Courses par carte bancaire : ce mécanisme psychologique méconnu qui remplit votre caddie d'achats inutiles

Au supermarché, un geste de carte suffit à régler un caddie… et quelques extras oubliés sur la liste. Une méta-analyse montre comment ce confort discret oriente nos achats vers plus de dépenses non essentielles.
Sortir sa carte bancaire à la caisse du supermarché est devenu si automatique qu’on n’y pense même plus. Un code tapé, ou un simple geste sans contact, et le caddie est réglé, que l’on achète de quoi remplir le frigo ou un paquet de biscuits repéré au dernier moment près du tapis. Mais des économistes rappellent que cette commodité a un revers : lorsqu’on paie sans billets ni pièces, notre cerveau réagit différemment, au point de gonfler la note de façon discrète.
Une vaste synthèse publiée en 2024 dans le Journal of Retailing par des chercheurs australiens a passé au crible ce phénomène sur plusieurs décennies. En rassemblant les résultats de 71 études réalisées dans 17 pays et impliquant 11 257 participants et 338 513 transactions, ils montrent qu’il existe un effet sans espèces : les paiements dématérialisés, par carte bancaire notamment, s’accompagnent en moyenne de dépenses plus élevées que les règlements en cash. De quoi s’interroger sur la façon dont nous remplissons notre panier quand nous dégainons le plastique plutôt que les billets.
Effet sans espèces : pourquoi la carte bancaire change nos dépenses
Menée par L. Schomburgk, A. Belli et A. O. I. Hoffmann, cette méta-analyse parue dans le volume 100 du Journal of Retailing compile 392 résultats chiffrés issus de 71 articles scientifiques. Au total, les chercheurs ont agrégé les comportements de 11 257 consommateurs, pour 338 513 transactions, afin de mesurer l’intensité de ce qu’ils appellent le cashless effect, ou effet sans espèces, lorsqu’une dépense est effectuée par carte plutôt qu’en liquide. Leur verdict : l’effet moyen reste modeste, avec une taille d’effet g = 0,135, mais il est statistiquement robuste ; autrement dit, payer par carte conduit en général à dépenser un peu plus que payer en espèces, même si la différence n’est pas spectaculaire achat par achat.
| Étude / revue | Échantillon | Données analysées | Résultat clé |
|---|---|---|---|
| Journal of Retailing (2024) | 11 257 participants | 338 513 transactions | Effet global g = 0,135 |
| 71 études, 17 pays | 392 tailles d’effet | Achats cash vs carte | Dépense plus élevée par carte |
| Contexte ostentatoire | Dépenses pour se montrer | Effet sans espèces renforcé | Panier moyen en hausse |
| Consommation prosociale | Dons, pourboires | Effet sans espèces atténué | Écart quasi nul |
| Évolution dans le temps | Usage de la carte généralisé | Habituation progressive | Effet en légère baisse |
Pour expliquer ce décalage, les économistes s’appuient sur la notion de « douleur de payer ». Régler en espèces signifie voir son porte-monnaie se vider, ce qui rend le coût de l’achat très concret. A l’inverse, la carte efface une partie de cette friction psychologique. « La facilité de paiement par carte peut amener les consommateurs à dépenser sans réfléchir et acheter des choses dont ils n’ont pas vraiment besoin », explique Richard Whittle, économiste à la Salford Business School, cité par L’Internaute. « L’argent liquide donne un retour immédiat et visible sur ce que l’on dépense », ajoute Stuart Mills, maître de conférences en économie à l’Université de Leeds. Deux phrases qui résument bien ce décalage entre ce que l’on ressent et ce que l’on dépense réellement.
Des courses en carte bleue aux achats « inutiles » au quotidien
Dans le détail, les chercheurs montrent que cet effet sans espèces n’agit pas partout avec la même force. Il ressort plus marqué pour la consommation ostentatoire, ces achats qui servent aussi à se montrer aux autres, comme certaines marques visibles ou des produits premium. Au supermarché, cela peut se traduire par un vin plus cher choisi au dernier moment, une boîte de chocolats ajoutée pour « faire plaisir » ou encore ce dessert individuel repéré sur une tête de gondole alors qu’il n’était pas prévu sur la liste. C’est surtout sur ces petits ajouts impulsifs, souvent peu utiles par rapport aux besoins de base, que la différence entre carte et espèces semble se concentrer.
A l’inverse, lorsqu’il s’agit de dépenses prosociales, comme un don ou un pourboire, la méta-analyse note que l’écart entre cash et carte tend à se réduire. Les chercheurs observent aussi que l’effet serait un peu plus fort en période de croissance économique, et qu’il a tendance à s’atténuer au fil du temps à mesure que les ménages s’habituent aux paiements dématérialisés. Reste que répété semaine après semaine, ce léger surcroît de dépense à chaque passage en caisse quand on paie ses courses avec une carte bancaire peut finir par représenter une somme intéresante sur le budget quotidien d’un foyer.
En bref
- En 2024, une méta-analyse publiée dans le Journal of Retailing compile 71 études menées dans 17 pays sur plus de 338 000 transactions en cash et par carte.
- Les chercheurs identifient un effet sans espèces faible mais significatif (g = 0,135), plus marqué pour la consommation ostentatoire que pour les dépenses prosociales.
- Entre douleur de payer atténuée, achats impulsifs au supermarché et solutions pour reprendre la main, cette étude bouscule nos habitudes de carte bleue.






