Or : pourquoi le cours file vers les 4 200 $ malgré un dollar plus fort et des marchés nerveux, et ce que les banques centrales savent déjà

Par Paul Graph - Publié le

Alors que l’once d’or flirte avec les 4 200 $ en 2025, le dollar se raffermit et les marchés retiennent leur souffle. Jusqu’où cette poussée alimentée par la Fed, les banques centrales et les tensions en Ukraine peut‑elle encore aller ?

Or : pourquoi le cours file vers les 4 200 $ malgré un dollar plus fort et des marchés nerveux, et ce que les banques centrales savent déjà

Le cours de l’or s’envole : 4 200 $ à portée de main, malgré un dollar plus ferme

À quelques dollars d’un nouveau seuil symbolique, le cours de l’or continue de défier les pronostics. L’once a déjà testé la zone des 4 175 $ (environ 3 900 €) lors de la séance asiatique, sans parvenir pour l’instant à s’installer au-dessus des 4 200 $, niveau qui concentre ordres techniques et regards des traders.

Dans le même temps, le billet vert se redresse après un repli d’une bonne semaine, un contexte qui d’ordinaire pèse sur le métal jaune. Pourtant, l’or garde un biais haussier affirmé et reste proche d’un plus haut de deux semaines, laissant entrevoir un possible franchissement des 4 200 $ dans un marché déjà chauffé à blanc.

  • Le cours de l’or évolue juste sous les 4 200 $, une résistance psychologique majeure.
  • Les anticipations d’une nouvelle baisse des taux de la Fed en décembre alimentent les achats.
  • Un dollar plus ferme limite l’élan, sans remettre en cause la tendance haussière.
  • Les tensions autour de l’Ukraine continuent de soutenir la demande de valeur refuge.
  • Les banques centrales poursuivent discrètement leurs achats d’or au détriment du dollar.

Un cours de l’or suspendu à la barre des 4 200 $

Sur le très court terme, le marché se joue à quelques dollars près. D’après l’analyse de BDOR, l’once d’or a réussi à franchir intraday les 4 175 $, sans s’imposer durablement au-dessus du seuil symbolique des 4 200 $, soit un peu moins de 4 000 € au taux de change actuel. Ce niveau agit comme une véritable résistance psychologique, après une séquence de hausse déjà soutenue.

Les opérateurs surveillent une éventuelle clôture au-dessus de 4 200 $. Un passage validé ouvrirait la voie à un test rapide des 4 245 $, correspondant au sommet mensuel précédent. À l’inverse, un nouvel échec placerait les premiers supports dans la zone 4 170-4 150 $, puis vers 4 100 $. En cas de correction plus marquée, les regards se tourneraient vers la bande 4 050-4 040 $, qui intègre la moyenne mobile exponentielle 200 périodes sur le graphique H4 et sert de véritable garde-fou technique.

Pourquoi l’or tient bon malgré un dollar plus ferme

Le paradoxe du moment vient d’un dollar en léger rebond qui ne parvient pas à casser la dynamique de l’or. BDOR souligne que ce raffermissement du billet vert constitue « le principal obstacle à un envol plus marqué » des cours. Pourtant, la perspective d’une nouvelle baisse des taux de la Réserve fédérale américaine en décembre entretient un solide courant acheteur. L’absence de rendement du métal jaune ne dissuade pas les investisseurs, tant la spéculation sur une détente monétaire rapide reste vive.

La possible nomination de Kevin Hassett à la présidence de la Fed ajoute une couche supplémentaire à ce scénario. Ancien conseiller économique de la Maison Blanche, il est perçu comme favorable à une politique monétaire agressivement accommodante, ce qui renforcerait la probabilité d’un cycle de baisse des taux plus rapide. Autrement dit, même avec un dollar qui se redresse, l’or bénéficie d’anticipations de coûts de financement plus bas, un cocktail rarement défavorable au métal précieux.

Le climat géopolitique joue aussi en toile de fond. Sur le dossier ukrainien, Vladimir Poutine évoque la possibilité d’un accord sous conditions tout en maintenant la menace d’une offensive militaire, quand Donald Trump se montre plus rassurant sur une issue proche. Cette combinaison de menaces et de discours apaisants entretient une nervosité latente : assez d’inquiétude pour soutenir les actifs refuges, pas assez de visibilité pour que les investisseurs relâchent totalement leur protection.

À plus long terme, la poussée de l’or s’inscrit dans un mouvement bien plus large de rééquilibrage monétaire. Un an après l’élection de Donald Trump, les achats d’or traduisent la volonté d’une partie du reste du monde de s’émanciper de la tutelle du dollar. Selon les données rapportées par le World Gold Council, environ 90 % des achats officiels d’or des banques centrales étaient encore déclarés au Fonds monétaire international il y a quatre ans ; cette part est tombée à près d’un tiers aujourd’hui. « afin d’éviter d’en faire flamber davantage le prix – le cours de l’once a bondi de 58 % en un an – ou d’envoyer un signal politique trop clair de contestation du dollar », note Christian Parisot, président d’Altaïr Economics, cité par L’Opinion.

En parallèle, sur le terrain patrimonial, l’or conserve un rôle central pour de nombreux épargnants français. Dans un environnement où les placements traditionnels peinent à offrir de la visibilité, l’or physique, l’argent d’investissement et la débancarisation partielle séduisent les profils prudents. Pièces type Napoléon 20 F ou 50 Pesos, mais aussi assurance-vie orientée vers des unités de compte réelles, sont perçues comme des moyens concrets de diversifier son patrimoine hors système, même si la volatilité actuelle autour des 4 200 $ rappelle qu’aucun actif n’est totalement sans risque. Cet article ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé et chacun reste invité à se faire accompagner avant de s’exposer davantage à un marché apparement doré mais toujours mouvant.