Or et argent : pourquoi l’annonce de Donald Trump sur Kevin Warsh à la Fed fait brutalement vaciller une bulle jugée « irrationnelle »

Par Paul Graph - Publié le

Fin janvier 2026, l’or et l’argent passent brutalement du record au krach après l’annonce de Kevin Warsh à la tête de la Fed. Que révèle ce choc éclair sur l’humeur réelle des marchés et le destin de la bulle des métaux précieux ?

Or et argent : pourquoi l’annonce de Donald Trump sur Kevin Warsh à la Fed fait brutalement vaciller une bulle jugée « irrationnelle »

En quelques semaines, le scénario a basculé pour les métaux précieux. Après une année 2025 marquée par une envolée spectaculaire, l’once d’or flirtait encore avec les 5 300 dollars (environ 4 450 euros) le 28 janvier 2026, tandis que l’argent dépassait les 115 dollars (près de 97 euros). Les écrans affichaient des records en série, sur fond de géopolitique tendue et de ruée des investisseurs vers les actifs dits de protection.

Puis un message de Donald Trump sur son réseau Truth Social est venu changer l’humeur des marchés. En annonçant le nom de Kevin Warsh pour prendre la tête de la Fed, le président américain a levé une partie des doutes qui nourrissaient la flambée de l’or et de l’argent. À partir de là, les flux se sont brutalement inversés, ouvrant une séance chahutée dont les opérateurs se souviendront longtemps.

Or et argent : une chute marquée après l’annonce de Kevin Warsh à la Fed

Le nouveau patron de la Réserve fédérale américaine sera donc Kevin Warsh. « Je suis heureux d’annoncer que je propose la nomination de Kevin Warsh au poste de PRÉSIDENT DU CONSEIL DES GOUVERNEURS DU SYSTÈME DE RÉSERVE FÉDÉRALE », a écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social, selon Capital. Cette annonce a été perçue comme rassurante par les marchés mondiaux, qui anticipent une ligne monétaire claire et une Fed jugée plus prévisible.

Conséquence presque immédiate : les métaux précieux, typiques valeurs refuges en période d’incertitude, ont décroché. Aux alentours de 16 heures vendredi, en France, l’once d’or perdait 6,38 % à 5 036 dollars (4 232 euros) et celle d’argent chutait de 14 % à 99,64 dollars (54,83 euros). Selon Capital, ce retournement a aussi pesé sur les grandes minières très exposées aux cours des métaux : Anglo American, Rio Tinto, Glencore ou encore Antofagasta reculaient de l’ordre de 2 à 3,5 % à la Bourse de Londres, rapporte La Tribune. La nomination de Kevin Warsh doit encore être validée par un Sénat à majorité républicaine, ce qui laisse penser aux investisseurs que ce nouveau cap monétaire a toutes les chances de s’installer.

Une bulle « dans l’irrationnel le plus total » avant l’éclat provoqué par la Fed

Pour comprendre cette correction, il faut revenir à la dynamique des mois précédents. Selon l’institut CyclOpe, l’année 2025 a été relativement calme pour une grande partie des matières premières, malgré le contexte international agité. Le pétrole a vu le prix moyen du Brent reculer de 15 %, avec un baril autour de 67 dollars (près de 56 euros) en début 2026, et « l’énergie et les produits agricoles ont été orientés à la baisse », rappelle Philippe Chalmin, historien de l’économie et codirecteur du Cercle CyclOpe, cité par Usine Nouvelle. En excluant le brut, l’indice CyclOpe des matières premières a au contraire grimpé de 15 %, tiré par l’or dont le prix moyen a bondi de 44 % entre 2024 et 2025, pour atteindre environ 4 300 dollars (près de 3 610 euros) l’once en fin d’année, soit presque le double d’un an plus tôt.

Porté par les achats des banques centrales désireuses de réduire leur dépendance au billet vert et par une spéculation alimentée par les tensions géopolitiques, ce mouvement est allé très loin. Philippe Chalmin estime que cette croissance est « dans l’irrationnel le plus total ». L’argent, plus critique pour les industriels car présent dans les panneaux solaires et l’électronique, a suivi la même trajectoire : autour de 30 dollars (environ 25 euros) l’once fin 2024, il dépassait les 70 dollars (près de 59 euros) fin 2025, puis 115 dollars début 2026, soit une hausse d’environ 280 % en treize mois. Même si la perspective de nouvelles taxes douanières aux Etats-Unis et le développement de l’intelligence artificielle nourrissent la spéculation sur un marché déjà tendu, « cette dynamique a tout d’une bulle, dont le destin est d’éclater un jour », juge sans fard Philippe Chalmin, pour qui « ces prix encouragent la substitution », notamment dans le photovoltaïque.

Dans ce contexte de surchauffe, il suffisait d’un catalyseur pour déclencher des prises de bénéfices massives. La désignation de Kevin Warsh, ancien gouverneur de la Fed entre 2006 et 2011, connu pour sa ligne restrictive sur les taux, a joué ce rôle. Sa réputation de gardien d’un dollar solide et d’une banque centrale soucieuse de sa crédibilité monétaire a réduit le besoin de couverture via l’or et l’argent chez de nombreux investisseurs interressés par la protection contre l’inflation ou un choc financier. Une fois ce doute dissipé, les flux sont revenus vers le billet vert et les actifs risqués, laissant les métaux précieux encaisser le revers d’un cycle haussier que CyclOpe qualifiait déjà de bulle prête à se dégonfler.

En bref

  • Fin janvier 2026, après deux années de flambée record mises en lumière par l’indice CyclOpe, l’or au-delà de 5 300 dollars et l’argent au-dessus de 115 dollars deviennent le centre de toutes les attentions sur les marchés mondiaux.
  • L’annonce par Donald Trump de la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Fed agit comme catalyseur, fait bondir le dollar et déclenche une séance historique où l’or et l’argent décrochent de 6 à plus de 30 % selon les places.
  • Entre fin de bulle spéculative, reflux des valeurs refuges et recomposition des gagnants et perdants, cette chute interroge désormais le rôle futur de l’or et de l’argent dans les portefeuilles et l’économie réelle.