Pavel Durov (Telegram) accusé de terrorisme par la Russie : ce que risque vraiment le patron de la messagerie

Publié le Par
Pavel Durov (Telegram) accusé de terrorisme par la Russie : ce que risque vraiment le patron de la messagerie

Accusé par le FSB de complicité de terrorisme, Pavel Durov vient d’être visé depuis Moscou par un avis de recherche dit « international ». Entre mandat russe, procédures en France et pressions sur Telegram, l’affaire ouvre un champ d’incertitudes.

À Moscou, l’affaire prend des allures de confrontation directe avec le patron de Telegram. Le service fédéral de sécurité russe (FSB) annonce l’ouverture d’une « enquête criminelle » visant le fondateur de la messagerie, Pavel Durov, accusé de complicité de « terrorisme » et désormais visé par un avis de recherche international. Les autorités russes affirment qu’en laissant circuler certains contenus sur Telegram, l’entrepreneur aurait facilité la préparation d’attaques sur leur territoire.

Né en Russie, aujourd’hui naturalisé français et aussi citoyen émirati, Pavel Durov se retrouve au cœur d’un bras de fer qui mêle justice russe, procédures françaises et guerres de l’information autour de Telegram. L’article 205 du Code pénal russe, sur lequel s’appuient ces poursuites, prévoit des peines de 15 à 20 ans de prison, voire la perpétuité. Derrière cet « avis de recherche international Pavel Durov », beaucoup de zones d’ombre subsistent encore.

Que reproche exactement le FSB à Pavel Durov et à Telegram ?

Dans son communiqué, le FSB indique que Pavel Durov « figure sur la liste des personnes recherchées par les autorités internationales » et a été « inculpé en vertu de l’article 205 du Code pénal russe », a précisé le service de renseignement, cité par l’agence Tass et rapporté par le quotidien Le Parisien. Ce texte sur le terrorisme prévoit des peines de 15 à 20 ans de prison et des peines de prison à perpétuité. Les autorités russes évoquent aussi l’article 205.1 du même Code pénal, consacré à l’assistance aux activités terroristes, pour qualifier l’affaire, qui est instruite en l’absence de l’entrepreneur. À ce stade, Pavel Durov n’a pas réagi au communiqué du FSB.

Sur le fond, le communiqué du FSB explique que Telegram n’a pas supprimé plusieurs comptes utilisés par « les services secrets ukrainiens » et des « organisations terroristes et extrémistes » pour « préparer et coordonner des actes de sabotage et de terrorisme » sur le sol russe. Selon Moscou, un bot en particulier, Leo Match Bot, aurait servi à recruter 46 adolescents et jeunes adultes âgés de 12 à 22 ans, originaires de plusieurs villes russes et accusés pour certains d’avoir agressé des policiers ou incendié des infrastructures. La messagerie, qui revendique plus d’un milliard d’utilisateurs dans le monde et comptait encore plus de 90 millions d’utilisateurs en Russie avant le durcissement des restrictions, occupe une place centrale dans la guerre en Ukraine, utilisée par les forces des deux camps, par des propagandistes, des journalistes et des opposants.

Avis de recherche international, Interpol et pression accrue sur Telegram

Concrètement, l’inscription de Pavel Durov sur une liste internationale de personnes recherchées résulte d’un mandat émis par la justice russe à la demande du FSB, dont l’éventuelle exécution à l’étranger dépend des accords conclus avec chaque État et ne signifie pas en soi la publication d’une notice rouge par Interpol. « Il s’agit d’une procédure standard requise pour extrader une personne vers la Russie », avance l’avocat russe Vladimir Zherebenkov auprès de Tass. « Un tribunal russe émet un mandat d’arrêt par contumace, à la suite de quoi les forces de l’ordre russes entament des démarches en vue de son extradition, notamment par l’intermédiaire d’Interpol. Durov risque fort de subir le même sort », avance-t-il, alors même que le fondateur de Telegram se trouve actuellement en France, où il a été interpellé au Bourget en août 2024 puis mis en examen pour une série d’infractions de criminalité organisée liées à l’usage de la messagerie, et où il est soumis à un contrôle judiciaire strict qui lui interdit de quitter le territoire sans autorisation.

Date Événement Acteur principal Conséquence
Février 2022 Début de la guerre en Ukraine Russie Durcissement progressif du contrôle numérique
Août 2024 Arrestation de Pavel Durov au Bourget Justice française Mise en examen, contrôle judiciaire
Février 2026 Ralentissement puis quasi-blocage de Telegram Autorités russes Accès difficile sans VPN dans le pays
29 juillet 2026 Annonce des poursuites pour terrorisme FSB et justice russe Avis de recherche international visant Pavel Durov

Depuis plusieurs mois, les autorités russes ont commencé à ralentir Telegram en février avant d’en rendre l’accès très difficile sans VPN au printemps, tout en promouvant MAX, une messagerie soutenue par l’État et intégrée progressivement aux services publics russes. Moscou reproche à l’entreprise un manque de coopération et de modération, les amendes prononcées contre la plateforme ayant dépassé 100 millions de roubles en 2026, soit environ 1,3 million de dollars, c’est-à-dire un peu plus d’1,2 million d’euros. Quand l’accès à son application a été restreint en Russie, Pavel Durov avait dénoncé une « restriction de la liberté des citoyens » et assuré : « Restreindre la liberté des citoyens n’est jamais la bonne solution. Telegram défend la liberté d’expression et la vie privée, quelles que soient les pressions », a-t-il écrit sur son propre réseau, tout en affirmant en décembre 2024 ne pas avoir créé Telegram « pour les criminels » et en qualifiant leur présence sur la plateforme d' »une fraction minime » qui « a aussi augmenté ». Ni lui ni Telegram n’ont pour l’heure commenté publiquement les nouvelles poursuites russes, laissant ouvertes de nombreuses interogations sur l’avenir de la messagerie dans le pays.

En bref

  • Le 29 juillet 2026, le FSB à Moscou ouvre une enquête criminelle contre Pavel Durov, fondateur franco-russe de Telegram actuellement sous contrôle judiciaire en France.
  • Les autorités russes l’accusent, via les articles 205 et 205.1 du Code pénal, d’avoir laissé sur Telegram des bots comme Leo Match Bot faciliter des actes qualifiés de terroristes.
  • Entre mandat d’arrêt russe, possible saisine d’Interpol et blocage croissant de Telegram au profit de MAX, de nombreuses questions demeurent sur l’avenir de la plateforme.
À propos de l'auteur

La rédaction Bourse Inside est un collectif de journalistes financiers, d’analystes de marché et d'experts en gestion de patrimoine. Notre mission : décrypter l'actualité macroéconomique, les marchés financiers, l'immobilier et la fiscalité pour en extraire des analyses claires, objectives et actionnables. Engagée pour la transparence et l'indépendance éditoriale, l'équipe applique une charte déontologique stricte afin de fournir à nos lecteurs une information vérifiée, sourcée et à forte valeur ajoutée.

Ses derniers articles