Électricité : après des milliards envolés avec l’ARENH et le nucléaire bradé, le Versement nucléaire universel (VNU) va‑t‑il enfin alléger vos factures en 2026 ?
Après dix ans d’ARENH à 42 €/MWh et des milliards envolés, le Versement nucléaire universel promet de tourner la page du nucléaire bradé. Entre taxation des super‑profits d’EDF et facture plus volatile, ce nouveau compromis protège‑t‑il vraiment les Français ?

Depuis le 1er janvier 2026, l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique, plus connu sous le sigle ARENH, appartient au passé. Pendant plus de dix ans, ce dispositif a obligé EDF à céder une partie de sa production nucléaire à un prix fixe de 42 €/MWh, resté inchangé depuis 2012, alors que les prix de marché s’envolaient par intermittence et que les besoins d’investissement du parc augmentaient.
Avec la crise énergétique de 2022, ce « nucléaire bradé » est devenu un symbole viral, sur fond de factures en hausse et de milliards envolés. La fin de l’ARENH au 31 décembre 2025 et l’arrivée du Versement nucléaire universel (VNU) promettent de refermer cette parenthèse contestée, mais une interrogation persiste : les Français ont‑ils vraiment fini de payer les erreurs du vieux système ?
ARENH : comment le nucléaire a été bradé jusqu’en 2025
Mis en place en 2011 pour ouvrir le marché à la concurrence, l’ARENH obligeait EDF à vendre jusqu’à 100 TWh d’électricité nucléaire par an à ses concurrents à 42 €/MWh. Tant que les prix de gros restaient proches de ce niveau, le mécanisme passait relativement inaperçu. Tout a changé lorsque les cours ont commencé à grimper bien au‑delà de ce tarif figé, transformant ce prix régulé en véritable cadeau pour les fournisseurs alternatifs et les traders.
En 2022, sur fond de guerre en Ukraine et de problèmes de corrosion dans le parc nucléaire, les prix de gros ont atteint des pics supérieurs à 1 000 €/MWh et se sont souvent situés entre 250 et 350 €/MWh, pour une moyenne autour de 257 €/MWh. Cette même année, l’État a imposé à EDF de céder 20 TWh supplémentaires à seulement 46,2 €/MWh afin de contenir la facture des ménages. Selon les rapports financiers de l’entreprise, l’impact sur l’excédent brut d’exploitation a atteint -10,2 milliards d’euros en 2022, et le manque à gagner cumulé de l’ARENH est estimé entre 25 et 35 milliards d’euros, autant de moyens qui auraient pu financer l’entretien du parc ou le programme EPR2.
Du nucléaire bradé au Versement nucléaire universel : ce que change le VNU
Ce système jugé inique a pris fin le 31 décembre 2025. Depuis le 1er janvier 2026, EDF vend la totalité de sa production nucléaire au prix de marché, sans prix de cession imposé ni plafond de volume. La loi de finances pour 2025 a créé, via son article 17, une taxe sur l’utilisation du combustible nucléaire qui sert de base au Versement nucléaire universel. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a fixé le coût complet de production du nucléaire historique à 60,3 €/MWh pour 2026‑2028, et les recettes d’EDF sont désormais encadrées par deux seuils : taxation à 50 % au‑delà de 78 €/MWh, puis à 90 % au‑delà de 110 €/MWh. Les montants prélevés sont reversés aux consommateurs sous forme de minoration sur leur facture.
Pour appliquer ce nouveau cadre, un décret (n° 2025‑909) impose à EDF une comptabilité « appropriée » séparant précisément les revenus issus du nucléaire des autres activités. Sur cette base, la CRE projette les revenus du parc en additionnant quatre briques interressantes : les revenus déjà sécurisés par des transactions conclues, ceux des contrats de long terme, la valorisation prévisionnelle de la production non encore couverte, et la « valeur de la forme » liée à la modulation en temps réel des centrales. Ces estimations sont publiées à intervalles réguliers avant et pendant l’année de livraison, ce qui permet de calculer le tarif unitaire de minoration qui apparaîtra sur les factures.
Le VNU met‑il vraiment fin au scandale du nucléaire bradé ?
Avec l’ARENH, les grands gagnants ont été les fournisseurs alternatifs comme Engie ou TotalEnergies et les traders, qui ont pu acheter de l’électricité très en dessous du prix de marché, au point de réclamer jusqu’à 135 TWh pour un plafond légal de 100 TWh en période de crise. La Cour des comptes a souligné qu’une partie de cette rente n’avait pas été intégralement répercutée sur les factures finales. Le VNU vise un partage plus large des gains : lorsque les prix dépassent les seuils de 78 et 110 €/MWh, l’État ponctionne une partie des revenus d’EDF pour la reverser à tous les consommateurs, quel que soit leur fournisseur, via une ligne de minoration spécifique. D’après les estimations de la CRE, avec des revenus prévisionnels d’environ 60,94 €/MWh en 2027, la facture ne devrait pas flamber en 2026, même si les ménages restent davantage exposés à la volatilité du marché que sous le régime du prix bradé à 42 €.
Pour EDF, le changement est majeur : l’entreprise conserve l’intégralité de ses recettes tant que le prix moyen reste sous 78 €/MWh, ce qui lui offre une marge de manœuvre pour financer son lourd endettement et ses investissements dans le grand carénage et les futurs EPR2. En cas de flambée des prix, le VNU joue le rôle de mécanisme de redistribution plus que de bouclier tarifaire direct, les réductions arrivant après coup sur les factures. Si les cours restent modérés, la ligne « Versement nucléaire universel » pourra même être nulle sans que cela signifie un nouveau scandale, mais les premières années d’application diront si ce compromis suffit à tourner réellement la page du « nucléaire bradé » ou s’il ouvre un nouveau front dans le débat sur le prix de l’électricité.
En bref
- De 2011 à fin 2025, l’ARENH a obligé EDF à vendre jusqu’à 100 TWh de nucléaire à 42 €/MWh, avant d’être remplacé au 1er janvier 2026 par le Versement nucléaire universel.
- Avec le VNU, EDF vend au prix de marché, la CRE calcule les revenus nucléaires et une taxe progressive au‑delà de 78 puis 110 €/MWh finance une minoration de facture pour tous les consommateurs.
- Entre fin du nucléaire bradé, financement du grand carénage et incertitudes sur le montant réel des redistributions, le VNU marque‑t‑il une rupture ou un nouveau compromis fragile ?







