Licenciée par La Poste à 3 mois de la retraite après 20 ans de tournée : ce que la loi permet encore à Elizabeth de réclamer (sommes en jeu)

Par Paul Graph - Publié le

À Bordeaux, Elizabeth Brayette, factrice depuis 20 ans chez La Poste, a été licenciée à trois mois de la retraite après un incident avec une cliente. Cette décision choc soulève une question brûlante : quels droits et quels recours pour sauver sa fin de carrière ?

Licenciée par La Poste à 3 mois de la retraite après 20 ans de tournée : ce que la loi permet encore à Elizabeth de réclamer (sommes en jeu)

Vingt ans à distribuer le courrier dans le même quartier, des tournées connues par cœur, une date de départ en retraite déjà cochée sur le calendrier… puis un recommandé qui tombe à trois mois de l’échéance. C’est ce qu’a vécu Elizabeth Brayette, factrice à Bordeaux, licenciée pour ce que La Poste qualifie de cause réelle et sérieuse après une réclamation de cliente.

Le 21 avril, la salariée reçoit son courrier de licenciement, cinq mois après un incident survenu lors d’une livraison de colis. « Je me sens rejetée, méprisée par les dirigeants de La Poste », a raconté Elizabeth Brayette, qui travaillait à l’hôtel logistique urbain de Bordeaux, selon des propos rapportés par France 3 Nouvelle-Aquitaine et Capital. Au-delà de ce choc personnel, sa situation pose une question très concrète : quels sont les droits d’une salariée licenciée à seulement trois mois de la retraite ?

Licenciée à 3 mois de la retraite chez La Poste : le parcours d’Elizabeth Brayette

Les faits remontent au 13 décembre 2025. Ce jour-là, Elizabeth Brayette livre un colis à une cliente « hyper énervée » qui veut l’ouvrir avant de signer. La factrice refuse, parce que la procédure de La Poste impose la signature préalable. La cliente la pousse contre le véhicule puis dépose une réclamation. « En 20 ans, je n’ai jamais eu de problème avec aucun client, bien au contraire », insiste aujourd’hui la salariée, qui précise avoir été limitée à 50 colis par jour depuis une fracture de la cheville. Elle est persuadée que cette baisse de cadence a pesé : « Je n’étais pas assez rentable ». La Poste, de son côté, parle d’ »actions et comportements en inadéquation avec le règlement intérieur », sans détailler davantage.

Pour la CGT, ce licenciement n’est pas un simple fait divers. « Babeth a été licenciée à trois mois de sa retraite pour des choses absurdes », dénonce Johnny Perré, secrétaire départemental CGT La Poste, qui évoque « Quand ce ne sont pas des licenciements, ce sont des mises à pied jusqu’à 3 mois sans salaire. Cette politique managériale nous rappelle ce qu’il s’est passé à France Télécom il y a quelques années ». Sur le plan juridique, Elizabeth Brayette est une salariée de droit privé, comme tous les facteurs recrutés depuis 2002 : elle relève du Code du travail, et non du statut de fonctionnaire. Le Code ne prévoit aucune protection spécifique pour les salariés proches de la retraite, sauf s’ils sont « protégés » (représentants du personnel, délégués syndicaux), ce qui n’est pas son cas. En revanche, le licenciement doit toujours reposer sur une cause réelle et sérieuse et la sanction doit rester proportionnée à la faute, ce que le conseil de prud’hommes peut apprécier en tenant compte du fait isolé, de l’absence d’antécédents disciplinaires et de l’agression physique évoquée.

Licenciement juste avant la retraite : indemnités, chômage et recours possibles pour Elizabeth

Licencier une salariée à trois mois de son départ prévu change profondément la configuration financière de sa fin de carrière. Elizabeth Brayette perd d’abord la prime de départ à la retraite qu’elle aurait touchée en quittant volontairement l’entreprise, soit environ un mois de salaire, soit près de 2 100 €. Elle perd aussi trois mois de salaire et de cotisations retraite, ainsi que la reconnaissance symbolique d’une fin de carrière préparée. En contrepartie, elle a droit à l’indemnité légale de licenciement, beaucoup plus élevée : pour 20 ans d’ancienneté et un salaire brut estimé à 2 100 €, cette indemnité tourne autour de 12 250 €. À cela s’ajoutent l’indemnité compensatrice de préavis, si celui-ci n’est pas effectué, et l’indemnité compensatrice de congés payés. Une fois son contrat rompu, la factrice peut percevoir l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), évaluée à environ 1 200 € par mois dans son cas, et cette allocation peut être versée jusqu’à ce qu’elle atteigne les conditions de retraite à taux plein.

Face à cette situation, deux grandes voies s’ouvrent à elle. Elle peut d’abord accepter le licenciement tel quel et organiser sa transition vers la retraite sans engager de procédure. Elle a alors touché l’indemnité de licenciement, bénéficie de l’ARE, puis demandera sa pension à la date prévue, avec pour principale perte la prime de départ en retraite et ces trois mois de cotisation. Elle peut aussi décider de saisir le conseil de prud’hommes. Le délai pour contester est de 12 mois à compter de la notification, soit jusqu’au 21 avril 2027. Si les juges estiment que le licenciement ne repose pas sur une cause réelle et sérieuse, ou que la sanction est disproportionnée, le barème Macron ouvre droit, pour 20 ans d’ancienneté, à des dommages et intérêts compris entre 3 et 15,5 mois de salaire brut, soit entre 6 300 et 32 550 € en plus de l’indemnité déjà perçue. Les magistrats peuvent aussi reconnaître une perte de chance sur ses droits à la retraite, c’est à dire le préjudice lié au fait qu’elle n’a pas pu continuer à travailler et cotiser normalement ; dans une décision de 2019, la cour d’appel de Paris a par exemple évalué un tel préjudice à 80 000 euros pour un salarié proche de la retraite. Compte tenu des montants en jeu et de la complexité de ces calculs, ces démarches sont difficiles a faire seul, mais l’aide juridictionnelle peut prendre en charge tout ou partie des frais d’avocat si les ressources du salarié sont modestes.

En bref

  • En décembre 2025 à Bordeaux, Elizabeth Brayette, factrice contractuelle chez La Poste depuis 20 ans, est mise en cause après un incident de livraison avec une cliente.
  • Licenciée pour cause réelle et sérieuse à trois mois de la retraite, elle perd sa prime de départ mais obtient indemnité légale, ARE et peut saisir le conseil de prudhommes dans un délai de 12 mois.
  • Au-delà de son cas, son histoire éclaire les droits des salariés licenciés en fin de carrière, les montants en jeu et les recours possibles pour limiter la perte de chance retraite.