Retraite : ces scénarios explosifs du COR qui rouvrent la question de l'âge légal, vers 65 ou 66 ans en France ?

Par Paul Graph - Publié le

Réforme à 64 ans tout juste entrée en vigueur, et déjà le Conseil d’orientation des retraites remet des chiffres sur la table. Entre emplois, PIB et justice sociale, jusqu’où l’âge légal pourrait-il encore reculer ?

Retraite : ces scénarios explosifs du COR qui rouvrent la question de l’âge légal, vers 65 ou 66 ans en France ?

64, 65 ou même 66 ans : en France, chaque chiffre associé à l’âge de la retraite ravive aussitôt les tensions. Alors que la réforme de 2023 relève déjà progressivement l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans, et a été validée par le Conseil constitutionnel, les experts n’ont pas rangé leurs calculettes. Le Conseil d’orientation des retraites continue de publier des simulations qui interrogent la soutenabilité du système par répartition.

Dans sa dernière série de travaux, le Conseil d’orientation des retraites (COR) a demandé à plusieurs institutions de modéliser l’impact des réformes possibles : réduction des pensions, hausse des cotisations patronales, hausse des cotisations salariales ou recul d’un an de l’âge légal. Objectif, écrit-il, mesurer leurs effets « sur la croissance, l’emploi, les revenus, les finances publiques et les comportements des agents économiques », dans des scénarios de moyen et long terme, cités par Notre Temps. Un levier en particulier se détache nettement.

Âge légal, pensions, cotisations : ce que montrent les scénarios du COR

Pour conduire ces travaux, le COR a missionné la Direction générale du Trésor, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et le laboratoire I-MIP (Institut des politiques macroéconomiques et internationales). Tous les scénarios testés améliorent, à des degrés divers, l’équilibre financier du système de retraite. Mais la synthèse publiée par le Cor souligne qu’un relèvement d’un an de l’âge d’ouverture des droits se distingue des autres options. « L’accroissement d’un an de l’âge d’ouverture des droits générerait entre 210 000 et 240 000 emplois supplémentaires et entraînerait une augmentation du PIB comprise entre 0,7 et 0,9 point », présente le Cor en reprenant les résultats des économistes.

Dans ces simulations, repousser l’âge légal pèserait sur le chômage à court terme, le temps que le marché du travail s’ajuste, avant de produire un effet net positif sur l’activité. L’augmentation du nombre de personnes en emploi accroîtrait aussi les recettes fiscales et sociales, via la TVA, l’impôt sur le revenu ou encore l’impôt sur les sociétés. A l’inverse, la hausse des cotisations renchérit le coût du travail pour les entreprises et réduit le salaire net des actifs, ce qui freine consommation et investissement. Une baisse des pensions produirait un effet similaire sur la demande, en incitant les retraités à restreindre leurs dépenses et à renforcer leur épargne de précaution.

Vers un nouvel âge légal de départ à la retraite ?

Conscient du caractère explosif du sujet, le Cor prend soin de préciser les limites de l’exercice. Dans sa synthèse, il avertit que « cette analyse ne constitue en aucun cas la préfiguration ni la formulation d’un projet de réforme ». Les scénarios détaillant un âge légal qui grimperait, à politique constante, autour de 64,3 ans en 2030, 65,9 ans en 2045 puis 66,5 ans en 2070 s’inscrivent dans cette logique de simulation dite pédagogique. Il n’empêche : ces ordres de grandeur donnent du grain à moudre aux défenseurs d’un âge légal à 65 ans ou plus, qui y voient la confirmation qu’un nouveau recul pourrait améliorer durablement l’équilibre du système.

Ces travaux interviennent alors que la réforme de 2023 commence seulement à monter en charge et que la question de l’emploi des seniors reste sensible, la France affichant un taux d’activité des plus de 60 ans inférieur à celui de plusieurs pays européens. Des questions qui ont déjà commencer à revenir dans le débat public, sur fond d’inégalités d’espérance de vie entre catégories sociales, de pénibilité et de carrières longues. A un an d’une échéance présidentielle, rappelle Notre Temps, le sujet avait déjà fait irruption dans la campagne ; les nouveaux chiffres du Cor pourraient, une nouvelle fois, alimenter les argumentaires des partisans d’un maintien à 64 ans comme de ceux qui plaident pour 65 ou 66 ans. Reste à voir si l’âge légal de départ à la retraite redeviendra, d’ici là, le point de cristallisation du débat social français.

En bref

  • Depuis la réforme de 2023 portant progressivement l’âge légal de 62 à 64 ans, le COR publie de nouvelles simulations sur l’avenir du système de retraite.
  • Ces travaux comparent hausse des cotisations, baisse des pensions et recul d’un an de l’âge légal, ce dernier levier apparaissant le plus favorable à l’emploi et au PIB.
  • Alors que les scénarios évoquent déjà un âge légal proche de 66 ans, la question est de savoir si le débat explosif sur la retraite repartira avant la prochaine échéance politique.