Inflation, guerre, CSG en hausse sur le PER : 85 % des Français n’ont plus confiance, ces placements anti-crise où ils mettent encore leur argent

Par Paul Graph - Publié le

Inflation, guerre au Moyen-Orient et réforme du PER font vaciller la confiance des épargnants français en 2026. Quels placements anti-crise peuvent vraiment les rassurer sans sacrifier leurs projets ?

Inflation, guerre, CSG en hausse sur le PER : 85 % des Français n’ont plus confiance, ces placements anti-crise où ils mettent encore leur argent

Entre inflation, tensions géopolitiques et réformes fiscales, les repères des épargnants français se dérobent. Dans ce climat jugé instable, beaucoup redoutent de voir leurs économies fondre ou immobilisées au mauvais endroit au mauvais moment, quitte à reporter des projets ou à garder un matelas sur leur compte courant par peur de se tromper.

Le dernier baromètre de l’épargne et des placements Odoxa-Groupama montre qu’en moyenne 85 % des personnes interogées se disent méfiantes quant à leur capacité à emprunter, au rendement de leur épargne et à l’évolution des prix de l’immobilier. Leurs inquiétudes culminent sur la situation politique internationale (93 %), juste devant la situation économique de la France (92 %) et la fiscalité et les impôts (90 %). Le besoin de placements anti-crise vraiment rassurants devient central.

Placements anti-crise : une confiance en chute libre chez les épargnants

En un an, la part des Français qui se déclarent « confiants » a fondu : elle est passée de 37 % en avril 2025 à 16 % en avril 2026. Depuis novembre 2025, les optimistes ne représentent plus que 15 % à 18 % des sondés, loin des 32 % à 37 % observés au premier semestre 2025. « Nous vivons une situation de blocage : le contexte international accentue les angoisses des épargnants, déjà très pessimistes depuis des mois sur le rendement de leur épargne, analyse Gaël Sliman, président d’Odoxa. Ce contexte les motive plus que jamais à modifier leurs comportements d’épargne vers plus de sécurité en désertant les placements classiques qu’ils jugeaient les plus sûrs ».

Les crises géopolitiques jouent un rôle direct : un tiers des épargnants (33 %) déclarent que la guerre au Moyen-Orient a déjà modifié (12 %) ou va modifier (21 %) leurs comportements d’épargne, et 74 % d’entre eux envisagent des placements encore plus « sûrs ou plus prudents ». Cette quête de sécurité se voit aussi dans la hiérarchie des « meilleurs » placements : en avril 2025, les livrets d’épargne arrivaient largement en tête (42 % de citations), devant le logement (22 %) et l’assurance vie (19 %). Un an plus tard, le mouvement s’inverse : logement et assurance vie grimpent à 25 % chacun, quand les livrets reculent à 23 %, sur fond de rendement du Livret A abaissé de 2,4 % à 1,7 % en 2025, puis à 1,5 % au 1er février 2026.

PER, Livret A, assurance vie : comment les Français cherchent des placements anti-crise rassurants

Le plan d’épargne retraite (PER) illustre bien ce besoin de repères. Au 30 septembre 2025, on comptait 12,7 millions de titulaires de PER pour 141,1 milliards d’euros d’encours. 77 % des Français déclarent connaître le dispositif et 25 % en détenaient déjà un, soit un doublement depuis 2019. « Le PER a quand même été marketé par l’administration fiscale comme étant un produit pour les actifs avec cette idée de promouvoir davantage la retraite par capitalisation », explique Matthieu Silva Santos, directeur de l’offre et de l’ISR chez Goodvest. La loi de finances 2026 est venue rebattre les cartes : suppression de la déductibilité des versements après 70 ans, allongement de 3 à 5 ans de la durée de report des plafonds non utilisés, et « C’est l’augmentation de la CSG de 1,4% uniquement sur le PER, notamment à la sortie ». Résultat, 46 % des détenteurs envisagent de ne plus alimenter leur PER, une proportion qui atteint 85 % chez les plus de 65 ans.

Pour autant, le produit ne disparaît pas de la panoplie anti-crise. « Je ne pense pas qu’il y ait de désertion prévue pour le PER, analyse Matthieu Silva Santos. Parce qu’il doit rester une brique fondamentale d’une stratégie patrimoniale, sans en être la principale. Il conserve encore un intérêt en matière d’économie d’impôt puisque les moins de 70 ans conservent la déductibilité des versements sur leur revenu imposable ». Le critère numéro un cité par les titulaires reste la déduction fiscale (38 %), devant la « simplicité » du produit (21 %) et son « rendement » (20 %). Pour les plus de 70 ans, la stratégie évolue : « Notre stratégie est de dire que ces personnes conservent finalement l’assurance vie, qui reste aujourd’hui une enveloppe à la fois fiscale, financière et successorale tout de même assez intéressante, remarque Matthieu Silva Santos. Il ne faut pas oublier qu’après 70 ans, les plus-values associées au prix versé restent exonérées d’impôt sur les successions ».

  • Pour le PER, 38 % des titulaires citent en priorité la déduction fiscale, 21 % la simplicité et 20 % le rendement, des critères au cœur des placements anti-crise.

Face à ces arbitrages complexes, plus d’un Français sur deux (53 %) estime qu’il lui serait utile d’être accompagné par des conseillers patrimoniaux. « Les Français demandent davantage de transparence et de traçabilité sur l’utilisation des fonds investis, commente Matthieu Silva Santos, directeur de l’offre et de l’ISR chez Goodvest. C’est très important de comprendre où va leur argent ». Cette demande dépasse le seul rendez-vous en agence : 70 % souhaiteraient plus de cours à l’école sur la microéconomie, les placements et l’épargne, 72 % aimeraient que les entreprises mettent en place des formations, webinaires ou conférences sur ces sujets, et plus de 80 % voudraient que banques et assureurs fassent davantage d’éducation financière. « De plus en plus d’acteurs font cet effort de transparence car il y a un vrai besoin de pédagogie aujourd’hui dans le monde financier, conclut Matthieu Silva Santos. À la fois sur la composition de leur allocation mais également en ce qui concerne la tarification, avec très souvent des comparatifs tarifaires entre les différents établissements ».

En bref

  • En 2026, entre inflation persistante, guerre au Moyen-Orient et réformes du PER, la confiance des épargnants français s’effondre et leurs repères d’épargne vacillent.
  • Les livrets reculent au profit du logement et de l’assurance vie, tandis que le PER, fragilisé par la loi de finances 2026, reste une brique patrimoniale plus qu’un vrai placement anti-crise.
  • Entre quête de sécurité, besoin de transparence et soif d’éducation financière, les Français redéfinissent leurs placements anti-crise et interpellent banques, assureurs et conseillers.