Data centers IA : pourquoi la France finance ces 'usines à calcul' à coups de milliards tout en ignorant le minage de Bitcoin

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Data centers IA : pourquoi la France finance ces ‘usines à calcul’ à coups de milliards tout en ignorant le minage de Bitcoin

Des villages français voient surgir des data centers IA géants, soutenus par l’État, pendant que le minage de Bitcoin reste en marge. Entre gigawatts, lignes THT et pétitions, la bataille pour l’électricité ne fait que commencer.

En quelques mois, des projets de data centers IA géants ont surgi aux quatre coins de la France, d’Étrechet dans l’Indre à Fouju en Seine-et-Marne, en passant par Alixan dans la Drôme et les rives du Rhin en Alsace. Champs de blé, terres agricoles ou parcs d’activités se voient promis à des campus numériques de plusieurs centaines de mégawatts, ce qui déclenche démissions d’élus, pétitions et recours en justice face à ces nouvelles « usines à calcul ».

Ces infrastructures, parfois dimensionnées à plus d’un gigawatt, réclament des investissements de plusieurs milliards d’euros et de nouvelles lignes à très haute tension, pendant que l’État simplifie les procédures. Dans le même temps, la France a exporté 92,3 TWh d’électricité en 2025 et connu 513 heures de prix négatifs, alors que le minage de Bitcoin, pourtant plus flexible, reste cantonné à des projets de taille modeste. Le contraste entre ces trajectoires nourrit un débat qui dépasse largement les communes concernées.

Quatre projets de data centers IA qui cristallisent la colère

Premier foyer de tensions, Étrechet, près de Châteauroux, où Google prépare via sa filiale Tricolore Computing un premier bâtiment de 120 MW raccordé autour de 2030, sur un site qui pourrait monter jusqu’à 1 200 MW. Pour alimenter ce projet, RTE prévoit une ligne à 400 000 volts sur une centaine de kilomètres entre Eguzon et Marmagne, pour un coût estimé à 300 millions d’euros, traversant 128 communes. La concertation sur la ligne doit s’achever le 22 novembre, celle sur le data center s’ouvre le 2 novembre pour courir jusqu’au 10 janvier, alors que la maire et plusieurs élus ont démissionné et qu’une pétition « Ozans dire non » approche les 16 000 signatures, sur fond de craintes liées au bruit, au paysage et aux PFAS issus du refroidissement. Les principaux projets contestés se résument dans le tableau ci-dessous.

Projet Localisation Acteur principal Puissance / taille Statut et contestation
Étrechet Indre, près de Châteauroux Google / Tricolore Computing 120 MW puis jusqu’à 1 200 MW Concertations en cours, pétition ~16 000 signatures
Campus IA de Fouju Seine-et-Marne Campus IA, fonds MGX 1,4 GW sur 89 hectares Arrêté préfectoral, 71 625 signatures
Datacenter d’Alixan Drôme, parc de Rovaltain Sesterce >60 MW, 1,5 milliard d’euros Permis suspendu, recours engagé
Site Microsoft Alsace Petit-Landau – Hombourg Microsoft 36 ha, >1,5 TWh/an Enquête défavorable, projet qui avance

En Seine-et-Marne, le préfet a autorisé le 29 juillet 2026 le Campus IA de Fouju, village de 637 habitants, pour une puissance pouvant atteindre 1,4 GW sur environ 89 hectares de terres agricoles, adossé à un investissement allant jusqu’à 50 milliards d’euros via le fonds émirati MGX. Malgré les 71 625 signatures réunies contre le projet, un collectif prépare désormais son recours, pendant qu’à Alixan dans la Drôme le tribunal administratif de Grenoble a suspendu le 10 juillet le permis de construire du projet Sesterce de plus de 60 MW et de 1,5 milliard d’euros, en raison de l’absence d’étude d’impact. Au bord du Rhin, à Petit-Landau et Hombourg, Microsoft vise 36 hectares aujourd’hui cultivés pour trois bâtiments et environ 2 milliards d’euros d’investissement ; l’autorité environnementale estime la consommation annuelle à plus de 1,5 TWh, soit autant que tout le parc photovoltaïque du Grand Est en 2024, et sur 665 contributions à l’enquête publique, 535 étaient défavorables. Le commissaire enquêteur a pourtant rendu en août un avis favorable avec une réserve sur le bruit, Mulhouse Alsace Agglomération a voté le 12 octobre la déclaration d’intérêt général, et les riverains pointent aussi la présence prévue de 111 groupes électrogènes, tandis que les promoteurs mettent en avant environ 200 emplois directs. D’autres collectifs se structurent à Lezennes, dans l’Oise ou à Marseille, où le collectif Le nuage était sous nos pieds recense déjà 32 oppositions locales à ces « usines à calcul ».

