Votre logement est une "bouilloire thermique" ? Ce critère méconnu du DPE vous donne le droit d'exiger des travaux
La canicule de juin 2026 a transformé des milliers d'appartements en véritables fours dans tout le pays. Comment l'indicateur de confort d'été du DPE révèle cette vulnérabilité et ce que cela implique pour les occupants.

Un appartement où le thermomètre reste bloqué à plus de 30 °C toute la nuit, même fenêtres grandes ouvertes : pour beaucoup de locataires et de propriétaires, la canicule de fin juin 2026 a transformé le quotidien en épreuve. Jusqu’à 45 °C ont été attendus à Mimizan, dans les Landes, et dans plusieurs grandes villes, la température nocturne a à peine baissé, rendant certains logements, surtout sous les toits, presque inhabitables.
Derrière ces scènes désormais familières, une vaste analyse de Diagnostics de performance énergétique met des chiffres sur ce malaise : en France, seuls 10 % des logements présentent un bon confort d’été. Autrement dit, 9 logements sur 10 sont considérés comme mal adaptés à la canicule, et près d’un sur deux fonctionne comme une véritable bouilloire thermique lors d’un épisode extrême. De quoi interroger très concrètement la manière dont notre parc immobilier fait face aux fortes chaleurs.
Confort d’été DPE : que signifie un logement inadapté à la canicule
L’étude menée par l’alliance d’industriels IGNES et le bureau d’études Pouget Consultants s’appuie sur près de 8 932 000 DPE issus de la base de données de l’ADEME, soit environ 23 % du parc résidentiel. Depuis l’arrêté du 31 mars 2021, ces diagnostics intègrent un indicateur de confort d’été, classé en trois niveaux : « insuffisant », « moyen » ou « bon ». Selon les résultats, 48,2 % des logements étudiés sont en « insuffisant », une large part supplémentaire en « moyen », et seulement 10 % atteignent le niveau « bon ».
L’étude montre aussi un paradoxe qui bouscule les idées reçues : même des logements très bien classés pour l’hiver, en DPE A ou B, ou construits sous RT2012 et RE2020, restent nombreux à n’offrir qu’un confort d’été « moyen » ou « insuffisant ». Les auteurs rappellent que l’échantillon dépend de la complétude des DPE et n’est pas parfaitement représentatif de tout le parc, mais il met en lumière un problème massif. En Australie, le géophysicien Bill McGuire alerte d’ailleurs : « il ne s’agit pas d’un simple désagrément. Il s’agit d’un risque grave pour la santé publique », cité par Maison & Travaux.
Bouilloire thermique : les 5 faiblesses techniques les plus fréquentes
Pour établir le confort d’été, l’indicateur DPE observe cinq critères : les protections solaires extérieures (volets, stores, brise-soleil), l’isolation de la toiture, l’inertie du bâti, le caractère traversant du logement et la présence de brasseurs d’air comme les ventilateurs de plafond. L’étude IGNES – Pouget Consultants souligne que l’absence ou la faiblesse de ces leviers explique pourquoi tant de logements se transforment en four pendant les canicules, en particulier dans les zones denses où la chaleur nocturne reste élevée.
| Critère DPE confort d’été | Rôle en canicule | % logements concernés | % appartements | % maisons |
|---|---|---|---|---|
| Protections solaires extérieures absentes | Laisse entrer le soleil et la chaleur | 43 % du parc | 39 % | 50 % |
| Toiture non isolée | Fortes surchauffes des derniers étages | 14 % du parc | 18 % | 14 % |
| Faible inertie du bâti | Chauffe et refroidit très vite | 70 % du parc | 65 % | 79 % |
| Logement non traversant | Empêche une vraie ventilation nocturne | 35 % du parc | 47 % | 18 % |
| Absence de brasseurs d’air | Pas de mouvement d’air intérieur | 95 % du parc | 95 % | 94 % |
Les disparités territoriales reflètent aussi ces choix de conception. L’étude signale des logements particulièrement vulnérables à Paris, dans les Côtes d’Armor et dans le Nord, où les traditions architecturales n’intègrent pas toujours les protections solaires. A l’inverse, des villes comme Saint-Etienne, Villeurbanne, Tours ou Annecy s’en sortent mieux, leurs bâtiments étant globalement plus armés face aux fortes chaleurs. Pour les habitants, quelques gestes restent décisifs en pleine vague de chaleur : garder les volets et rideaux fermés en journée, ventiler largement la nuit, limiter l’usage du four ou du sèche-linge, serpiller à l’eau froide ou encore faire sécher le linge à l’intérieur pour profiter d’un léger rafraîchissement par évaporation, même si cela peut paraitre anodin.
Quand un logement inadapté à la canicule devient réellement invivable, le droit encadre tout de même la situation. La loi du 6 juillet 1989 impose au propriétaire un « logement décent » et la « jouissance paisible » des lieux, mais ne fixe aucun seuil maximal de température, ce qui exclut toute baisse automatique de loyer. Un locataire doit documenter la surchauffe, montrer qu’elle résulte de défauts durables comme une toiture non isolée ou l’absence de volets, puis écrire au bailleur en demandant des travaux simples, par exemple la pose de protections solaires extérieures. En cas de blocage, la commission départementale de conciliation peut être saisie, puis, en dernier recours, le juge, qui peut ordonner des travaux et décider d’une réduction temporaire de loyer au titre de la non-décence. Baisser la somme versée chaque mois de sa propre initiative reste en revanche risqué, avec un contentieux possible pour impayés et, à terme, une menace d’expulsion, là où un interieur mieux préparé aux fortes chaleurs devient désormais une condition de confort de base.
Sources
En bref
- Fin juin 2026, une canicule intense met en lumière des appartements et maisons français où la température nocturne dépasse largement les 30 °C.
- Une vaste étude IGNES–Pouget Consultants sur 8,9 millions de DPE révèle que 9 logements sur 10 offrent un confort d'été insuffisant ou moyen, souvent faute de protections solaires et de ventilation adaptée.
- Entre priorisation des volets, isolation de toiture, brasseurs d'air et cadre juridique flou pour les locataires, les pistes d'action se bousculent pour éviter la bouilloire thermique.









