Héritage : ce renoncement radical que 1 Français sur 2 est prêt à faire pour ses enfants (et qui bouleverse la transmission du patrimoine)
Alors que les seniors concentrent une part croissante du patrimoine, 1 Français sur 2 envisage de laisser son héritage à ses enfants. Que révèle ce choix inédit sur la famille, la fiscalité et l'avenir de la transmission en France ?

Se dire qu’on héritera un jour de ses parents, mais seulement après la soixantaine : pour beaucoup de Français, ce scénario colle mal avec la situation de leurs enfants, déjà confrontés au coût des études, du logement ou d’une famille qui s’agrandit. Voir l’argent rester chez les plus âgés pendant que les plus jeunes s’endettent alimente un malaise discret dans de nombreuses familles.
Les démographes le rappellent : la population française vieillit tandis que la natalité recule. « en 30 ans, le nombre de séniors a été multiplié par près de 2 tandis que le nombre de moins de 20 ans est resté stable », constate BPCE L’Observatoire dans une récente étude citée par Notre Temps. Les retraités détiennent déjà 41% du patrimoine net, avec en moyenne 330 000 euros chacun, et les flux successoraux devraient bondir d’ici 2040. Un basculement silencieux est en train de se jouer.
Pourquoi renoncer à son héritage au profit de ses enfants séduit 1 Français sur 2
D’après BPCE L’Observatoire, 52% des Français déclarent avoir déjà reçu au moins une donation ou un héritage. L’organisme ajoute qu' »un Français sur deux envisage de renoncer à son héritage au profit de ses enfants », signe que l’idée de laisser passer son tour ne concerne plus seulement les très gros patrimoines. « L’héritage, bien que perçu comme fiscalement lourd, joue un rôle crucial dans la préservation du patrimoine familial et la sécurisation de l’avenir des proches, une prise de conscience qui s’accroît avec l’âge », note encore BPCE L’Observatoire. Pour beaucoup de seniors, ce choix permet d’aider leurs enfants quand ils en ont vraiment besoin, plutôt que de transmettre un capital tardif.
Les personnes interrogées mettent en avant des raisons très concrètes. L’objectif reste d’abord la protection du conjoint (32%), juste devant la volonté de réduire les droits de succession (31%) et le maintien de la paix familiale (30%). « Ce saut générationnel est davantage envisagé par les ménages qui n’ont qu’un seul enfant mais l’est moins par les Français divorcés », précise encore BPCE L’Observatoire. À l’inverse, ceux qui n’ont pas d’enfant se préoccupent moins de leur héritage et privilégient la consommation ou l’épargne.
Ce saut générationnel bouscule la transmission du patrimoine en France
Sur le terrain, l’étude décrit un passage d’une transmission tardive à une transmission anticipée, via donations ou renonciation à succession. Les Français sont plus enclins à se priver de tout ou partie de leur futur héritage au profit de leurs enfants afin de « sécuriser sa famille et réduire les droits de succession », comme le résume l’étude. Cette volonté se heurte pourtant à une méconnaissance tenace : « seuls 56% des sondés connaissent le montant du patrimoine de leurs parents et 73% celui de leur conjoint », alors même que ces données sont indispensables pour préparer une telle décision.
En parallèle, seuls 19% des Français savent estimer les droits de succession que devront acquitter leurs héritiers, et une large majorité n’a encore rien entrepris ni rédigé de testament. Six sondés sur dix disent d’ailleurs avoir besoin de l’appui d’un professionel pour s’y retrouver. « Quel que soit l’âge, l’assurance-vie s’impose comme le véhicule de transmission le plus plébiscité (31%), loin devant d’autres dispositifs tels que la donation-partage/le démembrement (22%) ou le don familial (11%) », conclut l’étude, qui souligne le rôle central de ce produit dans les stratégies patrimoniales. Pour la philosophe Mélanie Plouviez, autrice de L’injustice en héritage. Repenser la transmission du patrimoine et maîtresse de conférences à l’université Côte d’Azur, ces évolutions s’inscrivent dans un mouvement plus large : depuis les années 1970, les inégalités de patrimoine ne cessent de se creuser et elle juge urgent de repenser le lien entre propriété privée et intérêt général ; le réflexe de renoncer à son héritage au profit de ses enfants en est une illustration parmi d’autres.
En bref
- En France, le vieillissement démographique et la concentration de 41 % du patrimoine chez les retraités font exploser les enjeux de succession d'ici 2040.
- Une étude de BPCE L'Observatoire montre qu'1 Français sur 2 songe à renoncer à son héritage au profit de ses enfants, pour des motifs fiscaux, familiaux et solidaires.
- Entre méconnaissance des droits de succession, succès de l'assurance-vie et quête de justice intergénérationnelle, ce saut générationnel rebat les cartes de l'héritage.







