Livret A : ce rapport veut orienter votre épargne vers les énergies vertes pour alléger la facture de l’État, les épargnants sont-ils prêts à suivre ?
Un rapport remis au gouvernement propose de mobiliser une partie des encours du Livret A pour financer de grands projets d’énergies renouvelables. Entre explosion des aides publiques et bataille nucléaire contre vert, votre épargne entre dans le jeu.

Votre Livret A ne se contente plus de dormir sur un compte bancaire : il est déjà devenu l’un des leviers de l’État pour financer ses grands chantiers. La facture des énergies renouvelables s’alourdit pour le budget public, au point de pousser le gouvernement à explorer de nouveaux montages financiers. Et au centre de cette équation, on retrouve l’argent mis de côté par des millions d’épargnants.
En mars, lors d’un déplacement à la centrale de Penly en Seine-Maritime, Emmanuel Macron a déjà ouvert une brèche en annonçant que « le prêt bonifié de l’État accordé au programme EPR 2 pour 60 % du montant total du programme serait financé par le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts », a-t-il déclaré, cité par Capital. Autrement dit, par l’argent placé sur le Livret A et les autres produits d’épargne réglementée, ce fonds gérant près de 60 % des encours. Un nouveau rapport remis au gouvernement propose maintenant d’utiliser aussi cette manne pour certains projets d’énergies vertes, une idée loin d’être anodine.
Livret A et énergies vertes : ce que proposent Jean-Bernard Lévy et Thierry Tuot
Mandatés en décembre par le Premier ministre Sébastien Lecornu, Jean-Bernard Lévy, ancien PDG d’EDF, et le haut fonctionnaire Thierry Tuot ont été chargés d’évaluer le coût des énergies renouvelables pour les finances publiques et leur impact sur le système électrique. Dans ce rapport, ils suggèrent d’associer directement le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts et consignations, alimenté par le Livret A, au financement des projets les plus compétitifs. « L’État pourrait faire en sorte qu’une partie du financement de certains projets ENR soit apportée par les fonds d’épargne de la Caisse des dépôts et consignations (‘Livret A’), ce qui diminuerait le coût de la dette portée par les projets », écrivent-ils dans ce document consulté par l’AFP.
Ce fléchage ne concernerait pas tous les dossiers, mais uniquement ceux dont le coût de production au mégawattheure « est le plus compétitif, en pratique (…) les projets de grande dimension ». Les deux auteurs citent notament les parcs éoliens terrestres, les centrales solaires et « tout particulièrement » les éoliennes maritimes, devenues un pilier des appels d’offres français. Selon eux, cibler les projets les plus efficaces économiquement limiterait l’exposition du budget de l’État aux fluctuations de prix de l’électricité. Cette piste figure parmi les 45 recommandations d’un rapport intitulé « l’optimisation des soutiens publics aux énergies renouvelables électriques et au stockage », qui détaille une série de leviers techniques pour contenir la facture.
Un coût des renouvelables en plein boom et d’autres pistes que le Livret A
Les chiffres avancés illustrent l’enjeu. L’aide de l’État au photovoltaïque et à l’éolien est passée de 2,6 milliards d’euros en 2024 à 5,3 milliards d’euros en 2025, et devrait atteindre au moins 6,8 milliards d’euros en 2026. À ce rythme, ces soutiens « pourraient dans les 5 années qui viennent atteindre, voire dépasser, une charge annuelle de 10 milliards d’euros pour l’État », préviennent Jean-Bernard Lévy et Thierry Tuot. Cette montée en puissance alimente des débats nourris entre députés favorables aux renouvelables et défenseurs du nucléaire, chacun scrutant l’impact sur les comptes publics.
Le rapport ne se limite pas au recours possible au Livret A. Jean-Bernard Lévy et Thierry Tuot recommandent d’encourager les ventes d’électricité via des accords contractuels privés de type Power purchase agreement, avec un système d’assurance mis en œuvre par l’État pour réduire les volumes d’heures à prix négatifs, lorsque la production dépasse la demande. Ils jugent aussi « indispensable » d’accroître les capacités de stockage par batteries afin de « pallier la variabilité de l’éolien et du solaire » et « augmenter l’efficience du soutien public à ces énergies ». Les délais d’instruction des projets sont enfin dans leur viseur : « Des installations aussi compétitives que celles de nos voisins réduiraient de plus d’un milliard d’euros les soutiens publics directs chaque année », avancent-ils.
En bref
- Mandatés par Sébastien Lecornu, Jean-Bernard Lévy et Thierry Tuot suggèrent d’impliquer le fonds d’épargne du Livret A dans le financement des projets renouvelables les plus compétitifs.
- Face à une facture de soutien au photovoltaïque et à l’éolien en route vers 10 milliards d’euros par an, le rapport propose d’utiliser le Livret A, les PPA et les batteries pour alléger la charge de l’État.
- Reste à trancher ce que ce fléchage vers les énergies vertes changerait pour le risque, la mission logement social et l’avenir du Livret A des épargnants.








