Réseaux sociaux : bloquée par la justice en France, cette interdiction pour les moins de 15 ans revient par l'Europe

Après la censure de son projet en France, Emmanuel Macron mise sur l’Union européenne pour fixer une majorité numérique à 15 ans. Entre protection des mineurs et libertés en ligne, ce bras de fer pourrait changer l’accès aux réseaux sociaux.
En France, la tentative de restreindre l’accès des adolescents aux plateformes sociales a été stoppée net en plein été par le Conseil constitutionnel. Quelques semaines plus tard, Emmanuel Macron déplace le dossier sur un autre terrain, plus large et plus sensible : celui de l’Union européenne.
Dans une lettre datée du 29 août 2026 et adressée à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le chef de l’État demande un « texte européen » interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, afin de « protéger tous les enfants de l’Union », selon ce courrier consulté par l’AFP. Emmanuel Macron y affirme que « il devient indispensable aujourd’hui d’aller plus loin et d’harmoniser par un nouveau texte européen » cette mesure, et martèle que « L’urgence est là ». Le bras de fer ne fait que commencer.
Une réponse à la censure du Conseil constitutionnel en France
Tout est parti d’une loi française censurée au coeur de l’été. Le 14 août 2026, le Conseil constitutionnel a retoqué l’article central du texte voté au Parlement, estimant qu’il portait « une atteinte disproportionnée » à la liberté d’expression et de communication des adolescents, tout en rappelant « l’exigence constitutionnelle de protection de l’intérêt supérieur de l’enfant ». Plutôt que de renoncer, Emmanuel Macron promet de « trouver une voie de passage cet automne » grâce à un « texte législatif révisé » au niveau national, « respectant le droit de l’Union et notre Constitution ». Il dit aussi vouloir « pouvoir compter à nouveau sur l’expertise et la mobilisation » des services de la Commission, « dans un temps restreint, lorsque ce texte » leur « sera transmis ».
Parallèlement à cette relance française, le président pousse l’idée d’une véritable majorité numérique commune aux Vingt-Sept, terme qu’il emploie pour désigner ce nouveau seuil d’âge. Il souhaite, écrit-il, « harmoniser par un nouveau texte européen » l’instauration de cette « majorité numérique » interdisant l’accès des moins de 15 ans aux plateformes de réseaux sociaux et encadrant davantage leur fonctionnement. Emmanuel Macron demande que ce futur texte européen « permette de cibler et d’encadrer clairement les fonctionnalités addictives et d’introduire des standards de sûreté par défaut », y compris des « limites de temps d’utilisation ». Sur le volet technique, il insiste aussi sur le fait que « La vérification d’âge devra reposer sur un ensemble de solutions nationales et européennes robustes et respectueuses des règles de protection de la vie privée ». Il affirme avoir constitué une coalition de pays favorables à ce cap, même si des divergences persistent sur l’âge exact à retenir, tandis que des défenseurs de la vie privée redoutent la collecte accrue de données qu’impliquent ces dispositifs.
Une ligne dure face au scénario gradué envisagé par Bruxelles
Du côté de Bruxelles, la trajectoire imaginée jusqu’ici est moins tranchée. En juillet 2026, Ursula von der Leyen a promis des propositions « après l’été » sur la régulation des grandes plateformes, expliquant vouloir « envisager un accès progressif et gradué pour différentes classes d’âge » aux réseaux sociaux. Elle semblait alors suivre l’avis d’un comité d’experts européens recommandant « une interdiction d’accès pour les moins de 13 ans » et « des limites moins strictes entre 13 et 18 ans ». En poussant pour une interdiction européenne des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, le président français se place sur une ligne plus dure que ces recommandations, avec l’ambition de faire de sa position le nouveau standard de l’Union.
| Date / période | Acteur | Niveau | Action / annonce | Enjeu principal |
|---|---|---|---|---|
| Juillet 2026 | Ursula von der Leyen | Union européenne | Annonce de propositions après l’été et d’un accès gradué | Choisir un modèle de régulation des réseaux sociaux |
| 14 août 2026 | Conseil constitutionnel | France | Censure de l’article clé de la loi française | Équilibre liberté d’expression et protection des mineurs |
| 29 août 2026 | Emmanuel Macron | Union européenne | Envoi de la lettre réclamant une interdiction avant 15 ans | Mettre la pression sur la Commission européenne |
| 7 septembre 2026 | AFP | Médias | Révélation de la lettre aux institutions européennes | Lancer le débat public sur l’interdiction |
| Automne 2026 | Gouvernement français | France | Présentation d’un texte législatif révisé | Trouver une voie de passage juridiqument solide |
| Printemps 2027 (objectif) | Emmanuel Macron | France | Interdiction opérationnelle avant la fin du mandat | Ancrer durablement la régulation des réseaux sociaux |
Ce calendrier reste suspendu aux choix de la Commission et aux négociations entre États membres. Tandis que Paris veut voir une loi nationale entrer en vigueur avant le printemps 2027, les institutions européennes doivent encore trancher sur le seuil d’âge, l’ampleur de l’interdiction et la forme concrète de la vérification d’âge en ligne. Entre la volonté de mieux protéger les adolescents et la crainte de dispositifs intrusifs d’identité numérique, l’issue de ce débat dira à quoi ressemblera, dans les faits, l’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs en Europe.
En bref
- À l’été 2026, la censure du Conseil constitutionnel en France pousse Emmanuel Macron à adresser le 29 août une lettre à Ursula von der Leyen sur la régulation des réseaux sociaux.
- Le président français réclame une interdiction européenne des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, une majorité numérique commune et un encadrement renforcé des fonctionnalités jugées addictives.
- Entre scénario gradué envisagé par Bruxelles, débats sur la vérification d’âge et objectif d’application avant le printemps 2027, l’issue des négociations reste pleine d’incertitudes.








