Salarié puis indépendant : comment vos 25 meilleures années sont fusionnées pour le calcul d'une seule retraite

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Salarié puis indépendant : comment vos 25 meilleures années sont fusionnées pour le calcul d’une seule retraite

Carrière partagée entre salariat et indépendance : depuis la LURA et les nouvelles règles 2026, la retraite de base obéit à un calcul unique plus subtil qu’il n’y paraît. Entre plafond annuel, meilleures années et date de dépôt, une mauvaise décision peut peser sur votre pension à vie.

Trente ans salarié, dix ans à votre compte : au moment de penser à la retraite, beaucoup imaginent toucher deux pensions de base, une pour chaque vie professionnelle. Michel, qui a passé 22 ans comme salarié dans le bâtiment avant de reprendre le commerce d’un cousin et de terminer seize ans comme indépendant, s’attendait lui aussi à voir ses droits calculés deux fois, dans deux régimes différents. Il découvre au contraire que l’ensemble de sa carrière dite alignée n’est plus traité comme une somme de petits morceaux, mais comme un tout soumis à des règles spécifiques.

Depuis le 1er juillet 2017, les carrières mêlant périodes de salarié et d’indépendant relèvent en effet d’un mécanisme unique pour la retraite de base, pendant que les complémentaires suivent leur propre logique. Et depuis le 1er septembre 2026, certaines mères voient aussi le nombre d’années retenues dans la moyenne de leurs revenus évoluer, selon le moment où leur pension prend effet et le nombre d’enfants. Entre ce calcul unique, la règle des meilleures années et les nouvelles dates couperet, comment s’y retrouver quand on a alterné fiche de paie et factures d’indépendant ?

Une seule retraite de base pour salarié et indépendant depuis 2017

La liquidation unique des régimes alignés (LURA), en vigueur depuis le 1er juillet 2017, a mis fin au morcellement des retraites de base pour ceux qui ont travaillé dans plusieurs régimes dits alignés. Sont concernés le régime général des salariés, le régime des travailleurs indépendants, issu de l’ex‑RSI et désormais intégré au régime général, et le régime des salariés agricoles géré par la MSA. Une carrière qui passe successivement par ces statuts donne lieu à une seule retraite de base alignée, calculée comme si vous n’aviez relevé que d’un seul régime tout au long de votre vie professionnelle.

Concrètement, un seul interlocuteur, appelé régime compétent, instruit votre dossier, fixe le montant et verse la pension mensuelle. Il s’agit du dernier des régimes alignés auquel vous avez été affilié, même si vous n’y avez validé qu’un nombre limité de trimestres. Les autres régimes lui transmettent les périodes de carrière qu’ils ont validées. Vos trimestres, vos salaires de salarié et vos revenus d’indépendant sont alors réunis pour un calcul unique de la pension de base. Les retraites complémentaires Agirc‑Arrco ou celles de la fonction publique et des professions libérales restent, elles, calculées à part.

Comment se calcule la retraite de base salarié‑indépendant : meilleures années et plafond

Au coeur du dispositif, on trouve le revenu annuel moyen, base de calcul de la pension. Pour les assurés concernés par la LURA, ce revenu est déterminé à partir de l’ensemble des salaires soumis à cotisation au régime général et à la MSA, ainsi que des revenus déclarés comme indépendant. Les années sans trimestre validé ou correspondant à un départ en retraite sont écartées. Sur cette carrière alignée réunie, on retient les 25 meilleures années pour établir la moyenne, et non plus une moyenne proratisée régime par régime comme avant 2017. Les années les plus faibles, qu’elles soient salariées ou indépendantes, sont laissées de côté si elles ne figurent pas parmi ces 25 années sélectionnées.

La réunion des revenus s’accompagne d’un plafonnement année par année. Pour chaque année civile, la somme de vos revenus salariés et indépendants ne peut être retenue au‑delà du plafond annuel de la Sécurité sociale, fixé à 48 060 € en 2026 d’après l’Assurance retraite. Quand un assuré cumule un salaire proche de ce plafond et un revenu d’activité indépendante la même année, la partie au‑delà de ce seuil n’entre plus dans le calcul du revenu annuel moyen ni des trimestres, qui restent limités à quatre par an. Pour des carrières successives, en revanche, ce plafond joue rarement et le fait de réunir les périodes évite que de courtes carrières dans chaque régime soient pénalisées par la proratisation. Le tableau ci‑dessous résume les principaux cas de figure.

