DREES : en 2026, des centaines de milliers de Français éligibles au RSA laissent au moins 400 € par mois à la CAF, faites-vous partie des oubliés ?
Plus d’un tiers des foyers éligibles au RSA laissent chaque mois des centaines d’euros à la CAF, parfois plus de 400 €. Derrière ces droits non versés, êtes-vous l’un des ménages passés à côté de cette aide ?

Dans un contexte où chaque euro compte dans le budget des ménages, une nouvelle étude de la DREES, publiée le 6 mai 2026, met en lumière une réalité méconnue : une partie importante des personnes qui pourraient toucher le RSA ne le demandent tout simplement pas. Au dernier trimestre 2021, en France métropolitaine, cela représente des centaines de milliers de foyers qui passent à côté d’un complément de revenu non négligeable.
Sur 1,51 million de foyers éligibles au revenu de solidarité active, entre 33 % et 37 % ne le percevaient pas, soit 560 000 foyers, environ 1 million de personnes. Pour 22 % à 25 % de ces foyers, cette situation durait déjà depuis au moins deux ou trois trimestres consécutifs. Et parmis eux, une part importante laisse chaque mois au moins 400 € potentiels sur la table, sans jamais apparaître dans les statistiques de la CAF.
Non-recours au RSA : des centaines de milliers de personnes privées d’au moins 400 € par mois
Parmi les foyers éligibles au RSA qui n’en font pas la demande, 41 % relèvent des « gros » montants non perçus, c’est-à-dire 400 € ou plus par mois. La DREES évalue ce groupe à environ 410 000 personnes : sur un an, il s’agit d’un manque à gagner d’au moins 4 800 €. Les autres non-recourants se situent plutôt dans la catégorie des « petits » montants non perçus, 200 € ou moins par mois, soit 42 % des cas. Toujours selon l’étude, 345 000 ménages pauvres, comprenant 400 000 foyers sociaux, seraient directement concernés par une hausse de niveau de vie : « 345 000 ménages pauvres, comprenant 400 000 foyers sociaux, verraient leur niveau de vie augmenter, en moyenne de 280 euros par mois », souligne la DREES dans son étude citée par MoneyVox. Parmi ces ménages pauvres, 58 000 sortiraient de la pauvreté monétaire, mais la plupart resteraient avec un niveau de vie moyen autour de 810 € par mois, « inférieur d’environ 30% au seuil de pauvreté monétaire » fixé en 2023 à 1 288 € pour une personne seule.
Contrairement à l’image de bénéficiaires très précaires, la DREES parle de « non-recourants » au RSA et constate qu’ils présentent un « statut socio-économique moins défavorisé » que les allocataires actuels. Ils sont plus souvent propriétaires (26 % contre 9 % chez les bénéficiaires), plus diplômés (30 % ont un diplôme supérieur, contre 18 %) et plus fréquemment en emploi, salarié ou indépendant (53 % contre 22 %). Ils restent toutefois massivement dans les 20 % des foyers les plus modestes (71 %, contre 91 % chez les bénéficiaires). Deux grands profils se dégagent : pour les « gros » montants non perçus (41 % des cas), il s’agit surtout de célibataires sans enfant, à 76 %, souvent âgés de 25 à 29 ans dans 22 % des cas, hébergés gratuitement chez leurs parents. Pour les « petits » montants non perçus (42 % des cas), on trouve davantage de femmes seules avec enfant (21 %), de couples avec enfant et un emploi salarié (28 %), avec une personne de référence âgée de 50 à 59 ans dans 30 % des cas. Plusieurs facteurs de non-recours se cumulent : « Méconnaissance » du droit, « Stigmatisation » liée au fait d’être assimilé à une « aide sociale », « Complexité administrative » des démarches et déclarations trimestrielles, « Montant jugé trop faible » pour justifier les efforts, mais aussi « Éligibilité temporaire » pour des périodes courtes d’instabilité professionnelle.
RSA et CAF : comment vérifier si vous laissez, vous aussi, 400 € par mois de côté
L’étude rappelle que le RSA n’est pas une prestation versée automatiquement : il faut en faire la demande auprès de la CAF, ou de la MSA pour les salariés agricoles. De nombreux profils cités par la DREES, comme un célibataire de 27 ans hébergé chez ses parents, une mère isolée avec un enfant ou un couple dont un seul conjoint travaille au SMIC à temps partiel, remplissent les critères sans le savoir. Pour vérifier une éventuelle éligibilité, le simulateur officiel de la CAF sur caf.fr, ou le site mesdroitssociaux.gouv.fr, permet d’estimer ses droits en quelques minutes avant de déposer une demande en ligne. La DREES souligne d’ailleurs que la demande de RSA en ligne prend moins de 20 minutes, ce qui contraste avec l’ampleur des montants non versés observés.
Pour réduire ce non-recours au RSA, le gouvernement prépare une « allocation sociale unique », qui fusionnerait le RSA, les APL et la prime d’activité à l’horizon 2027. L’objectif de cette réforme est de mettre en place une « allocation sociale unique » versée via la « solidarité à la source », avec un calcul automatisé des droits à partir des données fiscales et sociales, afin que les foyers éligibles n’aient plus à multiplier les démarches. En attendant cette refonte annoncée, le dispositif reste inchangé : le RSA demeure une prestation sur demande, et des dizaines de milliers de ménages pourraient sortir de la pauvreté monétaire s’ils sollicitaient les droits auxquels ils ont déjà accès.
En bref
- Une étude de la DREES publiée en mai 2026 révèle qu’en France métropolitaine, 560 000 foyers éligibles au RSA, soit environ 1 million de personnes, n’en touchent pas un centime.
- Parmi ces foyers non-recourants, 41 % pourraient percevoir au moins 400 € par mois tandis que d’autres n’obtiendraient que de petits montants, avec des profils variés freinés par la méconnaissance et la complexité.
- Simulateur de la CAF, demande en ligne et future allocation sociale unique promettent de limiter ces pertes, mais chacun doit encore vérifier lui-même s’il laisse de l’argent sur la table.








