Poker, cryptos et 3,2M€ dérobés : le récit de ce braquage à Singapour qui s'est achevé par 24 coups de canne

Six Malaisiens ont attaqué en pleine nuit une partie de poker en crypto dans une villa de luxe à Bukit Timah, à Singapour. Deux ans plus tard, la Haute Cour prononce des peines records et met en lumière un risque méconnu pour les détenteurs de cryptomonnaies.
Une partie de poker à très hauts enjeux, une villa de luxe dans le quartier huppé de Bukit Timah, des mises réglées en cryptomonnaies et, au milieu de la nuit, un commando armé qui surgit. À Singapour, ce braquage d’une partie privée réglée en actifs numériques a débouché sur l’une des affaires les plus marquantes du moment pour l’écosystème crypto.
Six ressortissants malaisiens ont été jugés par la Haute Cour de Singapour pour ce braquage poker crypto Singapour, survenu en avril 2024 dans une « Good Class Bungalow » de King Albert Park. Les deux meneurs ont écopé chacun de douze ans et onze mois de prison assortis de 24 coups de canne, le maximum légal, une sévérité qui attire autant l’attention que la mécanique même du vol.
Braquage poker crypto à Bukit Timah : le scénario et l’enquête
Selon le dossier consulté par la presse locale, une villa de King Albert Park accueillait régulièrement des parties de poker clandestines où les joueurs réglaient leurs mises en cryptomonnaies plutôt qu’en liquide. Parmis les six hommes venus de Malaisie, certains avaient repéré les lieux dès la fin 2023 avant de lancer l’attaque dans la nuit du 18 avril 2024, armés de machettes et de bâtons. Une fois la villa investie, plusieurs participants ont été ligotés puis contraints de transférer leurs avoirs numériques vers des wallets préalablement désignés par les assaillants.
Le mode opératoire s’appuie sur une caractéristique technique : un virement bancaire peut être contesté ou gelé, alors qu’une transaction signée sur une blockchain publique est irréversible une fois validée par la clé privée. Les agresseurs ont ainsi forcé l’envoi de cryptoactifs, notamment en USDT, avant de les convertir en ringgits malaisiens et de tenter de fuir via les points de passage de Woodlands et Tuas. La Singapore Police Force a pu remonter une partie des flux grâce à des outils d’analyse de chaîne, mais les espèces et objets de valeur expédiés de l’autre côté du détroit de Johor se sont révélés bien plus difficiles à tracer. Ce type d’agression par contrainte physique visant des détenteurs de cryptomonnaies porte un nom dans le jargon : la « wrench attack », un phénomène recensé par l’ingénieur Jameson Lopp avec plus de 200 cas documentés depuis 2014, dont une majorité récente signalée en France.
Peines record et butin manquant après le braquage poker crypto à Singapour
La Haute Cour de Singapour, présidée par le juge Justice Aidan Xu, a retenu le vol en réunion avec usage d’armes, une infraction pour laquelle la bastonnade judiciaire est obligatoire pour les hommes adultes de moins de 50 ans. Les deux organisateurs ont chacun été condamnés à douze ans et onze mois de prison, assortis de 24 coups de canne et d’une amende de 4 000 dollars singapouriens. Les quatre autres membres du groupe ont reçu des peines allant d’environ sept ans et huit mois à plus de dix ans d’emprisonnement, l’un d’eux échappant à la peine corporelle en raison de son âge supérieur au seuil légal.
Au total, le butin du braquage atteint 4,906 millions de dollars singapouriens, soit environ 3,2 millions d’euros, en cryptomonnaies, en espèces et en biens de luxe. La police n’a pour l’instant récupéré que 1,69 million de dollars singapouriens, environ 1,1 million d’euros, laissant environ 3,21 millions de dollars singapouriens encore introuvables entre Malaisie et adresses crypto non identifiées. Le récapitulatif des montants donne la mesure de l’affaire :
| Catégorie | Montant (S$) | Montant approx. (€) | Détail |
|---|---|---|---|
| Total dérobé | 4,906 millions | ≈ 3,2 millions | Crypto, espèces, montres, bijoux |
| Montant récupéré | 1,69 million | ≈ 1,1 million | Actifs saisis par la police |
| Butin encore introuvable | ≈ 3,21 millions | non communiqué | Probablement dispersé en Malaisie et en crypto |
Pour la partie en actifs numériques, la trace laissée sur des registres publics a permis de geler ou d’identifier quelques adresses, quand les liasses de billets et les montres de luxe n’offrent aucune visibilité une fois sorties du territoire. Face à ce type de « wrench attacks », les spécialistes de la sécurité crypto recommandent des dispositifs comme les wallets multisignatures, qui répartissent le pouvoir de signature entre plusieurs clés, ou des délais de retrait programmés qui empêchent tout transfert immédiat exigé sous la menace, ainsi qu’une règle simple mais souvent négligée : éviter de rendre publics ses avoirs, ses adresses et ses déplacements pour ne pas devenir une cible physique.
En bref
- En avril 2024, six ressortissants malaisiens braquent une partie de poker en cryptomonnaies dans une Good Class Bungalow de King Albert Park, à Bukit Timah, Singapour.
- Jugés par la Haute Cour de Singapour, les deux meneurs écopent de 12 ans et 11 mois de prison, de 24 coups de canne et d’amendes, tandis qu’une large part des 4,9 millions de dollars singapouriens volés reste introuvable.
- L’affaire illustre la montée des « wrench attacks » et interroge la manière dont les détenteurs de crypto peuvent renforcer leur sécurité physique et numérique.





