Retraite : ces coups de pouce prévus pour les mères vont aussi doper la pension des pères, à condition de revoir la stratégie du couple à temps

Par Paul Graph - Publié le

Présentés comme un coup de pouce pour les mères, les nouveaux droits retraite liés aux enfants rebattent pourtant les cartes pour tout le couple. Quels pères vont réellement pouvoir transformer ces règles neutres en vrai bonus sur leur future pension ?

Retraite : ces coups de pouce prévus pour les mères vont aussi doper la pension des pères, à condition de revoir la stratégie du couple à temps

Présentées comme un « coup de pouce » pour les mères, les dernières réformes de la retraite ont mis en avant des mesures censées corriger les carrières hachées par les grossesses, les congés parentaux ou le temps partiel. Sur le papier, le message était clair : améliorer la pension des femmes, en particulier de celles qui ont eu des enfants.

Dans les textes, l’histoire est un peu différente. Les dispositifs qui comptent les trimestres pour enfants, les bonus de pension pour familles nombreuses ou la nouvelle surcote parentale ont été écrits en visant les « parents » plutôt que les seules mères. Résultat : plusieurs mesures annoncées comme féminines pourront, en réalité, bénéficier aussi aux pères qui remplissent les mêmes conditions. De quoi rebattre les cartes au sein des couples.

Retraite des mères : trimestres enfants, majorations et surcote parentale

Premier levier, la majoration de durée d’assurance pour enfants : chaque enfant né ou adopté ouvre droit à 8 trimestres par enfant, en général 4 trimestres au titre de la maternité ou de l’adoption et 4 trimestres au titre de l’éducation. Historiquement, ces droits ont été associés aux mères, mais pour les enfants nés ou adoptés après 2010, la part « éducation » peut être répartie entre les deux parents. Les textes prévoient une déclaration conjointe à faire dans les six mois suivant le quatrième anniversaire de l’enfant ; à défaut, les trimestres vont par défaut à la mère.

À cela s’ajoute la majoration de 10 % de la pension à partir de trois enfants dans le régime général, à laquelle certains régimes ajoutent encore un bonus pour les familles plus nombreuses. Ce supplément, longtemps perçu comme une compensation des carrières féminines interompue, est en réalité accordé à tout assuré qui remplit les conditions, qu’il s’agisse d’une mère ou d’un père. Autre pièce maîtresse du « paquet » récent : la surcote parentale, créée par la loi du 14 avril 2023. Elle vise les personnes nées à partir de 1964 qui ont obtenu au moins un trimestre au titre de la parentalité (maternité, adoption, éducation, congé parental, enfant handicapé) et qui ont déjà le taux plein avant l’âge légal. Chaque trimestre travaillé dans l’année qui précède cet âge légal majore la pension de base de 1,25 %, dans la limite de quatre trimestres, soit un gain maximum de 5 %.

Égalité et stratégie de couple : comment les pères accèdent aussi à ces avantages retraite

Pourquoi ces outils, mis en avant comme des réponses aux pénalités subies par les mères, ne peuvent-ils pas rester exclusivement féminins ? Le droit français et européen impose une forte exigence d’égalité entre femmes et hommes pour les avantages liés au travail et à la retraite. Plusieurs contentieux passés ont déjà conduit à ouvrir à certains pères des majorations auparavant réservées aux mères. Les nouveaux dispositifs ont donc été rédigés de manière neutre, en visant les « parents » ou « pères et mères », afin d’éviter de nouvelles accusations de discrimination et de sécuriser juridiquement les réformes.

Dans la pratique, un père peut profiter de ces mesures dès lors qu’il justifie de droits familiaux comparables. S’il a pris un congé parental long ou assuré l’essentiel de l’éducation après une séparation, il peut se faire attribuer une partie des trimestres d’éducation pour les enfants nés après 2010, via la déclaration prévue avant les 4 ans de l’enfant. Avec trois enfants ou plus, il a droit, lui aussi, à la majoration de 10 % de sa pension s’il a suffisamment cotisé. Et s’il est né à partir de 1964, qu’il totalise déjà tous ses trimestres grâce aux enfants et qu’il accepte de continuer à travailler dans l’année qui précède l’âge légal, la surcote parentale peut majorer sa pension de base jusqu’à 5 %. Pour un couple, l’enjeu devient alors de décider qui, du père ou de la mère, a le plus intérêt à récupérer les trimestres d’éducation ou à rester en activité pour activer ce bonus, en tenant compte aussi des futures règles de calcul sur 23 ou 24 meilleures années prévues à partir de 2026 pour les mères du privé.

  • Faire le point, pour chaque enfant, sur la répartition des trimestres d’éducation et corriger au besoin avant les 4 ans du plus jeune.
  • Vérifier, plusieurs années avant le départ, que tous les trimestres de parentalité (congé parental, enfant handicapé, adoption) figurent bien sur le relevé de carrière.
  • Simuler la retraite de chacun des deux parents avec et sans surcote parentale, pour arbitrer qui a intérêt à travailler jusqu’à l’année précédant l’âge légal.

Sources

En bref

  • En France, les dernières réformes de retraite ont multiplié les dispositifs familiaux censés corriger les carrières hachées des mères ayant élevé des enfants.
  • Trimestres enfants, majoration de 10 % dès trois enfants et surcote parentale ont été rédigés au profit des parents, ce qui ouvre automatiquement ces bonus à de nombreux pères.
  • En vérifiant la répartition des trimestres, leurs périodes de congé parental et leurs simulations de départ, les couples peuvent optimiser qui, du père ou de la mère, profitera le plus de ces avantages.