Livret A : ce rapport remis au gouvernement pourrait utiliser votre épargne pour financer massivement des projets d'énergies renouvelables, êtes-vous d'accord ?
Un rapport remis au gouvernement par Jean‑Bernard Lévy et Thierry Tuot suggère de mobiliser le Livret A pour financer des parcs éoliens et solaires géants. Entre explosion du coût des aides publiques et transition énergétique, votre épargne change‑t‑elle de rôle ?

Votre Livret A pourrait ne plus financer seulement le logement social et, bientôt, le nucléaire, mais aussi des parcs éoliens et solaires de grande taille. C’est le scénario esquissé par un rapport remis au gouvernement, qui suggère d’utiliser une partie de cette épargne réglementée pour les projets d’énergies renouvelables les plus compétitifs. Derrière cette idée, une question qui touche directement l’épargne de millions de Français : où va vraiment l’argent déposé sur ce livret ?
En décembre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a chargé l’ancien PDG d’EDF Jean-Bernard Lévy et le haut fonctionnaire Thierry Tuot, ex-directeur général de la Commission de régulation de l’énergie, d’évaluer le coût des énergies renouvelables pour les finances publiques et leur impact sur le système électrique. Les deux hommes viennent de remettre un rapport de 45 recommandations sur « l’optimisation des soutiens publics aux énergies renouvelables électriques et au stockage ». Un document qui ouvre clairement la porte au Livret A.
Livret A et énergies renouvelables : la proposition des auteurs du rapport
Ce n’est pas la première fois que l’épargne réglementée est appelée à la rescousse de la politique énergétique. En mars, Emmanuel Macron a annoncé que « le prêt bonifié de l’État accordé au programme EPR 2 pour 60 % du montant total du programme serait financé par le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts », a-t-il déclaré, cité par Capital. Ce fonds d’épargne gère près de 60% de l’épargne réglementée des Français, dont le Livret A. Dans la continuité, les auteurs du rapport estiment que « L’État pourrait faire en sorte qu’une partie du financement de certains projets ENR soit apportée par les fonds d’épargne de la Caisse des dépôts et consignations (‘Livret A’), ce qui diminuerait le coût de la dette portée par les projets », écrivent Jean-Bernard Lévy et Thierry Tuot dans leur rapport, cité par BFM TV.
Les deux responsables visent en priorité les grands projets d’énergies renouvelables dont le coût de production est le plus bas. Le dispositif serait proposé aux lauréats des projets dont le coût au mégawattheure (MWh) produit « est le plus compétitif, en pratique (…) les projets de grande dimension ». Ils citent les parcs éoliens terrestres, les centrales solaires et « tout particulièrement » les éoliennes maritimes. L’enjeu affiché : utiliser une ressource d’épargne bon marché pour réduire le coût de la dette de ces installations plutôt que de multiplier les subventions directes du budget de l’État.
Une facture publique qui explose et d’autres pistes que le Livret A
Si Jean-Bernard Lévy et Thierry Tuot cherchent de nouvelles sources de financement, c’est que la facture publique s’alourdit. L’aide de l’État au photovoltaïque et à l’éolien est passée de 2,6 milliards d’euros en 2024 à 5,3 milliards d’euros en 2025 et 6,8 milliards au moins en 2026, selon leurs calculs. Les deux auteurs estiment que ces soutiens « pourraient dans les 5 années qui viennent atteindre, voire dépasser, une charge annuelle de 10 milliards d’euros pour l’État ». Un niveau qualifié de sujet sensible dans le débat entre députés pro-renouvelables et pro-nucléaire.
Dans ce contexte, les auteurs jugent « indispensable » d’accroître les capacités de stockage par batteries pour « pallier la variabilité de l’éolien et du solaire » et « augmenter l’efficience du soutien public à ces énergies ». Ils veulent aussi encourager les ventes d’électricité via des contrats privés de type Power purchase agreement, l’État étant invité à mettre en place un système d’assurance pour limiter les heures à prix négatifs, quand la production dépasse la demande. « Des installations aussi compétitives que celles de nos voisins réduiraient de plus d’un milliard d’euros les soutiens publics directs chaque année », écrivent-ils, en appelant à des procédures plus rapides pour les projets, au coeur de l’interêt politique du moment.
En bref
- En décembre, Sébastien Lecornu a confié à Jean‑Bernard Lévy et Thierry Tuot une mission pour chiffrer le coût des énergies renouvelables et leurs effets sur le système électrique français.
- Leur rapport propose de faire intervenir les fonds d’épargne de la Caisse des dépôts, alimentés par le Livret A déjà mobilisé pour le programme EPR2, afin de financer les projets éoliens et solaires géants les plus compétitifs.
- Entre explosion des aides publiques, nouveaux outils comme les PPA ou le stockage par batteries et usage accru de l’épargne populaire, la place réelle de votre Livret A dans la transition énergétique reste à arbitrer.








