Cotransportage : comment cette solution économique révolutionne les livraisons en 2025 et booste vos revenus
Le cotransportage séduit de plus en plus de particuliers en quête de revenus complémentaires. En 2025, ce modèle s'impose face aux défis du dernier kilomètre.

Livrer les courses de son voisin en rentrant du drive : la promesse du cotransportage attire des particuliers qui veulent arrondir leurs fins de mois sans changer de trajet. Inspiré du covoiturage, le principe est simple : mutualiser un déplacement déjà prévu pour transporter les achats d’un tiers.
Ce modèle gagne du terrain en 2025, dans un contexte de boom du dernier kilomètre et de déploiement des ZFE. Les plateformes mettent en avant l’utilité sociale et la rapidité, pendant que le cadre juridique se précise encore. Le modèle séduit, mais il interroge.
Cotransportage : comment ça marche et pourquoi il explose en 2025
Le code des transports définit le cotransportage comme « l’utilisation en commun, à titre privé, d’un véhicule terrestre à moteur effectuée à titre non onéreux, excepté le partage des frais, pour transporter des colis dans le cadre d’un déplacement qu’un conducteur effectue pour son propre compte ». La pratique est strictement réservée aux particuliers et doit rester non commerciale. Sur le terrain, Shopopop (créée en 2015) et Tut Tut (lancée en 2021) tirent la croissance : 15 millions de livraisons réalisées en 2025 par Shopopop, environ 1,5 million d’utilisateurs, Tut Tut à 400.000 clients. À elles deux, ces plateformes orchestrent environ 550.000 livraisons par mois, soit près de 70 millions d’euros de produits livrés et plus de 800 millions d’euros par an, avec plusieurs milliers de commerçants partenaires.
Sur une commande en drive, l’application affiche créneau, volume et étage. « Là, on arrive au drive. J’ouvre l’application », a expliqué un Strasbourgeois de 26 ans, à Franceinfo. « Leclerc, Auchan, Intermarché, toutes les enseignes les plus connues utilisent le cotransportage ». Les livraisons sont annoncées en moins de deux heures et, côté modèle, les plateformes se positionnent comme des relais entre enseignes, clients et particuliers : les distributeurs fixent les frais de livraison et l’argent est versé directement au co-transporteur, sans commission, selon elles.
Combien ça rapporte, vraiment ? Tarifs, gains et réalité du terrain
Sur les trajets courts, les montants annoncés varient : 5 à 9 euros par livraison chez Shopopop, 5 à 25 euros chez Tut Tut selon la taille du colis. Les gains dépendent du nombre de courses et des frais d’essence. « C’est du pourboire, mais malgré tout on a quand même un rôle de livreur, il y a de la manutention derrière surtout quand c’est des grosses courses », reconnaît ce livreur occasionnel. « Ça reste pour moi un très bon complément de revenus, surtout que je travaille à mon compte. Ça me paye mon loyer et mes courses. » Certains mois peuvent approcher 800 euros avant carburant.
Du côté des bénéficiaires, le service rend parfois un vrai coup de main. « C’est vrai que c’est vital à notre époque », confie une cliente convalescente qui ne peut plus se déplacer ni porter. À noter : les versements sont qualifiés de pourboires, pas de salaires, ce qui alimente le débat social et fiscal parmis les acteurs.
Statut, limites et zones grises : jusqu’où va le « partage de frais » ?
Le cadre posé par la loi d’orientation des mobilités vise une pratique non commerciale et non concurrentielle, mais la courte distance complique la définition d’un véritable partage de frais. La justice s’est déjà saisie du sujet : le conseil des prud’hommes d’Évry a condamné Shopopop pour travail dissimulé et ordonné la requalification en CDI d’une utilisatrice ; la société a fait appel. « On est dans un capitalisme sauvage qui se déguise en paternalisme. Donc devant le conseil de prud’hommes d’Evry, je peux vous dire que ce n’est pas passé », dénonce l’avocat Emmanuel Ludot. « On est dans un système d’exploitation, quasiment d’esclavage déguisé. »
La plateforme défend au contraire un cadre d’appoint. « Qu’on vienne me dire ou qu’on vienne nous remettre en question sur des fondamentaux tels qu’on les a construits et tels qu’on les défend, j’ai un petit peu de mal à l’entendre. Aujourd’hui, on a mis des garde-fous qui permettent de ne pas entrer dans une forme de travail ou de modèle professionnalisant », répond Johan Ricault, cofondateur de Shopopop. « Il y a des limites qui sont fixées annuellement en termes de gains, donc on ne peut pas dépasser 3 000 euros par an aujourd’hui. » « Et la réalité, au sein même de Shopopop, c’est que 95% de nos utilisateurs vont percevoir moins de 1 000 euros, avec une moyenne qui oscille entre 400 et 500 euros à l’échelle d’une année. » En toile de fond, le dernier kilomètre se transforme : 200 entreprises de cyclo-logistique opèrent dans 74 villes et les ZFE poussent à mutualiser et décarboner les livraisons, tandis que des acteurs comme Yper s’installent aux côtés de Shopopop et Tut Tut sur la livraison collaborative.







