires d’une résidence principale au cours des quatre années précédant la vente.
Comment limiter l’impôt sur la plus-value en cas d’usufruit ?
Lorsque ni la durée de plus de vingt-deux ans, ni le projet d’achat ou de construction de la résidence principale dans les deux ans ne permettent une exonération, la plus-value des enfants ne disparaît pas pour autant. Ils bénéficient alors d’un abattement de 6 % par an sur le montant de la plus-value, à partir de la sixième année de détention de la nue-propriété. Plus la nue-propriété a été détenue longtemps, plus cette réduction annuelle vient diminuer la base imposable, ce qui allège progressivement l’impôt dû sur leur part.
En pratique, tout se joue donc sur trois éléments notament : la date à laquelle la nue-propriété a été reçue, la valeur qui figurait alors dans l’acte de donation ou de succession, et le projet d’utilisation du prix de vente par les enfants. Rassembler les actes, vérifier les dates et discuter du calendrier et de l’usage futur des fonds avec un professionnel permet de sécuriser la vente, chacun sachant à l’avance s’il se trouve en situation d’exonération totale, de simple abattement ou d’imposition pleine de la plus-value attachée à la nue-propriété.
En bref
- Un parent conserve l’usufruit de sa résidence principale tandis que ses enfants en détiennent la nue-propriété, puis la famille décide de vendre le logement.
- L’usufruitier est exonéré d’impôt sur la plus-value liée à sa résidence principale, alors que les enfants nus-propriétaires restent imposables sur la plus-value de leur droit.
- Durée de détention de la nue-propriété, exonérations possibles et abattements de 6 % par an constituent des leviers clés pour limiter ou neutraliser l’impôt.





