Assurance-vie et succession : il laisse passer ses 70 ans, cette erreur va coûter près de 10 000 € d'impôts à ses héritiers
À 71 ans, Monsieur Martin pensait avoir bouclé sa succession ; il a offert 10 000 € de droits de plus au fisc. Comment une simple date d’anniversaire peut-elle alourdir à ce point l’addition pour ses héritiers ?

Autrefois, atteindre un âge avancé allait presque de pair avec la rédaction d’un testament ; aujourd’hui, les retraités mènent une vie active, repoussent les démarches patrimoniales… et oublient parfois qu’une simple décision peut coûter très cher à leurs proches. Entre contrats d’assurance-vie, donations et organisation de la succession, il existe pourtant une date charnière qui change tout pour le fisc.
L’histoire de Monsieur Martin, retraité qui a attendu de souffler ses 71 bougies pour verser 60 000 € sur son contrat d’assurance-vie et transmettre un appartement de 200 000 €, illustre ce piège invisible. Après avoir déjà aidé ses deux enfants par une première donation de 100 000 € chacun moins de 15 ans auparavant, il pensait boucler tranquillement sa sucession ; en réalité, ce léger retard va déclencher plusieurs milliers d’euros d’impôts en plus pour ses héritiers. Tout ça pour avoir laissé passer un anniversaire.
Assurance-vie après 70 ans : un abattement qui fond pour les héritiers
D’abord, rappelons comment fonctionne l’assurance-vie au décès du souscripteur. En théorie, les montants accumulés sur un contrat reviennent aux bénéficiaires désignés, sans droits de succession à acquitter, ce qui en fait un outil de transmission très efficace quand il est utilisé au bon moment.
Cette exonération vise uniquement les sommes versées par le souscripteur avant ses 70 ans : si cette condition est respectée, chaque bénéficiaire peut recevoir jusqu’à 152 500 € sans impôt lié à la succession. Pour les primes versées après 70 ans, l’administration fiscale n’accorde plus qu’un abattement de 30 500 € sur le total des versements à tous les bénéficiaires, le surplus étant réintégré dans la succession et taxé comme le reste du patrimoine. Dans l’exemple de Monsieur Martin, qui a versé 60 000 € après ses 70 ans au lieu d’avant, le surcoût atteint alors environ 5900 € pour ses héritiers.
Usufruit et nue-propriété : après 71 ans, l’appartement de Monsieur Martin coûte plus cher
Le second outil à envisager pour préparer sa transmission reste le démembrement de propriété, en séparant l’usufruit et la nue-propriété d’un bien. On sait que la valeur de l’usufruit portant sur un bien immobilier est d’autant plus faible que l’âge de l’usufruitier est élevé, car une personne âgée bénéficie moins longtemps d’un bien qu’une personne plus jeune. Par exemple, les valeurs respectives de l’usufruit et de la nue-propriété peuvent être de 40 % et 60 % de la pleine propriété pour un usufruitier âgé de 61 à 70 ans.
Une fois ce mécanisme en tête, le cas de Monsieur Martin devient parlant : à 71 ans, il souhaite transmettre à ses deux enfants un appartement d’une valeur de 200 000 € en usufruit. À partir de 71 ans, la valeur de la nue-propriété augmente de 10 %, ce qui, sur un patrimoine démembré de 200 000 €, crée une base taxable supplémentaire de 20 000 €. À un taux de 20 %, le fisc réclame 4 000 € de plus à ses héritiers. En additionnant cette somme au surcoût lié à l’assurance-vie, ses enfants doivent verser près de 10 000 € de droits de succession supplémentaires, soit environ 5 000 € de moins chacun pour exactement le même patrimoine de départ. Mieux vaut donc agir lors des premières années de la retraite au plus tard pour donner à ses proches, car attendre 70 ans risque d’entraîner des frais fiscaux pourtant facilement contournables pour ses héritiers.
Frais bancaires plafonnés, saut de génération : d’autres leviers pour alléger la note
Sur une succession, ces montants n’ont rien à voir avec les frais bancaires de succession facturés par les banques pour geler les avoirs, transférer les actifs financiers aux héritiers et gérer les échanges avec le notaire. D’après l’association UFC-Que Choisir, ces frais représentaient une manne de 150 millions d’euros par an et sont passés de 233 € en 2021 à 303 € en moyenne en 2024, soit une augmentation de 30 % et un tarif jusqu’à trois fois supérieur à celui de nos voisins européens. Pour mettre fin à ces abus, une loi puis un décret paru en août 2025 ont encadré strictement la pratique : depuis le 13 novembre 2025, ils sont soumis à un double plafond de 1 % du total des sommes détenues et 850 euros au maximum. Ils sont même supprimés lorsque la succession n’excède pas 5 910 €, quand le défunt était mineur ou lorsque la succession ne présente pas de « complexité manifeste », à condition pour les héritiers de fournir une attestation signée de tous ou un acte de notoriété. Dans l’histoire de Monsieur Martin, la véritable « bombe » financière reste donc la fiscalité, pas les frais bancaires désormais limités.
N’importe quel parent ou grand-parent se pose la même question : comment léguer son héritage à ses descendants sans que les impôts n’en prélèvent une (trop) grande partie ? « Tout au long de ma carrière, mon travail consistait justement à empêcher des familles de dilapider leur fortune à cause des taxes imposées sur les successions », explique Eric D, ancien conseiller en gestion de patrimoine chez AXA, cité par le Journal du Net. Parmi les solutions qu’il préconise figure le « saut de génération » : « L’idée, c’est qu’après la mort des grands-parents, les parents (héritiers directs de la succession) renoncent tout simplement à toucher l’héritage pour que l’argent aille directement dans les poches des petits-enfants », explique Eric D. Dans un dossier qu’il raconte, une cliente, Josiane, avait laissé 400 000 euros à son fils Jean-François ; après l’abattement de 100 000 euros, ce dernier devait s’acquitter de droits de succession sur 300 000 euros, pour une facture de 58 000 euros et un héritage net de 342 000 euros. S’il avait ensuite transmis cette somme à sa fille unique, celle-ci aurait payé 47 000 euros d’impôts sur 242 000 euros, soit un total de 105 000 euros prélevés sur les 400 000 euros initiaux, alors que la renonciation à la succession a permis d’économiser 47 000 euros. Pour recourir à ce mécanisme, l’héritier renonçant doit remplir le formulaire CERFA 15828, accessible sur le site service-public.gouv.fr, et l’adresser au notaire chargé de la succession. « Voilà pourquoi le renoncement à la succession est une pratique qui s’opère de plus en plus ces dernières années dans les dossiers de succession », conclut Eric D.
En bref
- L’article raconte comment un retraité français, avec assurance-vie et appartement en usufruit, prépare sa succession pour ses deux enfants après une première donation.
- En ayant versé 60 000 € sur son assurance-vie après 70 ans et transmis un bien démembré à 71 ans, il fait payer près de 10 000 € de droits de succession supplémentaires à ses héritiers.
- Le texte explique comment anticiper entre 60 et 70 ans, en optimisant assurance-vie, démembrement, saut de génération et en tenant compte du plafonnement des frais bancaires de succession.