Électricité, loi et Bitcoin : deux visions opposées des « usines à calcul »

Sur le papier, la France ne manque pas d’électricité : en 2025, le pays a exporté 92,3 TWh et le marché de gros a connu 513 heures de prix négatifs, soit environ 6 % de l’année, d’après le bilan électrique 2025 de RTE. Le goulet d’étranglement se situe plutôt dans les lignes et les postes à construire, comme la liaison à 400 000 volts d’Eguzon à Marmagne pour Étrechet, qui implique plusieurs années d’études et près de 300 millions d’euros d’investissement, alors que les grands campus IA réclament une puissance garantie jour et nuit. Pour sécuriser ces projets, la loi de simplification adoptée en 2026 permet de classer certains centres en projet d’intérêt national majeur, leur donnant un traitement accéléré, et un décret de 2025 oblige déjà les gros data centers à valoriser leur chaleur fatale. Les promoteurs soulignent aussi la souveraineté numérique et les créations d’emplois, comme les quelque 200 emplois directs promis par Microsoft près de Mulhouse, pendant que les habitants évoquent le bruit, l’artificialisation des sols, l’usage d’eau de refroidissement ou encore les risques liés aux générateurs de secours.

Le minage de Bitcoin se présente en miroir comme un client plus souple : une ferme de minage peut augmenter sa consommation lors des heures creuses et couper ses machines en quelques secondes quand le réseau se tend, au prix d’emplois directs limités et d’une grande mobilité des installations. En France, des acteurs comme France Mining, fondée par Antoine Giraud, misent sur cette flexibilité pour chauffer une usine agroalimentaire du Nord avec 2,4 MW de machines puis 4,8 MW, avant une première installation dans une serre maraîchère d’ici la fin de l’année, avec une mise en service visée au premier trimestre 2027 sous réserve de financement. Sur le terrain politique, le Rassemblement national a déposé le 11 juillet 2025 une proposition de loi pour expérimenter pendant cinq ans le minage à partir des surplus électriques, sans qu’aucune ferme n’en ait profité à ce jour, tandis que les data centers IA disposent déjà d’un cadre précis et de la possibilité d’être classés en projet d’intérêt national majeur. Pour beaucoup de collectifs locaux, un hangar de mineurs et un campus de 1,4 GW restent pourtant la même « usine à calcul », alors qu’au niveau mondial des investisseurs comme Elon Musk et Chamath Palihapitiya alertent sur une possible surcapacité de calcul et une vague de consolidation des fournisseurs de GPU en 2027, une analogie interressante avec le tri subi par les mineurs de Bitcoin après chaque halving. Prochaine étape en France : la réunion du 9 novembre de la Commission nationale du débat public sur le projet de Google à Châteauroux, pendant que les mineurs attendent toujours un guichet pour tester leur rôle dans l’équilibre du réseau.

Sources

En bref

  • En 2025–2026, plusieurs villages français d’Indre, Seine-et-Marne, Drôme et Alsace sont ciblés par de gigantesques data centers IA, portés par Google, Microsoft ou des fonds étrangers.
  • Ces projets de plusieurs centaines de mégawatts exigent lignes THT et statut prioritaire, provoquant démissions d’élus, enquêtes défavorables, pétitions massives et batailles judiciaires.
  • En toile de fond, la France arbitre entre campus IA rigides et minage de Bitcoin flexible, sur fond de surplus électriques et d’interrogations sur l’équité du cadre politique.
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La rédaction Bourse Inside

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