Retenue sur la caution : cette erreur sur les justificatifs que fait votre propriétaire et qui rend sa demande illégale
Au moment de quitter un logement, chaque euro de dépôt de garantie peut se jouer sur les justificatifs fournis. Entre états des lieux, devis, factures et vétusté, ce sont les preuves du bailleur qui décideront si la retenue tient juridiquement.

Remettre les clés d’un logement et attendre la restitution de la caution, c’est souvent un moment de tension. En location vide, le dépôt de garantie correspond en principe à un mois de loyer hors charges, et en location meublée à deux mois, des sommes qui servent à couvrir loyers impayés, charges et dégradations locatives. Beaucoup de locataires découvrent pourtant au dernier moment que le propriétaire retient une partie de cette somme, parfois sans explication très détaillée.
Le cadre est pourtant clair pour les baux d’habitation utilisés comme résidence principale : le dépôt doit être restitué dans un délai de un ou deux mois à compter de la remise des clés, et toute somme gardée par le bailleur doit correspondre à un coût réel lié au bail. En droit, seules peuvent être conservées des sommes « dûment justifiées », et c’est là que les justificatifs retenue dépôt de garantie deviennent décisifs. Encore faut-il savoir précisément quels documents le propriétaire doit, ou non, mettre sur la table.
Retenue du dépôt de garantie : ce que la loi impose avant toute preuve
La Loi n° 89‑462 du 6 juillet 1989, à son article 22, encadre la retenue du dépôt de garantie dans les locations vides ou meublées à usage de résidence principale. Le propriétaire ne peut garder tout ou partie de la somme qu’en cas d’impayés de loyers ou de charges récupérables, ou de dégradations qui dépassent l’usure normale du logement. Le texte prévoit que seules peuvent être conservées des sommes « dûment justifiées », ce qui signifie que le bailleur doit démontrer la réalité du problème, le lien avec le contrat de location et le montant chiffré qu’il réclame.
Côté calendrier, le délai de restitution est de un mois si l’état des lieux de sortie est conforme à l’état des lieux d’entrée, et de deux mois s’il existe des différences. Ce délai court à partir de la remise des clés, en mains propres ou par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR). L’article 22 autorise aussi une retenue provisoire sur charges de copropriété, plafonnée à 20 % du dépôt de garantie, à condition qu’elle soit elle aussi dûment justifiée. Si le bailleur restitue en retard sans raison valable ni nouvelle adresse manquante, la loi prévoit une majoration de 10 % du loyer mensuel en principal par mois de retard commencé, ce qui rend une retenue non justifiée très coûteuse pour lui.
Quels justificatifs le propriétaire doit fournir pour retenir la caution
Le premier document qui compte est l’état des lieux d’entrée et de sortie, car toute retenue sur la caution repose sur la comparaison entre ces deux documents. Une tache au mur ou un sol abîmé qui n’apparaît qu’à la sortie peut, en principe, être mise à la charge du locataire, sauf si cela relève de la vétusté. La grille de vétusté, lorsqu’elle est annexée au bail, aide justement à distinguer l’usure normale des dégradations imputables. Pour appuyer cette base, des photos datées, voire un constat de commissaire de justice, apportent une preuve plus solide en cas de contestation.
| Motif de retenue | Justificatifs minimaux | Justificatifs renforcés | Règles chiffrées | Retenue contestable si… |
|---|---|---|---|---|
| Dégradations du logement | États des lieux entrée/sortie | Photos datées, constat commissaire de justice | Montant chiffré par devis ou facture | Pas d’écart EDL ou simple vétusté |
| Nettoyage, remise en état | Mention de salissures à la sortie | Devis ou facture d’entreprise de ménage | Somme liée au coût réel, pas forfait | Retenue forfaitaire dépôt de garantie interdite |
| Loyers impayés | Décompte de loyers, avis d’échéance | Courriers de relance restés sans réponse | Sommes limitées aux loyers dus | Montant non détaillé ou mal calculé |
| Charges locatives impayées | Décompte de charges, appels de fonds | Relevé de copropriété détaillé | Limité aux sommes réellement dues | Aucune pièce jointe au courrier |
| Provision charges de copropriété | Estimation écrite des charges à venir | Arrêté de comptes de copropriété | Retenue maximale 20 % du dépôt | Retenue au delà de 20 % sans base |
Pour chiffrer la retenue, le propriétaire doit s’appuyer sur des devis ou des factures de professionnels. La jurisprudence reprise par l’ANIL admet qu’un devis suffisamment détaillé peut, à lui seul, « dûment justifier » la somme retenue, même si un juge peut la réduire si le montant apparaît manifestement excessif. Un point interressant pour les deux parties, puisque l’absence totale de pièces chiffrées, ou une simple somme au forfait, fragilise immédiatement la retenue du dépôt de garantie.
Sans justificatifs solides, comment le locataire peut réagir ?
Quand un bailleur conserve une partie de la caution sans joindre d’éléments précis, ou avec un simple courrier évoquant des « dégradations » non décrites, la retenue devient fragile. Le locataire a alors intérêt à demander par écrit, de préférence par LRAR, la liste détaillée des sommes gardées, le motif pour chaque poste, le calcul opéré et la copie des justificatifs retenue dépôt de garantie : états des lieux, photos, devis, factures, décomptes de loyers ou de charges. Les analyses de l’ANIL rappellent que le propriétaire peut envoyer certains justificatifs après le délai de deux mois, mais dans un délai raisonnable, ce qui n’efface pas pour autant l’obligation de restituer la part non contestée.
Si malgré ces demandes le bailleur refuse de produire des pièces ou maintient une retenue manifestement abusive, le locataire peut saisir gratuitement la commission départementale de conciliation, puis, en dernier ressort, le juge. L’article 22 prévoit qu’à défaut de restitution dans les délais de un ou deux mois, le dépôt de garantie est majoré de 10 % du loyer mensuel en principal par mois de retard commencé, à condition que le locataire ait bien communiqué sa nouvelle adresse. Entre cette pénalité, le plafond de 20 % pour les provisions sur charges et l’interdiction des retenues forfaitaires, ce sont finalement les documents produits, ou leur absence, qui pèsent le plus lourd dans l’issue d’un litige sur la caution.
En bref
- Pour les baux d’habitation régis par la loi du 6 juillet 1989, le dépôt de garantie ne peut être retenu qu’en cas d’impayés ou de dégradations au-delà de la vétusté normale.
- États des lieux, photos, constat de commissaire de justice, devis, factures et décomptes de charges servent à dûment justifier chaque euro gardé, à l’exclusion de toute retenue forfaitaire.
- En l’absence de pièces solides ou de restitution dans les délais, le locataire peut exiger les justificatifs, saisir la commission de conciliation puis le juge, avec à la clé des pénalités pour le bailleur.








