Investir pour le climat redevient tendance : ce qui a propulsé les fonds climat Greenfin et l’indice MSCI New Energy en 2025 et ce que vous risquez de manquer

Par Paul Graph - Publié le

Star en 2020 puis délaissé, le thème “investir pour le climat” profite en 2025 du boom de l’IA et de l’explosion des besoins électriques. Quels rôles jouent désormais les fonds climat labellisés Greenfin pour l’épargnant ?

Investir pour le climat redevient tendance : ce qui a propulsé les fonds climat Greenfin et l’indice MSCI New Energy en 2025 et ce que vous risquez de manquer

Une décennie après l’Accord de Paris, alors que la planète cherche toujours à limiter le réchauffement climatique, un vieux thème de Bourse refait parler de lui : investir pour le climat. Longtemps porté par la promesse de la transition énergétique, puis brutalement boudé, ce segment revient sur les radars à mesure que les besoins en électricité et en infrastructures explosent.

Les fonds climat sortent d’un cycle chahuté : année 2020 record, puis chute avec la hausse des taux et la volte-face américaine sur les politiques pro‑climat, avant un net rebond en 2025. L’indice MSCI New Energy a ainsi gagné 30 % sur l’année, contre 13,3 % pour le CAC 40 NTR et 24,3 % pour l’EuroStoxx 50 NTR. De quoi se demander si investir pour le climat n’est pas en train de redevenir tendance.

Investir pour le climat : le boom, la chute puis le rebond des fonds climat

Derrière ce retour en grâce se cache un classique cycle boursier. Après la Cop de Paris, les politiques publiques et l’enthousiasme pour la finance verte ont dopé les flux vers les thématiques liées à la transition énergétique. En 2020, l’afflux vers des portefeuilles axés sur l’électricité, les renouvelables ou l’efficacité énergétique a porté les valorisations à des niveaux élevés.

La suite a été plus rude : sous l’effet de la remontée des taux et de la volte-face américaine à l’égard des politiques pro‑climatiques, les performances de ces fonds ont plongé et les retraits se sont multipliés. Les produits les plus pénalisés étaient ceux trop concentrés sur des valeurs de croissance chères ou des sociétés très endettées. « Le fonds Dorval European Climate Initiative n’a jamais été aussi actif et réactif qu’en 2025 de manière à adapter le fonds au contexte économique et boursier » témoigne Laurent Trulès, cité par Capital, alors que les gérants rééquilibrent désormais valeurs de croissance et titres plus défensifs, parfois en s’autorisant des positions en dehors des éco‑activités.

Fonds climat et label Greenfin : pourquoi 2025 marque un retour en force

En 2025, le décor change. Porté par l’explosion des besoins d’installations électriques, tout le segment des valeurs liées aux « pelles et pioches » de la transition énergétique se réveille, des fabricants d’équipements aux spécialistes des réseaux, en passant par le stockage d’énergie. L’indice des nouvelles énergies MSCI New Energy bondit de 30 %, surclassant nettement les grands indices européens.

Concrètement, ces fonds investissent dans un large écosystème de sociétés engagées dans la transition énergétique :

  • l’électrification, avec des groupes comme Schneider ou Legrand ;
  • le stockage de l’énergie, avec Stif, l’américain Tesla ou le chinois CATL ;
  • la décarbonation et la valorisation des déchets, chez Séché ou Veolia ;
  • les matériaux et la construction, avec Eiffage ou le finlandais Konekranes ;
  • le transport propre, avec Alstom ;
  • l’immobilier commercial qui mise sur des bâtiments économes, comme Unibail ou Klépierre ;
  • les services et technologies pour optimiser les ressources, de Cap Gemini à Sopra Steria, mais aussi des valeurs de semi‑conducteurs et d’IA comme ASML, Infineon, Koontron ou Nvidia.

Pour expliquer ce regain d’intérêt, Louis O’Connor, gérant chez Uzès Gestion, souligne : « Les prix de l’électricité ont été multipliés par deux aux Etats-Unis depuis le lancement de Chat GPT. L’IA doit régler les problèmes de goulet d’étranglement de la filière et investir dans les infrastructures des réseaux électriques, le stockage d’énergie, et les énergies renouvelables qui sont à nouveaux des actifs recherchés aux Etats-Unis ». Dans cet univers, même le géant de l’IA Nvidia trouve sa place, puisque « Nvidia est relativement bien notée selon les critères extra-financiers car ses puces démontrent de génération en génération une amélioration significative en consommation énergétique par token IA généré » affirme Louis O’Connor, alors qu’Alphabet (Google) a racheté en décembre le développeur de projets d’énergies propres Intersect Power pour 4,75 milliards de dollars, soit environ 4 milliards d’euros.

Comment investir pour le climat via des fonds Greenfin ?

Pour les épargnants interressés par ce thème, le label Greenfin, créé à l’occasion de la Cop de Paris de 2015, sert de repère. Ce label d’État exclut strictement les énergies fossiles et limite très fortement l’exposition au charbon, tout en imposant qu’une part importante du portefeuille finance des éco‑activités liées à l’énergie, au bâtiment, au transport propre ou aux technologies bas carbone. Selon le ministère de la Transition écologique, il rassemble désormais plus d’une centaine de fonds pour un encours global d’environ 35 à 36 milliards d’euros.

Les gérants de ces produits pratiquent le stock-picking, en sélectionnant les valeurs pour leurs qualités propres, ce qui donne des portefeuilles décorrélés des grands indices et très sensibles aux revirements de marché. Un fonds multi‑actifs comme Ecofi Agir pour le Climat, par exemple, cumule le label Greenfin avec d’autres labels d’investissement responsable et consacre une majorité de ses actifs à des actions et obligations finançant directement la transition énergétique. Mais tous gardent des objectifs financiers : après les turbulences passées, beaucoup ont cherché à mieux équilibrer valeurs de croissance et titres défensifs, ce qui peut intéresser ceux qui veulent que leur argent accompagne la transition énergétique sans perdre de vue la performance sur le long terme.

En bref

  • Dix ans après la COP21, les fonds climat, portés par la transition énergétique et le label Greenfin, sortent d’un cycle marqué par un pic en 2020 puis une forte correction.
  • En 2025, l’essor de l’IA et l’envolée des besoins électriques relancent les valeurs liées aux réseaux, au stockage, aux renouvelables et aux technologies efficientes, avec un MSCI New Energy en forte surperformance.
  • Pour l’épargnant, les fonds labellisés Greenfin, comme Ecofi Agir pour le Climat ou Dorval European Climate Initiative, offrent un moyen d’investir pour le climat tout en assumant un profil de risque spécifique.