Budget de la Sécurité sociale 2026 : la suspension des retraites divise l'Assemblée, cap sur le Sénat pour la suite
Le budget de la Sécurité sociale 2026 ravive les tensions politiques en France. L'Assemblée nationale adopte la suspension de la réforme des retraites, mais le débat se poursuit au Sénat.

A l’Assemblée nationale, le budget de la Sécurité sociale pour 2026 a ravivé d’avantage les fractures et dessiné des alliances inattendues. Entre les lignes d’un texte bousculé, la bataille des retraites a aimanté les positions, pendant que l’exécutif cherchait à éviter la censure et à tenir le calendrier.
Mercredi 12 novembre, les députés ont approuvé l’article 45 bis du PLFSS 2026, qui acte la suspension de la réforme des retraites jusqu’au 1er janvier 2028 : l’âge légal reste à 62 ans et 9 mois et la durée d’assurance à 170 trimestres. Dans la foulée, l’hémicycle a supprimé le gel 2026 des prestations sociales et des pensions (308 pour, 99 contre). A minuit, faute de vote global dans le délai de vingt jours, le gouvernement a appliqué l’article 47-1 et transmis le texte, enrichi des amendements adoptés, au Sénat. La suite se joue au Sénat.
PLFSS 2026, article 47-1 et cap sur le Sénat
Le vote sur la suspension a enregistré 255 voix pour et 146 contre, le reste s’étant abstenu. Les discussions ont été closes à l’heure butoir, et l’exécutif a annoncé l’envoi au Palais du Luxembourg d’un texte intégrant les amendements adoptés, conformément à l’article 47-1 qui fixe un délai de vingt jours à l’Assemblée nationale pour la première lecture.
« Mon groupe s’abstiendra, ce n’est pas de gaieté de cœur, mais avec lucidité », a déclaré Gabriel Attal, selon TF1info. Le MoDem a majoritairement suivi cette ligne, tandis qu’Horizons a annoncé voter contre. A l’autre extrémité, le Rassemblement national a soutenu la suspension, quand La France insoumise et les communistes ont voté contre. La droite sénatoriale a déjà indiqué vouloir détricoter le texte lors de la navette.
Suspension des retraites : conséquences, clivages et mesures annexes
La suspension gèle l’âge légal à 62 ans et 9 mois et la durée à 170 trimestres jusqu’au 1er janvier 2028. Les personnes nées en 1964 partent trois mois plus tôt que prévu par la réforme de 2023, et celles nées au premier trimestre 1965 gagnent jusqu’à six mois, avec 170 trimestres requis. Un amendement du gouvernement élargit le périmètre aux carrières longues, aux catégories actives et super‑actives de la fonction publique, aux militaires au-delà de 15 ans de service, ainsi qu’aux assurés de Mayotte et de Saint‑Pierre‑et‑Miquelon. Au total, 3,5 millions de futurs retraités seraient concernés.
« Voter pour le décalage de la réforme des retraites, c’est voter pour la retraite à 64 ans », a affirmé Mathilde Panot. « Nous serons les seuls à être cohérents : nous allons voter pour suspendre la réforme Borne, en attendant son abrogation. Ce sera la marque de la constance et de la loyauté », a rétorqué Marine Le Pen. Côté chiffrage, la suspension « coûte 300 millions d’euros en 2026 et 1,9 milliard d’euros en 2027 », a indiqué Thibault Bazin. « Soit les personnes (concernées par la suspension) partiront trois mois avant avec la même retraite, soit elles partiront au même moment que ce qui était initialement prévu avec une pension supérieure », a expliqué Amélie de Montchalin. Dans le même budget, l’Assemblée a rejeté le gel 2026 des prestations et pensions (3,6 milliards d’euros en jeu selon le gouvernement) et adopté une taxe sur les boissons énergisantes alcoolisées, perçue au profit de la Caisse nationale de l’assurance maladie.








