"Nous vendions notre villa à Saint-Tropez, ce rendez-vous à Milan s'est transformé en piège crypto à 1,5 million d'euros"

Au printemps, un couple de retraités du golfe de Saint-Tropez pensait céder sa villa de luxe à un riche acheteur étranger. La négociation, déplacée dans un hôtel à Milan, s’est transformée en rip deal crypto aux contours encore plus troublants.
Vendre une villa de luxe dans le golfe de Saint-Tropez, encaisser un prix à huit chiffres, tourner la page. C’est le scénario qu’imaginait un couple de retraités varois avant qu’une négociation immobilière ne dérape. Un an plus tard, ces vendeurs se retrouvent au coeur d’un dossier pénal où une simple vente a servi de prétexte à une arnaque crypto connue pour faire disparaître des fortunes numériques.
A l’origine, leur résidence secondaire de Ramatuelle est estimée entre 10 et 12 millions d’euros selon les sources. Un homme se présentant comme un riche acheteur italien se dit prêt à payer plus que le prix affiché et confie les discussions à des intermédiaires. Pour finaliser la transaction, ces derniers exigent que les vendeurs provisionnent l’équivalent de 1,5 million d’euros en cryptomonnaies, officiellement pour couvrir des frais de vente. Deux rendez-vous sont fixés dans un hôtel de Milan, où la démonstration de cette garantie va se transformer en piège.
De la villa du golfe de Saint-Tropez au rendez-vous piégé à Milan
Les faits remontent au printemps de l’année précédente, lorsque le couple met sur le marché cette maison de vacances au coeur du golfe de Saint-Tropez. L’offre inattendue de l’acheteur italien, prêt à surenchérir, joue un rôle déterminant : la perspective d’une opération très avantageuse rassure les vendeurs, d’autant que des intermédiaires se chargent de tout. Dans ce climat, la demande de bloquer 1,5 million d’euros en actifs numériques comme simple garantie finit par sembler acceptable, même si elle sort des schémas habituels d’une vente immobilière classique.
Deux rencontres sont alors organisées à Milan, dans le salon d’un hôtel. Lors du second rendez-vous, les escrocs présumés amènent les vendeurs à manipuler leur portefeuille crypto, officiellement pour vérifier que la garantie de 1,5 million d’euros est bien disponible. C’est là que tout bascule : les malfaiteurs auraient profité de l’opération pour récupérer discrètement les informations d’accès au wallet. Ils auraient obtenu les clés privées « à l’aide de caméras intégrées dans des lunettes et en détournant l’attention des vendeurs », selon le site spécialisé Cryptoast, avant d’ordonner plusieurs transferts à leur profit pendant la réunion. Les parties civiles affirment s’être senties mal et se demandent si elles ont pu être droguées, une hypothèse évoquée mais non confirmée par l’enquête. Pour les enquêteurs, le dossier s’apparente à un « rip deal », une « fausse vente » immobilière utilisée pour mettre la victime en confiance puis la dépouiller.
Enquête sur le rip deal de Saint-Tropez : saisies, calendrier du procès et enjeux judiciaires
Le couple dépose plainte dès le lendemain du rendez-vous, à la gendarmerie de Gassin-Saint-Tropez, rapporte France 3. Les militaires exploitent les déclarations des victimes, les échanges avec les prétendus intermédiaires et les traces laissées par les opérations en cryptomonnaies. L’affaire donne lieu à une enquête qualifiée de « longue et délicate » par le site spécialisé, tant les auteurs auraient multiplié fausses identités et déplacements. Au bout d’environ un an, une femme et son fils, domiciliés en région parisienne, sont identifiés puis interpelés le 25 juin dans une villa de Cavalaire, dans le Var.
| Étape | Lieu | Description | Montant évoqué |
|---|---|---|---|
| Mise en vente de la résidence secondaire | Golfe de Saint-Tropez (Ramatuelle) | Villa de luxe mise sur le marché | Environ 10 à 12 millions d’euros |
| Premier contact avec l’acheteur italien | Golfe de Saint-Tropez | Promesse d’achat au-dessus du prix | n.c. |
| Condition de garantie en cryptomonnaies | Milan, premier rendez-vous à l’hôtel | Exigence de bloquer 1,5 million en crypto | 1,5 million d’euros demandés en garantie |
| Second rendez-vous et captation des accès | Milan, salon d’un hôtel | Accès au wallet et transferts réalisés | 1,5 million d’euros détournés |
| Plainte au lendemain du rendez-vous | Gendarmerie de Gassin-Saint-Tropez | Ouverture d’une enquête jugée complexe | 1,5 million d’euros au coeur du dossier |
| Arrestations, saisies et procès à venir | Cavalaire, Côte d’Azur, Draguignan | Mère et fils arrêtés, trois biens saisis | Biens saisis entre 1,9 et 3 millions |
Placés sous contrôle judiciaire, les deux prévenus nient toute participation à l’escroquerie. Ils doivent répondre devant le tribunal correctionnel de Draguignan d’escroquerie en bande organisée et de non-justification de ressources, dans le cadre de cette arnaque crypto de type rip deal ayant visé une vente de villa à Saint-Tropez. Trois biens immobiliers situés sur la Côte d’Azur, leur appartenant, ont été saisis ; leur valeur est estimée entre 1,9 et 3 millions d’euros selon Nice Matin et l’avocat des parties civiles. L’audience, initialement programmée le 1er septembre, a été renvoyée au 2 mars 2027, prolongeant l’attente du couple qui espère récupérer tout ou partie des 1,5 million d’euros envolés.
En bref
- Au printemps, un couple de retraités de Ramatuelle met en vente sa villa de luxe du golfe de Saint-Tropez, estimée entre 10 et 12 millions d’euros.
- Approchés par un prétendu acheteur italien, ils acceptent de bloquer 1,5 million d’euros en cryptomonnaies et se font dérober cette somme lors de rendez-vous à Milan grâce à un rip deal sophistiqué.
- Après une enquête d’environ un an, une mère et son fils sont mis en cause, trois biens immobiliers sont saisis et un procès très attendu à Draguignan doit éclairer les zones d’ombre de cette arnaque crypto.