Situation Règle de calcul Impact probable Point à vérifier
Salarié puis indépendant (périodes successives) 25 meilleures années sur carrière alignée Souvent légère hausse du revenu moyen Relevé de carrière complet, années présentes
Indépendant puis salarié (périodes successives) 25 meilleures années sur carrière alignée Fin de la proratisation, effet proche Dernier régime aligné = régime compétent
Salarié et indépendant la même année Revenus cumulés puis plafonnés au PASS 48 060 € Perte possible sur revenus au‑delà du plafond Années à hauts revenus cumulés, 4 trimestres maxi
Mère, 1 enfant, dossier ≥ 01/09/2026 24 meilleures années (au lieu de 25) Possibilité d’exclure une année plus faible Date d’effet et droits liés aux enfants
Mère, ≥ 2 enfants, dossier ≥ 01/09/2026 23 meilleures années (au lieu de 25) Gain si une ou deux années très basses sortent Nombre d’enfants et majorations validées
Dossier avec enfants, départ < 01/09/2026 25 meilleures années, pas de réduction d’années Pas de recalcul aux nouvelles règles Date de dépôt, absence de rétroactivité

Que changent les nouvelles règles 2026 pour les mères et le dépôt du dossier ?

Depuis le 1er septembre 2026, une autre brique s’ajoute pour les femmes ayant eu des enfants. Pour les bénéficiaires de bonifications ou majorations de durée d’assurance au titre de leurs enfants, le salaire ou revenu annuel moyen ne se calcule plus systématiquement sur 25 années, mais sur 24 meilleures années en cas d’un enfant et 23 meilleures années à partir de deux enfants, ce qui permet d’écarter une ou deux années de revenus plus bas. Selon la notice du décret d’application publié le 31 juillet 2026 au Journal officiel, la mesure vise à « réduire le nombre d’années prises en compte pour le calcul du revenu annuel moyen des bénéficiaires de bonification et de majorations de durée d’assurance au titre de leurs enfants », pour les « pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 ». Les textes parlent aussi de trimestres « réputés cotisés » pour une partie des majorations liées aux enfants dans les dispositifs de carrière longue, et créent une bonification d’un trimestre par enfant pour certaines agentes publiques dont l’enfant est né à partir de 2004, là encore uniquement pour les pensions qui prennent effet à compter de cette date, sans rétroactivité pour les départs antérieurs.

Au démarrage, la mise en oeuvre pratique n’a toutefois pas suivi le calendrier juridique. Le quotidien Ouest‑France a révélé que, pour les premiers départs effectifs au 1er septembre 2026, les systèmes de l’Assurance retraite n’avaient pas encore intégré le nouveau calcul sur 23 ou 24 années. « Certes, l’Assurance retraite était au courant avant. Mais il n’est pas étonnant que tout ne soit pas prêt, vu l’ampleur de la réforme et la tension sur les effectifs », commente Pascal Cros, délégué central CFDT à la Cnav, cité par Ouest‑France. Sollicitée, l’Assurance retraite a indiqué que le nouveau calcul « fera l’objet d’une mise à jour complète de nos systèmes d’information dans les semaines qui viennent », et précise que « La reprise de ces dossiers sera automatique », appuie la Cnav, citée par MoneyVox. Le ministère du Travail met en avant un objectif « d’améliorer le montant de la pension pour plus d’une femme sur deux », alors que le cabinet Origami et Co rappelle, dans des simulations relayées par MoneyVox, que « Mathématiquement, faire la moyenne des 25 années par exemple à 30 000 €/an ou la moyenne sur 24 donne le même résultat. » « Si par hasard, sur les 25 meilleures années, l’une d’entre elle tombe à 8 000€, l’impact de ne prendre qu’une moyenne sur les 24 meilleures et de 40 € brut [par mois, NDLR] mais c’est complètement théorique puisqu’on a forcément travaillé plus de 25 ans », souligne encore le cabinet. Sur une carrière mêlant salariat et indépendance, l’enjeu est donc surtout de vérifier que toutes les années figurent bien sur votre relevé de carrière, que les revenus d’indépendant ont été correctement reportés et que la date de prise d’effet de votre retraite correspond à vos droits, un réflexe tout simple mais très interressant à adopter avant de déposer votre dossier.

En bref

  • Depuis la LURA en 2017, les carrières mêlant salariat, indépendance et éventuellement MSA donnent lieu à une seule retraite de base gérée par le dernier régime compétent.
  • Le calcul réunit salaires et revenus indépendants, retient les 25 meilleures années (plafonnées au PASS 48 060 €) puis, à partir du 1er septembre 2026, 23 ou 24 années pour certaines mères.
  • Vérifier chaque année de votre relevé, les revenus d’indépendant et la date de prise d’effet de la retraite devient crucial pour limiter l’écrêtage et sécuriser vos droits à vie.
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