Faillite de Kard : l'argent de poche de 200 000 ados semble s'évaporer, ce que les parents doivent faire vite pour le récupérer

Par Paul Graph - Publié le

Depuis la faillite Kard, des milliers de familles voient l’argent de poche de leurs ados s’envoler sur l’écran. Que s’est‑il vraiment passé et comment espérer revoir ces économies ?

Faillite de Kard : l’argent de poche de 200 000 ados semble s’évaporer, ce que les parents doivent faire vite pour le récupérer

Un matin, des parents ouvrent l’appli bancaire de leur ado et ne voient plus rien. L’argent de poche accumulé mois après mois semble avoir tout simplement « disparu ». Pour Aurélie, mère d’un garçon de 16 ans, le choc est immédiat quand elle réalise que la carte Kard de son fils n’affiche plus le moindre mouvement alors qu’elle vient tout juste de faire un virement.

Car derrière cette scène qui se répète dans de nombreux foyers, il y a la faillite Kard, cette appli présentée comme le compte bancaire facile pour les jeunes, qui permettait de verser l’argent de poche sur une carte contrôlée par les parents. Placée en liquidation judiciaire en septembre par le tribunal de commerce d’Evreux après les difficultés de son prestataire technologique Bankable, la société n’a quasiment rien expliqué à ses utilisateurs, qui découvrent souvent la situation en constatant que l’argent de leurs enfants n’est plus accessible. Et cela laisse beaucoup de monde complètement perdu.

Faillite Kard : des parents découvrent que l’argent de poche de leurs ados a « disparu »

Pour Aurélie, tout a basculé un 17 novembre. Ce jour là, cette mère vire 50 euros sur la carte Kard de son fils, comme elle le fait habituellement pour qu’il règle ses petites dépenses sans espèces. Sauf qu’au lieu de voir le solde augmenter, rien ne se passe sur l’écran. Le montant n’apparait pas dans l’appli et le service client ne répond pas. « Le service client est injoignable, je ne peux rien faire pour le moment », explique t elle à l’AFP. Elle ignore alors que Kard a été placée en liquidation deux mois plus tôt.

Depuis, les témoignages de familles se multiplient. Libération parle de parents qui découvrent stupéfaits que l’argent de poche de leurs enfants a « disparu ». Aurélie, elle, pointe directement la communication de la jeune pousse : « C’est un problème de communication de la part de Kard », reproche Aurélie, « mais c’est également symbolique : quand je pense au fils de mon amie qui utilise aussi l’application et qui a vu disparaître toutes ses économies, c’est pas cool ». Pendant que les parents s’inquiètent, Kard ne répond pas aux sollicitations de l’AFP et laisse les clients sans interlocuteur ni consigne claire.

Faillite Kard : où est vraiment l’argent et comment les familles peuvent le récupérer

Derrière l’écran de Kard se cache en réalité une mécanique plus complexe qu’une simple carte pour ados. La société qui édite l’appli s’appuyait sur Bankable pour l’infrastructure informatique et sur Okali, filiale du Crédit agricole, pour émettre la monnaie électronique et tenir les comptes de paiement. Quand Bankable a connu à son tour des ennuis judiciaires, l’activité de Kard a été fortement perturbée, jusqu’à la décision de liquidation en septembre. Mais l’argent, lui, n’était pas stocké dans les comptes propres de Kard. « Tous les fonds sont protégés par Okali », a assuré le Crédit agricole à l’AFP, invitant les clients de l’appli à contacter cette structure, via l’adresse e mail indiquée sur son site, pour récupérer les sommes bloquées.

Ce montage reste pourtant très abstrait pour les familles. « la boîte revendiquait 200.000 clients, tous des ados », rappelle sur Linkedin Héloïse Bolle, fondatrice d’Oseille et Compagnie et conseillère en finances. Dans ce dossier, elle constate que les parents restent dans le flou et cherchent « entre intox et approximations » comment récupérer l’argent, surtout quand ils confondaient Kard avec une banque classique. Cette spécialiste insiste sur le fait que les utilisateurs mélangent souvent établissements de paiement et banques, deux structures aux règles différentes, et que la première chose à faire avant d’utiliser une appli de ce type est de « s’assurer sur le site qu’il est couvert par le mécanisme de garantie ».

Pour les familles clientes de Kard, il existe néanmoins un chemin, parfois un peu tortueux, pour revoir les économies des ados. Les sites spécialisés qui ont suivi la faillite Kard rappellent que les utilisateurs ont eu un délai jusqu’au 11 novembre 2025 pour vider leur compte depuis l’appli, sous forme de virement vers un autre établissement. Pour ceux qui n’y sont pas parvenus à temps, le Crédit agricole explique que la solution passe par un échange direct avec Okali, qui tient les fonds cantonnés et doit les restituer sur présentation des bonnes informations d’identité et de compte. Les sommes non réclamées peuvent ensuite être transférées à la Caisse des dépôts, ce qui rallonge et complique encore la démarche.

Concrètement, les parents qui s’aperçoivent que l’argent de poche de leurs enfants est bloqué sur l’aplication Kard sont invités à suivre plusieurs étapes simples, mais qu’ils ne découvrent souvent qu’au fil de leurs recherches :

  • tenter de se reconnecter à l’aplication Kard, vérifier le solde et, si la fonction est encore active, lancer un virement sortant vers un autre compte au nom du parent ou de l’ado
  • si l’accès est impossible ou si le virement échoue, contacter Okali grâce à l’adresse e mail publiée sur le site de ce prestataire, en joignant les preuves de versement et d’identité
  • conserver relevés, captures d’écran et messages échangés, utiles si les fonds ont été basculés ensuite à la Caisse des dépôts

Derrière la chute d’une appli qui se voulait numéro un des comptes pour jeunes, cette affaire met en lumière l’importance, pour les parents, de regarder de près qui se cache derrière une carte ado et où l’argent est réellement conservé. Entre les promesses ludiques destinées aux adolescents et la réalité des circuits financiers, la faillite Kard laisse un goût amer chez ceux qui pensaient simplement apprendre la gestion de l’argent de poche à leurs enfants.