À 22 ans, il dérobe 230 millions de dollars en bitcoins avec un simple appel : voici la technique qui peut vider votre portefeuille

À 22 ans, Malone Lam comparaît à Washington pour répondre d’un vol de 4 100 BTC évalué à près de 230 millions de dollars. Derrière ce casse sans arme, une simple arnaque téléphonique qui expose les failles les plus intimes des détenteurs de crypto.
À 22 ans, un décrocheur scolaire singapourien se retrouve au centre d’un des plus spectaculaires vols de bitcoin jamais poursuivis aux États-Unis. Ce mardi 8 septembre, à Washington D.C., Malone Lam doit se présenter devant la juge fédérale Colleen Kollar-Kotelly pour une audience de plaider-coupable liée à la disparition de plus de 4 100 BTC appartenant à un investisseur américain. Aucun piratage de la blockchain, aucun braquage armé : seulement quelques appels téléphoniques, soigneusement préparés, qui auraient suffi à détourner l’équivalent de centaines de millions de dollars.
Entre 230 et 245 millions de dollars, soit environ 212 à 226 millions d’euros au cours de l’époque, se sont évaporés en août 2024 des portefeuilles de la victime. Les autorités fédérales décrivent ce dossier comme parmis les plus gros vols de bitcoin au détriment d’un particulier jamais portés devant la justice américaine, avec en toile de fond un réseau structuré de dix-huit personnes poursuivies sous le régime RICO, généralement réservé au crime organisé. Comment une simple conversation téléphonique a-t-elle pu déclencher un casse aussi massif ?
Les chiffres vertigineux du vol des 4 100 BTC de Malone Lam
Les faits remontent à août 2024. À Washington, un investisseur américain reçoit d’abord un appel d’un homme se présentant comme employé de Google, puis un second interlocuteur affirmant travailler pour la plateforme d’échange Gemini. Convaincu qu’il protège ses avoirs, il transfère plus de 4 100 BTC vers de nouvelles adresses, qu’il ne reverra jamais. Selon l’accusation, ces bitcoins représentaient entre 230 et 245 millions de dollars – environ 212 à 226 millions d’euros – au moment des faits, ce qui place l’affaire parmi les plus importantes jamais poursuivies aux États-Unis pour un vol touchant un seul particulier.
| Indicateur | Valeur | Détail |
|---|---|---|
| Bitcoin volés | 4 100 BTC | Investisseur basé à Washington D.C. |
| Valeur estimée | 230–245 M$ | ≈ 212–226 M€ au moment des faits |
| Prix implicite par BTC | ≈ 56 000–60 000 $ | Ordre de grandeur indicatif |
| Personnes impliquées | 18 mis en cause | Réseau décrit par l’accusation fédérale |
| Cadre judiciaire | RICO | Tribunal fédéral à Washington D.C. |
| Dépense emblématique | 569 000 $ | Une seule soirée en club à Los Angeles |
Une fois les fonds déplacés, l’argent ne reste pas longtemps dans des portefeuilles faciles à tracer. L’accusation décrit une véritable frénésie de dépenses : plus de 569 000 dollars (environ 525 000 euros) engloutis en une seule nuit dans un club de Los Angeles, un mois de sorties nocturnes pour près de 4 millions de dollars, plus de trente voitures de sport, des jets privés affrétés à la demande, des villas à Miami et dans les Hamptons, des sacs de luxe distribués à des inconnues dans la foule. L’enquête se traduit aujourd’hui par un inventaire impressionnant de biens de luxe saisis, des parkings de concessionnaires aux dressings de manoirs, pendant que la justice tente de reconstituer le chemin parcouru par les BTC volés.
Une arnaque par social engineering jugée sous le régime RICO
Pour les procureurs fédéraux, Malone Lam n’est pas un simple participant. Les documents judiciaires le décrivent comme le cerveau d’une entreprise criminelle de dix-huit personnes, qualifiée de « Social Engineering Enterprise » dans l’acte d’accusation. L’expression renvoie à la méthode employée : plutôt que de s’attaquer aux protocoles de Bitcoin, le groupe cible les utilisateurs en usurpant l’identité de salariés de grandes entreprises technologiques ou d’exchanges crypto. Dans ce dossier, les faux employés de Google et de Gemini gagnent la confiance de la victime, obtiennent des informations sensibles et des codes de sécurité, puis la convainquent de transférer elle-même ses bitcoins vers des portefeuilles contrôlés par le réseau. Parmi les complices figure Veer Chetal, présenté comme l’un des exécutants directs de l’arnaque aux côtés de Lam, qui a lui-même plaidé coupable dès novembre 2024.
L’affaire est instruite sous le Racketeer Influenced and Corrupt Organizations Act, plus connu sous l’acronyme RICO, un cadre juridique pensé pour poursuivre des organisations criminelles entières plutôt que des individus isolés. Selon les barèmes fédéraux évoqués par l’accusation, Malone Lam encourrait un minimum de quatorze ans de prison, avec une peine théorique pouvant atteindre vingt ans de réclusion pour ce type de conspiration de racket. Rien ne garantit que la juge Colleen Kollar-Kotelly retienne le plancher, et la peine précise ne sera fixée qu’au stade de la condamnation, une fois l’ampleur des dommages et la liste des biens saisis définitivement établies. Ce dossier arrive alors que le ministère de la Justice américain a dissous l’an dernier son unité spécialisée dans les crimes crypto, au moment même où il doit boucler ce premier grand cas RICO centré sur un vol de bitcoins, sur fond de tentatives de home-jacking ratées visant les proches de certains complices et d’une pile de dossiers similaires qui continuent de s’accumuler.
En bref
- En août 2024, à Washington D.C., l’investisseur victime voit plus de 4 100 BTC s’évaporer après des appels de faux employés de Google et de Gemini.
- Accusé d’avoir dirigé un réseau de dix-huit personnes, le Singapourien Malone Lam plaide coupable sous le régime RICO et risque jusqu’à vingt ans de prison.
- Au-delà du récit de ce casse record, l’affaire met en lumière la puissance du social engineering et les réflexes essentiels pour protéger ses bitcoins.





