Agirc-Arrco : votre retraite complémentaire va-t-elle vraiment augmenter avant le 1er novembre 2025 ? Ce que le gel cache encore

Par Paul Graph - Publié le

Après le gel inédit du 1er novembre, 14 millions de retraités du privé s’interrogent sur l’avenir de leur pension Agirc-Arrco. Entre lectures opposées de l’ANI 2023 et menace de recours en justice, une hausse reste-t-elle vraiment possible avant la prochaine échéance ?

Agirc-Arrco : votre retraite complémentaire va-t-elle vraiment augmenter avant le 1er novembre 2025 ? Ce que le gel cache encore

Votre pension Agirc-Arrco est restée figée au 1er novembre, alors que vous attendiez une petite hausse pour compenser l’inflation. Le blocage entre syndicats et patronat a abouti à un gel des pensions, une situation qui crispe les gestionnaires du régime comme les retraités du privé qui dépendent largement de leur retraite complémentaire.

Depuis, les organisations syndicales (CFDT, CFE-CGC, FO, CGT, CFTC) tentent de rouvrir le dossier. Elles s’appuient sur l’accord national interprofessionnel (ANI 2023) qui encadre le fonctionnement du régime : ce texte prévoit une revalorisation annuelle au 1er novembre, calculée sur l’inflation diminuée d’un coefficient de soutenabilité de 0,4 point. Pour 2025, cela aurait donné une hausse de 0,6% (1 % d’inflation moins 0,4), avec une fourchette possible entre 0,2 % et 1 %. Reste à savoir si cette hausse pourrait encore être appliquée avant le prochain 1er novembre.

Revenir sur le gel du 1er novembre : ce que disent les textes Agirc-Arrco

Au moment du blocage, faute d’accord avec les organisations patronales (Medef, CPME et U2P), aucune revalorisation n’a été décidée et les pensions sont restées inchangées. Les syndicats ont adressé un courrier au patronat le 26 janvier pour contester ce choix : ils estiment que la décision de gel est « le fruit d’une interprétation et non pas de l’application d’une disposition ou d’une stipulation des règles régissant l’Agirc-Arrco », écrivent-ils dans ce courrier cité par Notre Temps. Autrement dit, ils considèrent que les règles de l’ANI ne conduisent pas automatiquement à un gel en cas de désaccord.

Du côté des services de l’Agirc-Arrco, la lecture est très différente. Un proche du dossier résume la réponse des juristes du régime : « Après cette non-revalorisation, les syndicats ont demandé aux juristes de l’Agirc-Arrco s’il était possible de revenir sur cette décision. Les experts ont étudié ces possibilités sous tous les angles et la réponse a été unanime: c’est non », raconte-t-il. Pour l’instant, les experts considèrent donc qu’aucune revalorisation intermediaire ne peut être décidée sans nouveau cadre formel.

Une hausse avant le prochain 1er novembre : quelles pistes restent sur la table ?

Les syndicats ne se résignent pas. Pour eux, le taux calculé par la formule de l’ANI 2023 aurait dû s’appliquer même en l’absence d’accord final. « Pour nous, en cas de désaccord, c’est le 0,6%, soit l’inflation moins 0,4, qui devait être retenu, assure Michel Beaugas, négociateur pour le syndicat FO. C’est la lecture des services de dire que l’on ne peut pas faire une négociation intermédiaire. Mais cela reste aux partenaires sociaux de décider. C’est pourquoi nous demandons de réunir la commission paritaire, qui a le pouvoir de faire des avenants à l’accord », ajoute-t-il. Leur objectif est de graver dans un avenant qu’en cas de blocage, la formule « inflation moins 0,4 » s’applique automatiquement, ce qui ouvrirait la voie à un rattrapage avant un futur 1er novembre.

Pour que la discussion soit rouverte, l’accord du patronat reste indispensable. Or, les trois organisations patronales ont adressé un courrier aux syndicats le 12 février dans lequel elles se déclarent favorables uniquement « à l’ouverture de discussions en amont, dans un cadre à définir ensemble ». Elles souhaitent d’abord mener un travail commun pour apprécier « les éléments de contexte économique, financier et réglementaire » avant de parler du niveau de la prochaine revalorisation du 1er novembre. Plusieurs syndicats évoquent déjà un recours en justice si aucune hausse intermédiaire n’est acceptée, et ils redoutent de revivre la même situation lors des discussions sur la revalorisation du 1er novembre 2026, avec le risque d’un nouveau gel des pensions. Pour l’heure, sans accord nouveau ni décision judiciaire, aucune hausse de la retraite complémentaire avant le prochain 1er novembre n’est acquise.

En bref

  • Au 1er novembre 2025, faute d’accord au conseil d’administration, les pensions complémentaires Agirc-Arrco de près de 14 millions de retraités du privé ont été gelées.
  • Les syndicats s’appuient sur l’ANI 2023 et la formule inflation moins 0,4 point pour exiger une hausse de 0,6 % via un avenant, tandis que les juristes du régime jugent tout rattrapage impossible sans nouvel accord.
  • Entre refus patronal de rouvrir immédiatement les négociations, éventuel recours en justice et crainte d’un nouveau gel en 2026, l’hypothèse d’une revalorisation avant le prochain 1er novembre demeure très incertaine.