IA vs Bitcoin : voici le vrai coupable de la surconsommation électrique qui nourrit la colère de la génération Z

Alors que 2024 franchit la barre des 1,6 °C, la génération Z regarde d’un œil soupçonneux la ruée des milliardaires de la tech vers l’IA. Entre minage de Bitcoin, data centers géants et transparence énergétique, les chiffres racontent une autre histoire.
Deux générations se regardent sans vraiment se comprendre sur le climat. Les baby-boomers ont grandi avec l’idée qu’un État volontariste finirait par corriger les dérèglements atmosphériques, comme en 1987 lorsque le protocole de Montréal a fait sortir les CFC des bombes aérosol. Aux États-Unis, la création de l’Agence de protection de l’environnement dix-sept ans plus tôt avait déjà installé l’idée qu’une réglementation ferme pouvait réparer l’atmosphère. Pour cette génération, la puissance publique marchait.
Pour ceux qui sont nés après 2000, le décor est tout autre. Trente conférences climat plus tard, 2024 est devenue la première année civile mesurée au-dessus de 1,5 °C de réchauffement, Copernicus la situant à 1,6 °C au-dessus de l’ère préindustrielle, tandis que le sommet de Belém en 2025 s’est terminé sans accord contraignant sur les énergies fossiles. L’édition 2025 de l’enquête mondiale de Deloitte relève que plus de six membres de la génération Z sur dix ont ressenti de l’anxiété climatique le mois précédent, et le baromètre Edelman mesure 61 % de sondés nourrissant un grief modéré ou élevé envers élites économiques et politiques. Dans ce contexte, les promesses des milliardaires de la tech sont accueillies avec méfiance. Et les chiffres de la facture électrique ne vont pas les aider à faire confiance d’avantage.
Minage de Bitcoin vs IA : une facture énergétique qui bascule
Longtemps, le minage de Bitcoin a été placé au centre des critiques dans le débat sur l’empreinte énergétique du numérique. Le Cambridge Centre for Alternative Finance estime pourtant la consommation annuelle du réseau à 138 TWh, soit 0,54 % de l’électricité mondiale seulement. Les sources décarbonées représentent 52,4 % du mélange énergétique utilisé par les mineurs, quand le mix électrique mondial plafonne autour de 41 % de bas carbone d’après le think tank Ember.
Les centres de données qui entraînent et font tourner les modèles d’intelligence artificielle affichent désormais des ordres de grandeur bien plus élevés. Dans son rapport Key Questions on Energy and AI, l’Agence internationale de l’énergie évalue leur consommation à 485 TWh en 2025 et projette 950 TWh en 2030, soit un écart qui passerait d’environ 3,5 fois à près de sept par rapport au minage de Bitcoin si ces trajectoires se confirment. Une ferme de machines de minage peut par ailleurs être arrêtée en quelques secondes, alors qu’un calcul d’IA est beaucoup moins flexible sur un réseau électrique.
| Poste | Année | Consommation (TWh) | Indicateur clé | Source |
|---|---|---|---|---|
| Réseau Bitcoin (minage) | env. 2025 | 138 | 0,54 % électricité mondiale ; 52,4 % bas-carbone | Cambridge Centre for Alternative Finance ; Ember |
| Centres de données | 2025 | 485 | Consommation mondiale en forte hausse | Agence internationale de l’énergie |
| Centres de données | 2030 (projection) | 950 | ≈ 7× le Bitcoin si stable | Agence internationale de l’énergie |
Génération Z, pouvoir économique et transparence face au Bitcoin et à l’IA
Pour Anna Broughel, tout se joue aussi dans la répartition du pouvoir. Aux États-Unis, les baby-boomers tiennent encore le Congrès, les conseils d’administration et l’essentiel des capitaux, mais le cabinet Cerulli Associates chiffre à 124 000 milliards de dollars (environ 115 000 milliards d’euros) les patrimoines qui changeront de mains d’ici 2048, dont 105 000 milliards de dollars transmis aux héritiers. Un sondage Generation Lab réalisé en août 2026 auprès de 1 088 Américains de 18 à 34 ans indique qu’environ 70 % se méfient de Sam Altman, Elon Musk, Mark Zuckerberg et Jensen Huang, tandis que Satya Nadella ne recueille la confiance que de 35 % des sondés.
Sur le terrain, les mineurs se rapprochent pourtant des géants de l’IA. Galaxy Digital a converti son site Helios au Texas en centre de données loué à CoreWeave, et Riot Platforms a signé un contrat d’hébergement de 9,1 milliards de dollars (un peu plus de 8,5 milliards d’euros) avec Anthropic. En Europe, où une pétition réclamait encore en juin l’interdiction de Bitcoin, le règlement délégué (UE) 2025/422 pris en application de MiCA impose à chaque prestataire crypto de publier la consommation énergétique annuelle du mécanisme de consensus de chaque actif, sans déduire la moindre compensation carbone, alors que les centres de données ne communiquent que des chiffres agrégés par pays.
En bref
- Entre le protocole de Montréal de 1987 et une année 2024 à 1,6 °C, les études de Deloitte et Edelman décrivent une génération Z anxieuse et méfiante envers les élites tech sur le climat.
- Face à un Bitcoin à 138 TWh et majoritairement bas-carbone, les data centers d’IA grimpent de 485 à 950 TWh projetés, restent moins flexibles que le minage sur les réseaux et échappent à la transparence détaillée imposée par MiCA en Europe.
- Alors que des acteurs comme Galaxy Digital ou Riot Platforms reconvertissent leurs sites vers l’IA, la génération Z pourrait imposer de nouvelles exigences de reporting énergétique et rebattre les cartes du pouvoir numérique.






