EUR/USD repasse au-dessus de 1,1600 avant l'inflation de novembre : ce que prépare vraiment la BCE pour les taux dans les prochaines semaines

Par Paul Graph - Publié le

L’EUR/USD vient de franchir 1,1600, porté par un dollar fragilisé et l’attente des chiffres d’inflation de novembre dans la zone euro. Cette tension place la BCE face à un choix stratégique pour la suite de sa politique monétaire.

EUR/USD repasse au-dessus de 1,1600 avant l’inflation de novembre : ce que prépare vraiment la BCE pour les taux dans les prochaines semaines

Le taux de change EUR/USD vient de passer au-dessus du seuil des 1,1600, un niveau scruté depuis plusieurs jours par les cambistes. Porté par un dollar fragilisé, l’euro a grimpé jusqu’à 1,1615 lors de la séance asiatique de ce mardi, alors même que les opérateurs attendent un chiffre clef pour la zone euro : l’inflation de novembre.

En toile de fond, les derniers indicateurs américains ravivent les doutes sur la solidité de l’économie des États-Unis. L’Institute for Supply Management a publié un indice PMI manufacturier en repli à 48,2 en novembre, après 48,7 en octobre, soit un neuvième mois consécutif de contraction et un niveau inférieur au consensus des analystes, qui visait 48,6. Ce cocktail nourrit les paris sur une baisse des taux de la Réserve fédérale en décembre et rend l’attente des chiffres d’inflation européenne encore plus électrique.

EUR/USD 1,1600 : un seuil franchi sur fond de dollar affaibli

La paire EUR/USD prolonge un mouvement haussier amorcé fin novembre, lorsque le taux euro dollar avait déjà rebasculé au-dessus de 1,1600 après quatre séances de progression d’affilée. À ce moment-là, l’indice du dollar DXY glissait sur un creux d’une semaine, pénalisé par des propos jugés conciliants de plusieurs responsables américains et par des statistiques moins homogènes qu’attendu.

Sur le marché des taux, le message est tout aussi clair. Selon l’outil FedWatch du CME Group, les contrats à terme intègrent désormais une probabilité de 87 % d’une réduction des taux d’intérêt lors de la réunion de la Fed des 9 et 10 décembre, contre 71 % une semaine auparavant. Quelques jours plus tôt, les marchés évaluaient déjà à près de 85 % la probabilité d’une nouvelle baisse du coût de l’argent aux États-Unis. Pour de nombreux investisseurs, la Réserve fédérale se retrouve dans une position délicate : la dégradation continue de l’activité manufacturière la pousse à assouplir sa politique pour soutenir l’économie, ce qui pèse mécaniquement sur le billet vert et soutient l’euro.

Inflation zone euro et BCE : quels signaux pour la paire EUR/USD ?

Face à ce repositionnement américain, la Banque centrale européenne affiche une attitude beaucoup plus stable, ce qui renforce la monnaie unique. Christine Lagarde a affirmé la semaine dernière que les taux d’emprunt se situaient au « bon niveau », a affirmé Christine Lagarde, citée par BDOR, ce qui a été interprété comme un signal de pause dans le cycle de resserrement monétaire. Joachim Nagel a lui aussi exprimé sa satisfaction concernant les paramètres actuels de la politique monétaire, et Luis de Guindos a indiqué que le niveau actuel des taux correspond aux besoins du moment, ce qui conforte l’idée d’une BCE arrivée au bout de son cycle de réductions des taux directeurs.

Côté données, les opérateurs attendent ce mardi la première estimation de l’indice harmonisé des prix à la consommation pour la zone euro. Le consensus vise une hausse de 2,1 % sur un an en novembre, avec une inflation sous-jacente attendue à 2,5 % sur la même période. Ces chiffres sont jugés décisifs pour la suite : une inflation plus faible que prévu pourrait fragiliser temporairement l’euro face au dollar, amenant les marchés à réévaluer la possibilité de nouvelles baisses de taux de la BCE et remettant en cause le récent franchissement de 1,1600. À l’inverse, une confirmation des prévisions conforterait la perception d’une BCE en mode attente et maintiendrait une configuration technique interressante autour de la zone des 1,1615–1,1625, proche de la moyenne mobile simple des 200 séances, que le marché teste encore avec prudence.