Carrière longue, inaptitude, handicap : le guide pour savoir si vous pouvez partir à la retraite dès 58, 60 ou 62 ans

Entre réforme suspendue et carrières commencées très tôt, partir à la retraite relève aujourd’hui du casse-tête. Carrière longue, inaptitude, incapacité : quelques mois peuvent changer votre premier âge possible, êtes-vous sûr de connaître le vôtre ?
Entre les annonces de réforme, la suspension partielle et les exceptions, beaucoup de futurs retraités ne savent plus à quel âge ils peuvent réellement partir. Commencer à travailler à 16 ans, être reconnu inapte, vivre avec un handicap ou garder des séquelles d’un accident du travail ne donne pas du tout les mêmes droits au moment de liquider sa pension.
Depuis la loi du 14 avril 2023, l’âge légal est relevé progressivement jusqu’à 64 ans, mais la réforme a été suspendue à compter du 1er septembre 2026. Résultat : pour les départs prévus jusqu’à fin 2027, l’âge légal ne peut pas dépasser 62 ans et 9 mois, alors que la génération 1969 devrait tout de même se voir appliquer un âge légal de 64 ans pour la suite. Dans ce cadre mouvant, les dispositifs carrière longue, inaptitude et incapacité permanente prennent une importance décisive.
Âge légal, suspension de la réforme et principe de la carrière longue
L’âge légal de départ à la retraite correspond à l’âge à partir duquel vous avez le droit de demander la liquidation de vos pensions. À cet âge, vous ne bénéficiez d’une retraite de base à taux plein que si vous avez validé tous les trimestres exigés. Même si vous réunissez ces trimestres avant l’âge légal, vous devez poursuivre votre activité et continuer à cotiser, ce qui peut ouvrir droit à une surcote sur la retraite de base et à des points supplémentaires en complémentaire Agirc-Arrco.
Le dispositif de retraite anticipée pour carrière longue vous permet de partir avant l’âge légal si vous êtes entré dans la vie active avant 21 ans et si vous justifiez du nombre de trimestres cotisés requis pour le taux plein. La loi de 2023 a créé deux nouvelles bornes de départ anticipé, à 60 ans et 63 ans. Concrètement, vous pouvez partir à 58 ans en cas de début de carrière avant 16 ans, à 60 ans si vous avez commencé avant 18 ans, jusqu’à 2 ans avant l’âge légal si vous avez débuté avant 20 ans, ou à partir de 63 ans si vous avez commencé entre 20 et 21 ans, toujours avec un nombre de trimestres cotisés élevé.
Carrière longue ou très longue : à quel âge partir selon votre génération ?
Pour une carrière très longue (début avant 16 ou 18 ans), les tableaux officiels montrent que les assurés nés à partir de 1963 doivent réunir 170 à 172 trimestres cotisés pour partir à 58 ou 60 ans. Pour les années 1966 et suivantes, un total de 172 trimestres est demandé, que la retraite anticipée intervienne à 58 ans (début avant 16 ans) ou à 60 ans (début avant 18 ans). Ces trimestres doivent être essentiellement cotisés, certains étant réputés cotisés sous conditions, ce qui rend le calcul particulièrement serré.
Pour un début de carrière avant 20 ans, l’âge exact de départ anticipé varie selon l’année de naissance et selon que la retraite prend effet avant ou après le 1er septembre 2026, date d’entrée en vigueur de la suspension de la réforme. Le tableau ci-dessous reprend quelques repères clés pour cette situation fréquente.
| Année ou période de naissance | Avant 20 ans : départ avant 01/09/2026 | Avant 20 ans : départ à partir du 01/09/2026 |
|---|---|---|
| 1964 | 60 ans 6 mois, 171 trimestres | 60 ans 3 mois, 170 trimestres |
| Janv.–mars 1965 | 60 ans 9 mois, 172 trimestres | 60 ans 3 mois, 170 trimestres |
| Avr.–déc. 1965 | 60 ans 9 mois, 172 trimestres | 60 ans 6 mois, 171 trimestres |
| 1966 | 61 ans, 172 trimestres | 60 ans 9 mois, 172 trimestres |
| 1968 | 61 ans 6 mois, 172 trimestres | 61 ans 3 mois, 172 trimestres |
| 1971 et après | 62 ans, 172 trimestres | 62 ans, 172 trimestres |
Pour ceux qui ont commencé à travailler entre 20 et 21 ans, un départ anticipé est aussi possible à partir de 63 ans, à condition de réunir 171 ou 172 trimestres selon l’année de naissance. La suspension de la réforme au 1er septembre 2026 joue alors sur quelques mois d’écart et parfois sur un ou deux trimestres de moins à valider, en particulier pour les générations nées entre 1964 et 1968.
