Vérification d'âge, mini-comptes : ce que la nouvelle loi européenne va imposer aux ados sur TikTok ou Instagram

Bruxelles veut interdire l’accès libre aux réseaux sociaux avant 13 ans et encadrer sévèrement les comptes des ados avec l’EU Kids Act. Entre mini-comptes, vérification d’âge et sanctions record, jusqu’où ce plan changera-t-il le quotidien numérique des familles ?
Les selfies d’ados sur TikTok, les défis viraux sur Instagram, les discussions nocturnes sur Snapchat : ce quotidien numérique pourrait bientôt changer pour des millions de familles européennes. La Commission européenne vient de dévoiler un projet de règlement, l’EU Kids Act, qui veut fixer pour la première fois un âge minimum clair pour les plateformes en ligne destinées au grand public. Les réseaux sociaux ne seraient plus accessibles librement aux plus jeunes, avec un verrou inédit pensé pour les préadolescents.
Annoncé par Ursula von der Leyen lors de son discours sur l’état de l’Union 2026, ce texte prévoit pas de réseaux sociaux avant 13 ans, des mini-comptes étroitement surveillés entre 13 et 15 ans, et des comptes autonomes seulement à partir de 15 ans, dans un environnement présenté comme plus sûr. Le dispositif viserait non seulement les réseaux sociaux, mais aussi les plateformes vidéo, les jeux en ligne et les chatbots d’intelligence artificielle. Reste une question sensible : comment contrôler l’âge sans transformer chaque conection en contrôle d’identité.
EU Kids Act : à chaque âge ses règles pour les réseaux sociaux
Le cœur du projet repose sur un escalier d’âges. Pour les moins de 13 ans, aucun compte ne pourrait être ouvert sur les grands réseaux sociaux ou services proches. Entre 13 et 15 ans, seuls des comptes limités seraient possibles. Comme l’a détaillé la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen : « Les enfants âgés de 13 à 15 ans ne disposeront que de minicomptes installés par leurs parents ou leur tuteur, avec des fonctionnalités restreintes et une durée d’utilisation limitée », citée par La Libre Belgique. À partir de 15 ans, les adolescents garderaient un profil personnel, mais dans un cadre plus encadré.
| Âge | Type de compte | Contrôle parental | Limite de temps |
|---|---|---|---|
| Moins de 13 ans | Aucun compte autorisé | Non applicable | 0 minute par jour |
| 13–15 ans | Mini-compte supervisé | Installation et suivi par le parent | Au plus 1 h/jour pour 13–14 ans |
| 15–17 ans | Compte personnel avec protections | Outils parentaux possibles | Pas de plafond chiffré dans le texte |
Les mini-profils des 13–15 ans combineraient cette surveillance parentale à des garde-fous techniques. Selon la Commission, les plateformes devraient bloquer plusieurs fonctionnalités addictives : défilement infini, lecture automatique, séries de connexions quotidiennes ou notifications conçues pour ramener sans cesse l’utilisateur. Le règlement imposerait aussi que les algorithmes de recommandation soient calibrés en priorité pour la sécurité, la qualité des contenus et la santé mentale. « Une « conception sécurisée » sera quant à elle exigée des plateformes pour les mineurs âgés de 15 à 18 ans, avec en ligne de mire les « fonctionnalités addictives », des « contenus toujours plus extrêmes » et des « photos détournées pour générer des images sexualisées par intelligence artificielle ».
Vérification d’âge, IA et sanctions : comment l’Europe veut faire appliquer le plan
Reste le nerf de la guerre : vérifier l’âge réel des utilisateurs. L’EU Kids Act mettrait fin à la simple case « je certifie avoir plus de 15 ans » et obligerait chaque plateforme visée, des réseaux sociaux aux jeux vidéo en ligne, à mettre en place une vérification d’âge fiable. Bruxelles mise sur une application commune de l’Union européenne, déjà testée dans plusieurs pays, qui fournirait seulement une preuve que l’internaute a l’âge requis, sans lui transmettre son identité complète. Cette preuve passerait, à terme, par le portefeuille européen d’identité numérique (EUDI Wallet) et par la cryptographie dite à preuve à divulgation nulle de connaissance, afin de confirmer qu’un utilisateur a plus de 13 ou 15 ans sans exposer ses données personnelles.
Le projet s’accompagnerait d’un régime de sanctions : des amendes pouvant aller jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires mondial en cas d’infraction. « Ce sera aux plateformes de nous prouver qu’elles sont sûres, a martelé la présidente de la Commission. Nous dictons nos propres règles, pas les géants de la tech. » La députée européenne Assita Kanko met toutefois en garde : « ce qui pourrait être un défi, dit-elle, c’est de trouver l’équilibre entre la protection des enfants et la liberté des entreprises, auxquelles il ne faut pas imposer davantage de bureaucratie », citée par La Libre Belgique.
En bref
- Le 17 septembre 2026, la Commission européenne a présenté l’EU Kids Act, un projet de règlement fixant des seuils d’âge stricts pour l’accès des mineurs aux plateformes en ligne.
- Moins de 13 ans sans compte, mini-comptes surveillés entre 13 et 15 ans, comptes autonomes dès 15 ans, avec vérification d’âge et suppression de fonctions jugées addictives comme le scroll infini ou l’autoplay.
- Entre sanctions pouvant atteindre 6 % du chiffre d’affaires mondial et promesse de protéger la santé mentale des jeunes, reste à comprendre comment ce dispositif sera appliqué concrètement par les géants du numérique.






