Journée de solidarité : vous travaillez gratuitement ce jour-là, voici où passent vraiment les 3,3 milliards d'euros collectés

Par La rédaction Bourse Inside - Publié le

Née après la canicule de 2003, la journée de solidarité rapporte chaque année plus de 3 milliards d’euros pour financer l’autonomie via la CNSA. Mais entre Ehpad surchauffés et budget fondu dans la branche Autonomie, que devient vraiment cet argent ?

Journée de solidarité : vous travaillez gratuitement ce jour-là, voici où passent vraiment les 3,3 milliards d’euros collectés

Au cœur de chaque lundi de Pentecôte travaillé, ou de cette journée de RTT abandonnée sans compensation, se joue un héritage direct de la canicule de 2003. Cet été-là, près de 15 000 personnes sont mortes en quinze jours, essentiellement des personnes âgées, révélant de façon brutale la fragilité du système de prise en charge de la dépendance en France. Pour y répondre, une loi du 30 juin 2004 a instauré la journée de solidarité, mise en œuvre à partir de 2005, afin de financer l’autonomie des personnes âgées et des personnes en situation de handicap.

Plus de vingt ans plus tard, cette journée rapporterait plus de 3 milliards d’euros par an, sans que son utilisation apparaisse toujours clairement aux yeux des actifs qui la financent. Le dispositif est d’autant plus scruté que les épisodes de fortes chaleurs se multiplient et que certaines familles constatent encore des chambres d’Ehpad non climatisées. Derrière cette impression d’opacité, le circuit de ces milliards est pourtant bien réel.

Journée de solidarité : qui paye et combien d’argent cela représente

Sur le plan juridique, l’article L3133-7 du Code du travail prévoit qu’une journée de travail supplémentaire, non rémunérée, est affectée au financement d’« actions en faveur de l’autonomie des personnes âgées ou des personnes handicapées ». À l’origine, cette journée était fixée au lundi de Pentecôte, mais ce n’est plus obligatoire : les salariés peuvent s’en acquitter un autre jour férié (hors 1er mai), un week-end, ou en renonçant à une journée de RTT. Pour les employeurs, cela se traduit par le versement de la contribution de solidarité pour l’autonomie (CSA), fixée à 0,3 % de la masse salariale, à laquelle s’ajoute une contribution additionnelle, la CASA, de 0,3 % sur certaines pensions de retraités imposables.

Ces deux prélèvements alimentent les recettes dites de la journée de solidarité, désormais intégrées au budget de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), qui gère la branche Autonomie de la Sécurité sociale. Les montants ont progressivement augmenté : depuis 2023, les recettes dépassent 3 milliards d’euros par an. Pour 2026, la CNSA évoque 3,36 milliards d’euros, soit un peu plus que les « près de 3,4 milliards d’euros » avancés dans certains articles, arrondi oblige. Au total, en se fondant sur les lois de financement de la Sécurité sociale, des estimations publiées dans la presse évoquent plus de 55 milliards d’euros collectés depuis la mise en œuvre du dispositif en 2005.

Année / période Montant journée de solidarité Source principale
2023 plus de 3 Md € CNSA / lois de financement
2026 3,36 Md € CNSA (branche Autonomie)
Depuis 2005 (cumulatif) plus de 55 Md € estimations basées sur les budgets

Où va l’argent de la journée de solidarité, concrètement

Dans les faits, la branche Autonomie finance un large éventail de dépenses. Une part importante des recettes est dirigée vers les établissements et services médico-sociaux accueillant des personnes âgées, en particulier les Ehpad, mais aussi vers les services d’aide à domicile, les accueils de jour et les dispositifs visant le maintien de l’autonomie. « Très concrètement, tous les Ehpad, les soignants que vous avez dans les Ehpad sont financés par les journées de solidarité. Tous les accompagnants au domicile des personnes en situation de handicap sont aussi en partie financés par la journée de solidarité », précise Maëlig Le Bayon, directeur général de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) à TF1 Info. Au-delà des structures, la CNSA abonde aussi des aides individuelles comme l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) et la Prestation de compensation du handicap (PCH), le fonctionnement des Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), la prévention de la perte d’autonomie, l’habitat inclusif ou encore le soutien aux proches aidants.

L’argent de la journée de solidarité ne finance donc pas uniquement la climatisation des Ehpad, même si ce point revient souvent pendant les canicules. Des rénovations ont été engagées, et un article du Code de l’action sociale impose désormais à chaque établissement d’aménager au moins une pièce ou un local doté d’un système fixe de rafraîchissement. « Aujourd’hui, tous les Ehpad ont l’obligation de disposer d’au moins une pièce climatisée. » La réglementation ne vise toutefois pas les chambres, qui en restent largement dépourvues dans de nombreux établissements. « Nous commençons à recevoir des témoignages montrant que des établissements n’ont pas anticipé, comme des volets ou rideaux cassés qui ne sont pas réparés », affirme Bernadette Ojardias, présidente de l’association FAREE, qui défend les familles de résidents en Ehpad. Depuis une réforme entrée en vigueur en 2021, les recettes issues de la journée de solidarité sont intégrées au budget global de la CNSA, ce qui rend le suivi difficle pour le grand public, alors même que ces 3,36 milliards d’euros ne représentent qu’une part d’un effort total de plus de 43 milliards d’euros pour accompagner près de 7,7 millions de personnes âgées ou handicapées.

En bref

  • Instituée par la loi du 30 juin 2004 après la canicule de 2003, la journée de solidarité repose sur une journée travaillée non rémunérée et deux contributions de 0,3 %, la CSA pour les employeurs et la CASA pour certains retraités.
  • En 2026, les 3,36 milliards d’euros issus de cette journée, intégrés au budget de la CNSA au sein d’un effort global de 43,37 milliards, financent les Ehpad, l’aide à domicile, l’APA, la PCH, les MDPH, la prévention et l’habitat inclusif.
  • Malgré une pièce rafraîchie désormais obligatoire dans chaque Ehpad et des millions de personnes accompagnées, la réforme de 2021 et la dilution des crédits alimentent le sentiment que l’argent de la journée de solidarité demeure difficile à suivre.
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