Cartes Pokémon : ce coup de vis du fisc qui les taxe désormais à 36,2% et peut vous coûter très cher dès 5 000 € de revente
Des cartes Pokémon qui valent des millions attirent désormais autant l’œil des collectionneurs que celui du fisc. À partir de quel montant vos ventes basculent‑elles dans une imposition salée à 36,2 % ?

Une simple carte en carton qui vaut des millions et qui aurait pu rapporter gros au fisc français : l’histoire fait forcément réagir les fans de cartes Pokémon. L’influenceur américain Logan Paul a déboursé en 2021 la somme de 5,3 millions de dollars pour une carte extrêmement rare, le « Pikachu Illustrator », éditée à seulement 39 exemplaires au Japon en 1998, avant de la revendre le 16 février dernier pour 16,49 millions de dollars, soit une plus-value de 11,19 millions de dollars, environ 9,71 millions d’euros de gain.
Si Logan Paul avait été résident fiscal en France, la Direction générale des Finances publiques (DGFiP) lui aurait réclamé près de 3,5 millions d’euros sur cette opération. Car pour ces ventes spectaculaires, mais aussi pour des montants bien plus modestes, les reventes de cartes à collectionner sont, chez nous, considérées comme imposables : au-delà d’un certain seuil, la plus-value doit être déclarée, avec un taux forfaitaire qui grimpe à 36,2%. Reste à savoir à partir de quand vos propres ventes entrent dans le radar du fisc.
Cartes Pokémon : ce que le fisc applique au-delà de 5.000 euros
Dans la plupart des cas, les cartes Pokémon relèvent du régime des biens de consommation. Bercy rappelle que les particuliers bénéficient alors d’une exonération totale d’impôt tant que le prix de cession reste inférieur à 5.000 euros par transaction. Dès que ce prix de vente dépasse ce seuil, la vente bascule dans le régime d’imposition des plus-values de cession de biens meubles : seule la plus-value est taxée, c’est à dire la différence entre le prix de cession et le prix d’achat, frais justifiés déduits. Le taux forfaitaire est de 19% au titre de l’impôt sur le revenu, auquel s’ajoutent 17,2% de prélèvements sociaux, ce qui amène le total à 36,2%.
Un cas particulier existe toutefois pour certaines cartes qui peuvent être classées parmi les objets de collection, aux côtés des timbres ou des cartes postales anciennes. L’article 98 A du code général des impôts précise ainsi qu’un objet est considéré comme « de collection » s’il présente « un intérêt historique ou ethnographique », selon le code général des impôts cité par RMC/BFMTV. Une carte Pokémon de première impression ou une carte promotionnelle liée à un événement précis pourrait entrer dans cette catégorie, mais la qualification se fait au cas par cas : en pratique, il revient à un juge de trancher. Si la carte est reconnue comme objet de collection et vendue plus de 5.000 euros, le vendeur ne relève plus du taux de 36,2% sur la plus-value, mais d’une taxe forfaitaire de 6% sur le prix de vente, à laquelle s’ajoute une CRDS de 0,5%.
Collectionneurs, investisseurs ou pros : comment le fisc vous classe
Ces deux régimes fiscaux visent les revendeurs occasionnels, ces particuliers qui cèdent ponctuellement quelques cartes issues de leur collection. Pour eux, l’enjeu consiste surtout à bien suivre le prix d’achat et le prix de vente, et à conserver les justificatifs pour être capables, si besoin, de démontrer la réalité de la plus-value. Les ventes de lots lors d’enchères, le recours à des plateformes en ligne ou l’arrivée d’investisseurs jeunes attirés par des gains rapides expliquent que l’administration se montre plus attentive à ces opérations, en particulier lorsque les montants s’envolent. Les collectionneurs les plus interessés par ces records de prix découvrent parfois que l’impôt peut grignoter une part importante de la marge.
En parallèle, le marché s’est fortement professionnalisé avec l’apparition de boutiques spécialisées, comme Fuji Store à Paris et Lille ou Cartabaffe à Paris et Caen. L’administration fiscale considère que ces enseignes exercent une activité commerciale : elles doivent créer une entreprise et déclarer leurs revenus dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC). Les profits tirés de la vente de cartes y sont imposés selon les règles propres aux commerçants, souvent moins lourdes que le taux forfaitaire de 36,2% appliqué aux particuliers sur une grosse plus-value. Entre transactions exonérées sous les 5.000 euros, régime des biens meubles, éventuels objets de collection à 6,5% au total et activité professionnelle en BIC, le fisc trace désormais des frontières claires autour des cartes Pokémon, Panini, Magic ou Yu-Gi-Oh pour éviter que ces petits rectangles de carton ne lui échappent.
En bref
- En France, la flambée du marché des cartes Pokémon pousse Bercy et la DGFiP à encadrer précisément la fiscalité des ventes des particuliers.
- Au‑delà de 5 000 € par transaction, la plupart des cartes à collectionner sont taxées à 36,2 % sur la plus‑value, sauf rares cas d’objets de collection.
- Entre ventes ponctuelles, activité professionnelle en BIC et risques de contrôle, chaque revendeur doit situer son profil avant de céder ses cartes les plus rares.