Inaptitude, handicap, incapacité permanente : d’autres âges de départ anticipé
En cas d’inaptitude au travail, vous pouvez obtenir votre retraite à taux plein dès 62 ans, quelle que soit la durée de votre carrière. Sont notamment concernés les assurés qui perçoivent une pension d’invalidité de la Sécurité sociale, l’allocation aux adultes handicapés, ou encore ceux qui disposent d’une carte mobilité inclusion mention invalidité avec un taux d’incapacité permanente d’au moins 80 %. Une personne reconnue inapte est celle qui ne peut plus poursuivre son activité sans nuire gravement à sa santé, avec un taux d’incapacité de travail d’au moins 50 %, constaté par le médecin du travail ou le médecin-conseil.
Les personnes handicapées peuvent, elles, partir dès 55 ans si elles justifient d’un taux d’incapacité d’au moins 50 % et d’un certain nombre de trimestres cotisés pendant les périodes où ce taux était reconnu. Depuis le 1er septembre 2023, les conditions ont été assouplies. L’exemple donné pour un assuré né en 1971 illustre l’exigence élevée : 111 trimestres cotisés pour un départ à 55 ans, 101 trimestres pour partir à 56 ans, ou encore 91 trimestres pour un départ à 57 ans.
| Situation | Âge de départ possible | Condition principale |
|---|---|---|
| Inaptitude au travail | 62 ans, taux plein | Incapacité de travail ≥ 50 % |
| Handicap reconnu | Dès 55 ans | Incapacité ≥ 50 %, trimestres cotisés |
| Incapacité permanente ≥ 20 % | 60 ans | Suite à maladie pro ou accident du travail |
| Incapacité permanente 10–19 % | 2 ans avant l’âge légal | Lien prouvé avec facteurs de risques |
La retraite anticipée pour incapacité permanente vise les assurés dont l’incapacité d’au moins 10 % résulte d’une maladie professionnelle ou d’un accident du travail. Avec un taux d’au moins 20 %, la retraite à taux plein est possible à 60 ans, en additionnant plusieurs taux d’incapacité à condition qu’au moins l’un d’eux atteigne 10 %. Entre 10 % et 19 %, le départ peut intervenir au plus tôt 2 ans avant l’âge légal, par exemple à 60 ans et 9 mois pour un assuré né en 1963, à condition de prouver l’exposition à des facteurs de risque professionnels devant une commission pluridisciplinaire.
Les salariés exposés à un emploi pénible disposent en parallèle du compte professionnel de prévention : ses points peuvent valider des trimestres et avancer, au maximum, de 2 ans un départ situé entre 60 et 62 ans, même s’ils doivent d’abord être utilisés pour financer une formation. Pour en beneficier dans le cadre d’une carrière longue, il faut aussi tenir compte des « trimestres réputés cotisés » (service militaire, maladie ou accident du travail dans la limite de 4 trimestres, congés de maternité, invalidité dans la limite de 2 trimestres, chômage indemnisé jusqu’à 4 trimestres, trimestres d’aide familiale ou de parent au foyer, majorations liées au compte de prévention), qui ne sont retenus que dans la mesure où l’on ne dépasse pas 4 trimestres par an.
Sources
En bref
- En France, entre la réforme des retraites de 2023, sa suspension depuis le 1er septembre 2026 et les dispositifs spéciaux, l’âge de départ varie fortement selon les profils.
- L’article précise les âges possibles en carrière longue ou très longue, ainsi qu’en cas d’inaptitude, de handicap ou d’incapacité permanente, avec les trimestres et taux exigés.
- Avant de fixer une date de départ, il vous aide à identifier votre situation et les justificatifs clés à vérifier pour éviter un refus de liquidation.








