Salaire à la demande : cette proposition de loi pourrait vous autoriser jusqu’à cinq acomptes par mois, avec un gros revers possible

Par Paul Graph - Publié le

Face aux découverts répétés et à 7 milliards d’euros d’agios par an, une proposition de loi veut autoriser jusqu’à cinq acomptes sur salaire par mois. Entre bouffée d’oxygène et nouveau piège budgétaire, que changerait vraiment ce salaire à la demande ?

Salaire à la demande : cette proposition de loi pourrait vous autoriser jusqu’à cinq acomptes par mois, avec un gros revers possible

Attendre la fin du mois pour voir tomber sa paie, tout en jonglant avec les factures : pour beaucoup de salariés, le calendrier de rémunération ne colle plus avec la réalité du compte en banque. Entre les prélèvements qui tombent dès le 1er et les imprévus du quotidien, la moindre panne ou facture de chauffage peut faire basculer dans le rouge. Une nouvelle proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale promet pourtant de rebattre les cartes. Sans changer le montant du salaire, mais en modifiant la façon dont il serait versé.

Ce texte vise à faciliter le versement d’acomptes sur salaire en cours de mois, pour offrir plus de souplesse aux salariés du privé comme du public. Il part d’un constat simple : une enquête menée par Hellowork et Cofidis, citée par Planet.fr, montre que près d’un Français sur quatre termine le mois avec un solde négatif. « Aujourd’hui on a 7 milliards d’euros que les Français payent chaque année en frais bancaires ou en agios », a expliqué Jean Laussucq, cité par Planet.fr. Derrière cette mesure assez technique se dessine une évolution bien plus concrète : la possibilité, demain, de voir son salaire arriver en plusieurs fois.

Proposition de loi sur l’acompte sur salaire : ce qui changerait dans le mois

La mesure est portée par le député de la majorité présidentielle Jean Laussucq, du groupe Ensemble pour la République, qui a déposé la proposition de loi numéro 1509 afin de généraliser le versement du salaire « à la demande ». Le texte entend, selon ses auteurs, dynamiter le modèle traditionnel de la rémunération mensuelle unique et redonner un peu d’air au pouvoir d’achat en limitant le recours aux découverts bancaires. Il ouvrirait plus largement le droit à l’acompte, sans formalités lourdes ni questions intrusives sur la situation personnelle. Pour l’heure, la proposition est renvoyée à la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale pour examen.

Aujourd’hui, le cadre est beaucoup plus strict. L’article L3242-1 du Code du travail n’autorise qu’un seul acompte par mois, et uniquement à hauteur de la moitié de la rémunération correspondant au travail déjà effectué. Dans les faits, comme le rappelle MoneyVox, ce droit reste souvent mal connu et son application dépend largement des usages internes de chaque entreprise. Le nouveau dispositif veut passer à un maximum de cinq acomptes sur salaire par mois, tout en maintenant un garde-fou : le cumul de ces versements ne pourrait pas dépasser 50 % du salaire brut mensuel. L’article 2 prévoit également d’étendre explicitement ce droit aux fonctionnaires et aux agents contractuels de la fonction publique.

Jusqu’à cinq acomptes sur salaire : ce que cela changerait pour votre rémunération

Concrètement, un salarié mensualisé pourrait, s’il le souhaite, demander plusieurs avances de paie au fil du mois, sans avoir à en justifier la raison auprès de son employeur. Le nombre de demandes serait plafonné à cinq, et le total des sommes versées au titre de ces acomptes ne pourrait pas dépasser 50 % du salaire brut mensuel. Le reste de la paie serait versé à la date habituelle, en fin de mois, mais amputé des montants déjà perçus. L’objectif affiché est de permettre d’ajuster plus finement sa trésorerie en cas de panne de voiture, de facture d’énergie imprévue ou d’autre choc de dépense, sans devoir recourir au découvert bancaire ou à un crédit à la consommation.

  • La possibilité de solliciter jusqu’à cinq acomptes au cours d’un même mois, dans la limite de 50 % de votre rémunération brute.
  • L’absence d’obligation de fournir un motif : la demande ne serait pas conditionnée à une justification personnelle.
  • Une extension du dispositif aux agents publics, qui pourraient bénéficier des mêmes règles que les salariés du secteur privé.
  • Un cadre de refus encadré pour l’employeur, défini par un futur décret.

Ce futur décret devra préciser dans quels cas l’employeur pourrait dire non à une demande d’acompte répétée, par exemple en cas de difficultés de trésorerie avérées pour l’entreprise. Le texte prévoit que « Ces motifs devront être objectifs et proportionnés », a précisé le site MoneyVox. Reste aussi la question de l’usage que feront les salariés de ces nouvelles marges de manœuvre : toucher plus souvent une partie de sa paie ne crée pas de revenu supplémentaire et peut, si l’on puise trop vite dans son salaire, laisser très peu d’argent disponible en fin de mois. Une proposition de loi similaire avait déjà été déposée en juin dernier, sans qu’une suite y soit pour le moment apportée, ce qui montre que le calendrier parlementaire peut encore faire évoluer ou retarder cette réforme. À la date actuelle, le droit en vigueur reste donc celui de l’acompte unique, correspondant au travail déjà effectué, même si le débat sur un salaire à la demande ne fait que gagner en interet.

En bref

  • Déposée le 4 juin 2025 par le député Jean Laussucq, la proposition de loi n°1509 entend assouplir l’acompte sur salaire pour les salariés du privé comme du public.
  • Le texte permettrait de demander jusqu’à cinq acomptes par mois, sans justification, dans la limite de 50 % du salaire brut, avec des refus possibles seulement pour des motifs jugés objectifs et proportionnés.
  • Entre promesse de réduire découverts et risque de grignoter trop tôt sa paie, cette réforme pourrait transformer la manière de gérer son budget mensuel si elle est finalement adoptée.